L’origine du mot Tarot

Le nom du jeu qui nous occupe est Tarot. Ce nom a traversé les âges et nous est parvenu intact, tout comme le jeu qu’il désigne, un jeu qui se présente aussi de nos jours, il est vrai, sous d’autres noms et de multiples atours. Méfiez-vous des imitations, Taroc, tarocchi et autres taraux. Tchalaï nous apprend que le jeu de Tarot a comme ancêtre un ancien jeu de trente-huit cartes en cuir ou en perles de nacres qui était utilisé pour la divination par les Roms. J’ai étudié la question et d’après mes recherches un contact entre les Européens et la première vague migratoire de Roms se fait en Grèce dès la fin du XIe siècle. Les Roms qui migrent vers l’Europe de l’Est campent parfois sous les murs d’abbayes situées très en périphérie. Ils offrent certains services aux moines. Par ailleurs, les moines de Saint-Denis sont des experts en commerce international ; dès le VIIe siècle ils exploitent la route des grenats qui relie les Indes… à leur monastère en banlieue parisienne. Grenats, nacre, cartes, même parcours.

D’une façon ou d’une autre, le jeu attire l’attention de moines Européens. Au Moyen-Âge, la pratique religieuse catholique n’est pas sans rappeler celle des peuples animistes. Les croyants, et au premier titre les moines,  baignent littéralement dans la foi. Pas une âme qui ne se sente partie du grand tout et qui cherche tant à assurer son salut qu’à interpréter les signes au quotidien qui permettent d’y accéder. Le secours des sacrements, la pratique des rites se double d’une recherche de la volonté Dieu dans l’environnement immédiat. Un jeu comme le tarot des Gitans, bien qu’il ait sans doute suscité la méfiance et même l’effroi de plusieurs, la crainte du diable est le pendant sombre de la croyance et les Saintes Écritures mettent en garde contre les superstitions, cet objet aurait fait l’objet d’une appropriation de la part de certains clercs formés au côté ésotérique du Christianisme. Une partie de mon introduction est consacrée à cet aspect de la foi catholique au XIIe siècle et on pourra s’y référer.

Le mot tarot lui-même est une forme codée et fort simple du terme oracle. Ce mot nous vient du latin, oraculum. Il signifiait, au XIIe siècle, lieu sacré. Ainsi, le Tarot fut à l’origine et dans l’esprit de ses concepteurs un autre de ces objets ou pratiques donnant accès à un lieu virtuel – pour employer une tournure contemporaine – un endroit hors de l’espace et du temps. Plus tard, au XIVe siècle, le mot en vint à signifier la parole de Dieu elle même telle qu’on pouvait l’entendre ou la lire à travers le message des apôtres ou des prophètes. Le Tarot était donc, il l’est toujours, un outil de divination. Dans le sens original du terme, et telle qu’elle était conçue par les moines bénédictins qui ont créé le Tarot, la divination ne s’employait pas à lever le voile sur l’avenir. Elle éclairait plutôt le consultant sur la disposition à adopter face à telle ou telle situation afin de se conformer au plan divin. Le Tarot permettait au consultant de s’élever de sa condition afin de s’approcher de Dieu, tout comme le moulin à prières des Tibétains bouddhistes qui n’a pas d’autre destination.

Tarot, c’est à la fois ORAT, je prie en latin et ROTA, la roue. Le Tarot est lui aussi un moulin à prières. J’estime que le T final du mot Tarot est une particule de noblesse qui a été ajoutée volontairement. Les deux T se rejoignant pour n’en faire qu’un, ils nous incitent à visualiser le système représenté par ce nom comme un mandala, un cercle sacré, ce qui correspond à l’arrangement circulaire des lames que j’ai déjà présenté à des multiples reprises depuis 1985. Le Tarot est une roue de prières. Je ne serais pas étonné que les moines Bénédictins qui l’ont créé l’aient considéré comme un sacrement.

Nous avons donc d’abord TARO ou ORAT, ORA-T. Le T a la valeur numérique de 20, qui est aussi celle du mot CLÉ. Au chapitre sur Le pendu, nous verrons que le personnage est suspendu sur une potence, qui est en fait une croix en Tau dissimulée, la croix potencée se disant également croix en Tau en héraldisme. Le personnage du pendu lui-même a la forme d’une clef.

Ce T ou Tau est notre clef. ORA-T devient ainsi ORA CLE ou oracle! CLE, c’est la clé cachée, symbole du secret ; la clé est le signe des bâtisseurs d’édifices religieux au Moyen Âge, les Compagnons du Devoir. On le voit, cette clé était cachée dans le mot Tarot !

Nous pouvons maintenant rajouter au mot oracle le second T:

ORACLE T(20) est également ORACLE XX(20) de XX, Le jugement. L’oracle vient du ciel sous forme d’un message, l’enveloppe, tonné ou révélé, la trompe. Mais attention, jouer de la trompe signifie aussi se jouer de quelqu’un, le tromper ! Enfin, le T (Tau) est le symbole de la croix pour les anciens chrétiens. L’abbé Suger a fait de ce symbole, le Signum Tau, un des éléments décoratifs les plus importants de son église abbatiale. Le Signum Tau est toujours un élément symbolique important de la religion catholique. Il est porté par les cardinaux.

© Marc O. Rainville, 2008. Tous droits réservés

 



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5 réponses à L’origine du mot Tarot

  1. Charly Alverda dit :

    C’est bien Rom, toujours le sens de l’humour, je pourais encore te citer de joyeux anniversaires, enfin plus joyeux que le dernier !
    Pour le premier T de tarot, j’ai une anecdocte souriante car elle ne perturbera pas tes plates-bandes ! J’ai pu prouver que le Tarot de Vieville (un tarot fantaisiste !) était Rose-Croix et particulièrement signé. J’ai donc proposé à de débonnaires lecteurs que si le livre de la Papesse était le Livre M, tout le Tarot de Vieville “pourrait” être le Livre T. trouvé entre les mains du Frère Rozenkreutz dans son tombeau alchimique.

    @ +

    Charly

    • Rom dit :

      J’ai oublié de mentionner l’auteur : Hermès Trimégiste !Pour les XX premiers tomes…
      Sérieusement, je n’ai pas tant de bouquins d’alchimie que ça. J’ai essayé de retrouver la source sans succès. Je crois que je vais simplement faire disparaître cette citation.
      Tu auras contribué à ma démarche d’élaguage…

    • Rom dit :

      Charly : Pour le premier T de tarot, j’ai une anecdocte souriante car elle ne perturbera pas tes plates-bandes !
      Réponse de Rom : Piétinez-donc, mon cher, piétinez, il en restera toujours quelque chose. Pointue, l’anecdote, pointue !

  2. Charly Alverda dit :

    Salut Rom

    “ Le T en littérature alchimique est une convention pour le mot trésor.”

    Cela fait + de 40 ans que je lis des livres d’alchimie de toute époque, d’où sors-tu cette info ? Cela me parait gros comme du Papus ? Car je ne crois pas que tu inventes celà, rugueux, mais honnète le Rom !

    Cordialement

    C…a

    • Rom dit :

      Rom : “ Le T en littérature alchimique est une convention pour le mot trésor.”

      Charly : (…) d’où sors-tu cette info ? (…) je ne crois pas que tu inventes celà, rugueux, mais honnête le Rom !

      Réponse de Rom:
      Rugueux ?! Comme dans magister rigorous ou mieux, rigor mortis ?
      Qu’importe, voilà que Charly me demande de citer mes sources maintenant. C’est le monde à l’endroit. Mes pages sont bourrées de citations dans le texte, avec attribution systématique à tous les coups. Là, j’avoue que je n’ai pas mis la source en me disant que tout le monde savait ça que le T est, etc… Écoute compadre, je n’ai pas mes livres de référence averc moi. Je ne coltine que mon séant et mes lunettes dans les cafés internet. De mémoire comme ça cependant, et uniquement pour t’accommoder, je dirais de mémoire:
      L’alchimie pour les nuls, tome XVII, Pyramides books, -2056, Babylone. (p. 11, 768)
      Sous toutes réserves, vérifie.

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