La justice – Le pendu Axe VIII-XII

La justice

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LA JUS°TICE

VIII

Invariablement, Le Pape propose une voie, une norme collective. L’Amoureux s’y engage. Le Chariot s’en fait le champion. La Justice, elle, la fait respecter. Rendons-lui la place qui est la sienne. LA°JUSTICE: 12+1 (x 2)= 26. 20+9+3+5= 37. 37-26= 11. Voilà un résultat qui comblera d’aise certains occultistes qui accordent justement le onzième rang à La justice. Il faudrait pour leur rendre les armes, prouver que La Force va à la huitième position. C’est un examen attentif du Tarot de Nicolas Conver par Héron qui nous a finalement amené à élucider le mystère de cet Arcane. Sa dénomination se présente en effet comme suit:

LA JUS°TICE.

La justice cartouche

Si on remplace le U par un V comme nous avons déjà été amenés à le faire, on obtient: LA JVTICE: 12+1+22 (x 2)= 70. 20+9+3+5= 37. C’est une addition qui nous est demandée ici: 70+37= 107. 1+7= 8.

107 ou 17, c’est un rappel du lien avec l’Oeil d’Horus sur le ventre de la jeune fille de L’étoile, Horus dont le regard justicier veille à l’exécution des rites et des lois. C’est le gardien de l’équilibre entre les forces contraires.[1] C’est également le rôle de Thémis, la divinité grecque dont les accessoires sont justement l’épée et la balance, les emblèmes de la justice. Thémis jouissait du don de prophétie et elle avait installé son oracle à Delphes. Le personnage porte un double cercle sur le front, au niveau du troisième oeil. C’est sa vision intérieure qui est soulignée ici. Le cercle, ou la lettre o, est le symbole alchimique de l’alun.

ALVN : 1+12+22= 35 ou 8, VIII.

L’alun protège du mauvais œil.[2] Voilà introduit à nouveau le thème de l’œil. Cette présence au milieu du front suggère un troisième œil, le troisième œil frontal de Çiva (8). Ce n’est pas le premier élément de culture hindoue que l’on retrouve dans le Tarot. Pour l’Islam, le concept de troisième œil se traduit par l’expression ha, le franchissement des deux yeux. Le caractère qui le représente est aussi un double cercle, une boucle double, symbole de la distinction et de la dualité.[3]

On dit que la justice est aveugle. Thémis portait un bandeau sur les yeux. Mais d’après Le dictionnaire des symboles, c’est la faute qui aveugle et qui empêche de régner ou par extension, de juger. La justice du Tarot est borgne de l’œil gauche tout comme Le pendu d’ailleurs. Dans les traditions de l’Europe du Nord, les sorcières sont borgnes de l’œil gauche.[4]

C’est donc une Justice ambivalente que nous avons ici. A-t-elle un œil, en a-t-elle deux ? Ce qui a été réalisé en VII amène en VIII des mutations que le personnage subit et qu’il fait vivre à son entourage. On ne se rend pas juste sans avoir un impact considérable sur son milieu. Comme Thémis, il a acquis la capacité de prophétiser. N’oublions pas la conception rédemptrice des alchimistes de cette époque. L’adepte couronné vise à contribuer à la sauvegarde l’Univers, rien de moins.

Le huit représente l’équilibre cosmique. Il est aussi la somme de XVII. L’adepte couronné rayonne dans le monde l’illumination de l’espérance, ce sentiment étant compris comme étant le phare guidant son parcours. Thésée au labyrinthe n’en put sortir que grâce au fil d’Ariane, bien sûr, mais surtout aussi à cause du fait que sa couronne émettait une lumière semblable. On peut se demander si le double cercle ornant la coiffe du personnage ne serait pas également une représentation du soleil. D’autres avant nous ont soutenu cette thèse. L’idée de rayonnement ajoutée à forme de la coiffe, une coupole ou un dôme, s’en trouverait renforcée. Il existe des exemples de symbolisme dans plusieurs cultures où le dôme est représenté avec un trou. «(Le couronnement du dôme représente) la concentration des pouvoirs psychiques, à leur source, que figure le trou central, la porte du soleil. (…) le trou central, parfois assimilé à l’étoile polaire, est essentiellement le soleil, l’œil du monde.» [5]

Stephanus Langdon que nous avons rencontré plus haut est à l’origine du concept associant non pas Dieu, comme pour le Pseudo-Denis Aréopagite, mais le Christ à un «Soleil de Justice». C’est ce soleil qui doit présider à l’organisation de la Cité. La justice pour lui représente la totalité des Vertus. Au siècle suivant, pour saint Thomas d’Aquin qui réfléchira à ces questions, l’autre est plus qu’un congénère, c’est un frère à qui l’on doit – dans le cadre d’une dynamique de rédemption par le Christ – la charité requise par la vertu de Justice. Plusieurs autres penseurs mettent la justice au premier rang des Vertus.

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Le trône et la couronne du personnage rappelle que Justice est la reine des vertus. Mais la justice est aussi une prérogative du souverain. «La justice et la paix, selon l’expression biblique, expriment l’essence du pouvoir et des devoirs royaux. La justice s’inscrit donc au cœur de la royauté et revêt une importance capitale. Le roi est avant tout un juge et même la guerre est en fait le moyen de maintenir la paix en châtiant les rebelles, ce qui explique que la paix soit symbolisée par le glaive de justice, avant de l’être par la main de justice.» [6]

Un des aspects les plus parlants du symbolisme de cet Arcane réside dans le fait que l’épée que tient la justice semble soudée à ce trône. Cette épée fixe semble là pour le décorum. Son pouvoir de dissuasion est réel mais c’est dans l’exercice de la mesure, la balance, que la justice se fait respecter ici même si son glaive doit parfois trancher. Par ailleurs, cette image d’épée fixe pourrait également représenter le concept de justice retenue qui apparaît justement au Moyen Âge. «Toute justice émanant du roi, tout juge est donc son délégué ; le souverain peut, à tout moment d’un procès, évoquer l’affaire devant lui en vertu de sa justice retenue (…).» [7]

Nous verrons au chapitre sur Le pendu, qu’au XIIe siècle, le souverain partage l’exercice de la justice avec une multitude de seigneurs, le gibet patibulaire étant le symbole du pouvoir judiciaire de ces derniers. Au niveau symbolique, le glaive qui tranche est l’instrument de la vérité agissante. Mais comme le rappelle Le dictionnaire des symboles, trancher n’est pas résoudre. Examinons de plus près les outils à la disposition de Justice. Elle tient de la main gauche cette balance (22) dont les plateaux semblent presque à égalité. En alchimie, ces plateaux correspondent au Mercure et au Soufre. Le fléau de la balance est le Sel. Les mêmes éléments étaient présents au bateleur. La balance signifie que la réussite du Grand Oeuvre exige la maîtrise des « poids et proportions ». Plateaux vient de platel ou écuelle.

PLATEL : 16+12+1+5+12= 66. 6 lettres, 666.

L’image de l’écuelle rappelle celle de la Cène où fut recueilli le Sang précieux ; c’est l’équivalent de celle du Croissant de lune, du Graal. Ainsi l’image de la balance en est-elle également la semblable. Écuelle (42) se lit également comme: ECV L: 5+3+22+12: 42. Une référence gouliarde à l’écu ou au blason (VT, 42) du char de l’Arcane VII qui précède. C’est l’indication que l’action sociale de l’alchimiste est limitée dans le temps. Le nombre 42 est une unité de temps symbolique fermé, comme nous l’avons vu plus haut. C’est aussi une invitation à relire le livre de l’Apocalypse, chapitre 4, verset 2.

Ap. 4: 2

(…) et, siégeant sur le trône, quelqu’un. Ce 42 est également un rappel des quarante-deux juges du tribunal de justice qui décide du sort des défunts de l’ancienne Égypte. Il est présidé par Osiris. La déesse de la Vérité-Justice, Maat, est présente.

MAAT : 13+1+1+20= 35 ou 8.

Le cœur du défunt est pesé sur une balance. Il y a ici assez d’éléments convergents pour déceler à nouveau une influence égyptienne sur les concepteurs du symbolisme médiéval initié ou repris ici dans cette lame du Tarot. La Justice est un personnage statique, centré, en place. Sa position assise renvoie à celle du personnage qui lui fait face en XII. Nous allons bientôt visiter Le Pendu. Mais un autre effort nous est d’abord demandé ici. Neuf traits verticaux précèdent La Justice sur sa gauche et onze la suivent.

En mode mineur : IIIIIIIII LA JUS°TICE IIIIIIIIIII: 9+21+19 = 49. 11 (x 2)= 22. 49+22= 71. 7+1= 8. Nous avons doublé à droite du point et non à gauche cette fois-ci.

En mode majeur :

LA JUS°TICE: 9+12+1(x 2)=44. 20+9+3+5+11=48. 48-44= 4 ?

LA JVTICE: 9+12+1+22+(x 2)=88. 20+9+3+5+11= 48. 88-48= 40. 4+0= 4. + 4= 8.

Le 4 veut nous rappeler une autre fois que l’adepte est maintenant en possession de la Pierre. Et il est encore dans le monde. (Saint Augustin soutient que toute action en ce monde se rapporte au chiffre 4.) Son mode de pensée doit avoir fait le deuil du dualisme pour pouvoir fonctionner dans les quatre directions. L’activité qu’il exerce dans le siège de la Justice a des conséquences pratiques qui demandent cette vision globale. Ce 4 demande maintenant à être ajouté au VIII de Justice pour nous conduire chez le prochain Arcane, son complément dans cet axe. Le Pendu est un personnage qui se livre à une intense activité intérieure malgré son immobilité apparente. Complément obligé de La justice, il va nous faire vivre l’expérience de la compassion sans laquelle tout jugement n’est que condamnation revancharde.

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LE°PENDU

XII

Étonnant personnage que ce pendu immobilisé au bout de son fil, pied et poings liés. C’est une illustration du supplicié suspendu aux fourches patibulaires, au gibet. Citons le Petit Robert. «Fourches patibulaires : gibet composé à l’origine de deux fourches plantées en terre, supportant une traverse à laquelle on suspendait les suppliciés.» Nous sommes dans l’axe Justice-Le pendu, le lien entre exercice de la justice et supplice est clair. «(…) au XIIe siècle (…) la société aristocratique loue la violence et nourrit son honneur de cette violence. Et si elle en limite les effets au sein de son propre groupe, ne l’exerce-t-elle pas surtout sur les hommes qu’elle domine ? En même temps que s’affirme la puissance du château, les institutions militaires et judiciaires sur lesquelles repose la puissance du souverain se sont effacées. Le châtelain exerce la justice à son profit et il érige fièrement des fourches patibulaires, symboles de la justice de sang.» [8] «La haute justice, la justice de sang, la plus prestigieuse, est symbolisée par des fourches patibulaires à deux ou plusieurs piliers. Elle est souvent très chère pour le seigneur (…) à moins que l’on ne propose une compensation pécuniaire plus intéressante pour le seigneur.» [9]

Au XIIe siècle, cette forme de supplice était réservée au château, au seigneur. Le roi et le Parlement n’utilisaient pas de telles fourches. Cette coutume propre aux cours seigneuriales va disparaître à mesure que s’imposent les cours royales. Mais dans la première moitié du siècle, ce genre de gibet est la norme dans le paysage judiciaire provincial.

Le pendu fourches

La justice de sang – Entre 1098 et 1109

Bibliothèque de Dijon

La justice de sang était également appelée haute justice. Sur cette illustration dont nous ne présentons qu’un détail, on distingue le bourreau prenant appui au milieu de la fourche. Le supplicié repose à au moins deux mètres du sol. Sur l’Arcane XII par contre, le corps semble s’enfoncer sous le sol. Il ne semble plus être question de haute justice. L’ensemble Le pendu suggère que nous sommes en présence d’une basse justice, celle des hommes. La haute justice, celle de Dieu (et/ou du Roi ?), s’exerce d’ailleurs. Elle emprunte un caractère mystique. Et c’est bien vers le spirituel que nous mène notre étude du symbolisme si particulier de l’Arcane Le pendu.

Le christianisme ésotérique, tout empreint qu’il est de ce manichéisme honni par les représentants de l’Église officielle, porte un regard très particulier sur Jésus. On le voit bien ici, en XII. «Dans le désir de mettre le christianisme à la portée des grandes masses, le dogme officiel le vulgarisa et le simplifia à l’extrême ; il en dissimula la nature essentiellement tragique (…) Une lutte s’engagea dès lors entre le courant ésotérique et le courant exotérique. (Le courant ésotérique) ne voit pas le Christ avec les yeux de Michel-Ange (…) mais avec les yeux de Mani : vaincu et éternellement souffrant, comme au moment de Gethsémani, <<crucifié sur chaque arbre>> (<<Jesus patibilis omni suspendus ex ligno>>) ; la nature continue à gémir, selon la parole de saint Paul ; le mal continue à dominer.»[10] Et, en effet, cet Arcane est d’abord l’illustration d’un passage des Écritures où il est dit que le Christ fut jugé par Ponce Pilate puis livré aux Pharisiens qui le firent crucifier.

Dans le texte, l’expression crucifixion est rendue en hébreu de la façon suivante: pendu à l’arbre ou pendu au bois. De plus, l’allégorie symbolique d’Isaac portant le bois du sacrifice correspondait dans l’esprit des moines et des Pères de l’Église au Christ portant sa croix. C’est tout ce que nous avons ici. Le genou plié en forme de croix du personnage et sa position suspendue sont un rappel du Calvaire du Christ. Et il peut être utile de signaler que certains Juifs espagnols du Moyen Âge désignaient entre eux le personnage central du christianisme en utilisant l’expression «le pendu». C’était un grave insulte, car dans la Bible, le pendu est ¨(…) une malédiction de Dieu.¨[11] L’expression pendu au bois a connu un grand succès. C’est le manichéisme qui s’en fait d’abord le promoteur. Saint Augustin rapporte le mot du manichéen Faustus : «Jésus, la Vie et le Salut des hommes, est suspendu à tout bois.» [12]

La gnose manichéenne professe que la Lumière, l’âme divine, se retrouve dans les espèces végétales, surtout les arbres qui servent de gibet à Jésus. Il s’agit d’une des idées centrales du manichéisme, le Jesus Patibilis, le Jésus passible, souffrant. Cette image représentait la souffrance de l’anima mundi, l’âme du monde. L’Arcane XII est construit autour de ce thème manichéen. En elle-même cependant, la scène qui nous est présentée ici a une forte connotation archétypale et ne peut être attribuée exclusivement à une tradition religieuse particulière. Le sang, les arbres, la suspension, sont des thèmes que l’on retrouve couramment. Ensemble, ils mettent en scène le symbolisme du regressus ad uterum initiatique des rituels de puberté archaïques.

Mircea Eliade décrit ainsi une telle cérémonie qui a lieu en Australie: «(…) entre le terrain sacré et le camp principal on ménage deux poteaux fourchus reliés par une grosse perche.(Les initiés) restent là, accrochés à la perche et leurs pieds sur le sol, <<supposés suspendus à la perche>>. Ils se trouvent, en effet, dans l’utérus et ils ressortiront spirituellement re-nés. (…) Finalement, tous retournent au camp principal peints avec de l’ocre et du sang brachial.»[13]

On a peut-être ici des indications sur les rituels initiatiques des sociétés secrètes de l’Antiquité et même du Moyen Âge. Le lien du pendu le préserverait du sort réservé à toutes les personnifications manichéennes de la Matière que sont démons, damnés et consorts. Ceux-ci sont condamnés au bôlos, la fosse éternelle qui se retrouve également sur l’Arcane Le pendu.

IESVS PATIBILIS : 9+5+22+16+1+20+9+9+12+9= 112.

Les concepteurs du Tarot ont isolé le nombre 112 avec le code et organisé les éléments graphiques de l’Arcane en relation avec lui. Nous avons vu que 112 est également le nombre de l’addition de L’EMPEREVP. Celui-ci se présente le genou croisé, un autre signe de parenté avec Le pendu qui nous a permis de l’associer lui aussi à une des nombreuses figures du Christ, Christus Imperator. Cent douze ou sang et douze en référence aux douze sureaux sanglants qui encadrent le pendu, le christ souffrant au gibet. Cette symbolique du sang a «(…) une préhistoire longue et complexe : du sang et du corps d’un dieu ou d’un être primordial supplicié, poussent des plantes merveilleuses.» [14] «(…) deux jeunes arbres sont fixés dans le sol, les racines en l’air. (…) Ces arbres, oints de sang humain (…).» [15]

La présence de ces entailles sanglantes sur les fourches nous rappelle également le niveau de lecture évoqué plus haut, à savoir, celui de la justice de sang. Dans le contexte judéo-chrétien, la symbolique du sang associe celui-ci à l’alliance entre Dieu et son peuple. Un passage de l’Exode nous informe que Moïse asperge le peuple avec le sang des sacrifices en disant : ¨Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous.¨ C’est l’origine de l’Eucharistie. Signalons maintenant que les Esséniens, communauté judaïque dont Jésus serait issu, avaient un rite semblable à la communion. Le sang du Messie était symbolisé par le vin consacré et bu en commun. Le nom que donnaient les Esséniens à leur Messie était celui de Maître de Justice. Comme La justice a été placée par Suger dans le même axe que Le pendu, on est en droit de se demander s’il n’aurait pas sciemment fait allusion ici à cette parenté entre le Messie des Esséniens et celui des Chrétiens. On sait que les Esséniens se nommaient aussi les Nazaréens, i.e. ¨Croyants dans le Messie¨.

L’appellation Jésus de Nazareth est presque certainement une allusion à son appartenance à cette secte juive. Ce mot de Nazareth trouve son origine dans le mot netzer en hébreu de Jessé. Netzer se décode 12. Ce mot signifie sureau, qui se décode également 12, au pluriel. C’est bien ce qui entoure notre personnage, plutôt 12 fois qu’une ! Le mot maître se décode lui aussi 12. Le personnage du pendu représente-t-il un amalgame entre ces deux messies, l’essénien et le chrétien ? Nous sommes portés à le croire. Et à notre avis l’Arcane XII peut être mis en relation directe avec le principal projet iconographique de Suger, son Arbre de Jessé, qui développe admirablement toute la symbolique associée au sureau, celle qui a trait au rejeton spirituel messianique. Cette indication sur une origine judaïque du christianisme nous semble être le fait de l’influence de Hughes de Saint-Victor sur l’abbé Suger. Hughes avait appris l’hébreu pour lire dans le texte les écrits sacrés de cette tradition religieuse.

À nouveau, le Tarot est plein d’allusions à la religion juive. Rappelons aussi qu’au Moyen Âge, douze est le nombre des apôtres et celui de l’Église universelle. Les 12 suraux sanglants sont là pour nous rappeler qu’ils ont tous subi le martyr. On peut d’ailleurs en reconnaître quelques-uns sur cette lame. Le successeur de Judas, qui lui s’est pendu volontairement, y est passé lui aussi. Nous reviendrons sur ce thème.

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Examinons maintenant le fil de ce pendu ex ligno. Denis l’Aréopagite parle du fil, d’abord évoqué par Platon, comme d’une chaîne infiniment lumineuse entre le Ciel et la Terre. Il représente le chemin qui mène vers la liberté, le support de la réalisation spirituelle. La pensée hindoue associe le fil du yogi au mantra AUM qui mène à la libération. La corde qui est présentée ici tendue se retrouve également entre les mains d’un des personnages en XVI et compense le symbolisme de la chute, l’annule. Elle est lâche autour de la taille de L’hermite. Et elle est lâche ou même absente sur l’arc de l’angelot en VI.

Dans toutes les traditions, la corde est un symbole d’ascension. Elle est fréquemment associée à l’image de l’arbre, un autre symbole d’ascension.[16] Wotan, le dieu scandinave, est resté pendu plusieurs jours pour comprendre le fonctionnement des runes. Chez les Celtes, les hommes qui rendaient un culte au dieu Ésus, le seigneur des sacrifices humains, se pendaient aux branches pour acquérir la sagesse, le savoir et l’immortalité. Cette idée rejoint le sens «traditionnel» de cet Arcane qui correspond à l’idée de sacrifice. Elle est le nœud central de nombre de croyances religieuses. Nous allons la mettre en examen au moyen du code :

SACRIFICE : 1+ 3+18+9+9+3+5= 48. 4+8= 12.

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Le pendu = Pendule! C’est le pendule, ou l’archipendule, des compagnons bâtisseurs de cathédrale. Notre personnage suspendu en est bien un. Son mouvement rappelle celui du pendule mais aussi celui du faucheur en XIII et c’est le lien graphique que nous ferons entre ces deux Arcanes. Aussi, en mode mineur, Le Pendu + Pendule donne 78. En mode majeur, Le Pendv + Pendvle donne 120 ou 12, XII. Le mouvement du pendule s’effectue dans l’espace mais pour marquer le temps. La scène s’éclaire pour nous d’un jour nouveau. Les arbres séculaires qui l’encadrent sont eux aussi une métaphore temporelle. La vie qui s’y écoule est celle de la Lumière divine. Chacun des douze sureaux sanglants représente un siècle.

À nouveau, SANG= CENT. Nous avons ici une durée symbolique de 12 siècles. L’inversion qui est la clef principale de cette lame les augmente à 21. N’oublions pas que l’Arcane se numérotait IIX à l’origine. Nous croyons que ces 21 siècles figurés évoquent le thème de la fin des temps. Il convient de rappeler que la conclusion de la thématique manichéenne voue le monde à une séparation finale entre la Matière et l’Esprit. Pour les disciples de Mani, la Matière sera emprisonnée dans une boule, le bolos, et jetée dans l’abîme qui sera scellé définitivement par un rocher après un incendie de 1468 ans . Le Tarot illustre cette scène eschatologique. L’arrondi de ses bras rappelle la boule ; la partie supérieure serait le rocher. Ce rocher est une pierre… Pierre est le nom de l’apôtre choisi par Jésus pour bâtir son Église… Pierre a été crucifié lui aussi… La tête en bas. C’est bien saint Pierre qui est ici représenté lui aussi. On nous suggère donc que le personnage s’introduit dans le puits pour le boucher.

Nous avons vu au chapitre sur L’Impératrice qu’Hildegarde de Bingen annonce également de façon cryptique la fin des temps pour le XXIe siècle. La prédiction est reprise ici.«Ce scénario sotériologique devient le modèle de toute rédemption par la gnose, présente et future. Jusqu`à la fin du monde, une partie de la Lumière, c’est-à-dire de l’âme divine s’efforcera de réveiller, et en fin de compte, de délivrer l’autre partie, emmurée dans le monde, dans le corps des hommes et des animaux, et dans toutes les espèces végétales. Ce sont surtout les arbres, qui contiennent une forte quantité de l’âme divine, qui servent de gibet au Christ souffrant, le Jesus Patibilis[17] Cette lame du Tarot illustre donc le thème manichéen gnostique de la Délivrance. L’attitude du pendu rappelle les trois étapes traditionnelles, communes à toutes les gnoses : le réveil, la révélation de la science salvatrice et l’anamnesis. L’âme du bienheureux redevenue intelligente ressuscite.[18] Mircea Eliade souligne que ces idées ont connu une grande influence en Europe, en Chine, aux Indes en Asie centrale et au Tibet.

Le manichéisme est la déviation hétérodoxe la plus critiquée. Mais il y en a d’autres. L’hérésie est portée à son comble dans le Tarot quand on comprend que cette lame suggère que le Christ n’est pas mort sur sa croix. Le personnage a en effet les yeux bien ouvert et il semble serein. D’un point de vue psychologique, la mort prématurée sur la croix de Jésus serait une aberration dans son parcours vers l’intégration. Mais une partie de sa vie, sa vie publique, se termine bien à Jérusalem au lieu dit du crâne. En illustrant cette thèse pour ses contemporains et pour la postérité, l’auteur s’affiche en faveur d’une école de pensée du IIe siècle, le docétisme, qui professait que le Christ n’était pas mort sur la croix. (D’après le docétisme pur et dur, il ne serait pas né non plus !) On a prétendu au sein de cette mouvance que c’est saint Simon qui aurait été crucifié. Même le Coran soutient que quelqu’un d’autre a été supplicié à la place de Jésus. Quoiqu’il en soit de cette hypothèse, il est théoriquement possible de spéculer sur la possibilité que Jésus ait atteint, dans un exil qui le place hors de l’histoire, le stage représenté par L’hermite et La force. En tout état de cause, nous croyons avoir suffisamment démontré ici que l’Arcane XII est un autre de ces Arcanes christophores.

La cordelette reliant le personnage au bois est le symbole classique du vœu de chasteté prononcé par les prêtres. La chasteté est l’idéal manichéen par excellence. Elle est la condition sine qua non pour atteindre la rédemption finale. Cette cordelette est dans l’axe direct du X hors-cadre, la croix, de XII. Droite, cette croix demeure stable comme un pôle même si tout tourne autour d’elle. Notons que le personnage du Monde reprend de façon inversée la position du Pendu. Aussi bien le dire tout de suite, c’est donc aussi une croix inversée qui est dissimulée au cœur de l’Arcane XXI. Le symbolisme du renversement est central en ésotérisme, nous en avons un nouvel exemple ici. Ce symbolisme est également présent fort ouvertement dans la culture populaire. «Les déguisements et les masques de divertissements princiers puisent leur inspiration aux mêmes sources que les mascarades populaires du Carnaval : le monde à l’envers, symbolisé par le retournement des vêtements et l’inversion des rôles, comme l’animalité des hommes sauvages et des déguisements de bêtes sauvages, surgissent d’un imaginaire libéré, mais contrôlé, dont les racines plongent dans de très anciennes croyances.» [19] La croix inversée est un symbole satanique.

Le Pendu fait également référence à Judas. Celui-là cependant serait bien mort. Jésus a été abandonné mais par tout son groupe qui devait le trouver trop radical. De nombreux théologiens s’entendent aujourd’hui pour dire grâce à une relecture attentive des Écritures que Jésus et Barrabas étaient une seule et même personne. On constate à nouveau qu’une lame de Tarot illustre un passage des Écritures. Le parcours spirituel proposé dans le récit biblique est valable pour nous également. Mais laissons Jésus, qui à l’instar de notre Bateleur, va passer à l’étape suivante de son développement, loin du regard des hommes et de l’histoire. La mort de son ami Judas et sa propre crucifixion ont dû être une douche d’eau froide sur cet esprit enflammé qui a dû choisir de terminer sa vie publique. Le symbolisme de l’araignée exprime justement la déchéance de celui qui veut devenir Dieu. Le dictionnaire des symboles l’affirme, c’est l’ambition démiurgique punie.[20]

De même, la corde de Némésis est l’instrument que la déesse utilise «(…) afin que les orgueilleux mortels ne tentent pas de s’égaler aux dieux.» [21] C’est un passage, une étape qui fait partie du processus d’intégration. La vie publique de Jésus l’aurait amené à atteindre le stade représenté par Le Pendu. Nous tenterons d’esquisser plus loin ce qu’il aurait pu vivre dans l’axe suivant. Nous même n’en sommes pas encore là! Essayons maintenant de résoudre nos équations.

En mode mineur d’abord : LE PENDU : 14+4+21= 39. 3+9= 12.

En mode majeur : LE PENDV: 12+5+16+5+22= 60.

Il nous manque un 6 pour faire 66, 6+6=12. Cette dernière avenue semble la plus prometteuse même s’il a fallu pour cela remplacer le U par un V. Après moult recherches, nous avons finalement trouvé le 6 manquant sous la forme d’un F pendu à un drôle de petit gibet qui semble conçu sur mesure pour notre propos. On le retrouve aux nasaux (NASAVX : 48 ou 12) de la monture du Cavalier de Bâton. Dans la roue du Tarot, ce cavalier, qui fait d’abord face au Pendu chez la Papesse, quitte la position de départ qu’il occupait aux côtés de celle-ci, pour aller rejoindre notre éclopé en XII. Le Cavalier de Bâton est en effet un secouriste au grand cœur. Son élan est stoppé pour lui permettre de porter secours à ce compagnon suspendu par un pied. Le bâton qui lui traverse la main gauche n’est pas sans rappeler les arbres qui entourent celui à qui il va porter de l’aide.

Le petit F providentiel pendu à un gibet est nettement visible dans le Tarot de Marseille du Bicentenaire de la maison Camoin et celui publié par Grimaud. Les bois de poirier qui servaient à l’impression au XVIIIe siècle sont conservés au Vieux Musée de Marseille, une institution qui a fait l’objet d’une dotation importante de la maison Camoin. La plus récente réimpression au moyen de ces bois date de 1960, année qui marquait le deuxième centenaire du Tarot de Conver. Le jeu qui a été tiré à cette occasion est cependant d’une qualité nettement inférieure à ceux qui sortaient des presses au XVIIIe siècle. La notice qui accompagne cette édition mentionne même que ce sera la dernière! Mais ce jeu est tout de même celui qui a rendu cette étude possible, avec le Héron. Revenons à notre adepte.

En rajoutant le F: LE PENDV: 12+5+16+5+22= 60. 60+6(F)= 66. 6+6= 12.

L’habit du personnage nous suggère qu’il en est à comptabiliser les gains et les pertes. En effet, une poche est droite et l’autre inversée. Du côté des gains, il y a quatre boutons dorés à mettre à notre crédit. Six boutons rouges se rangent du coté des pertes. Les pieds sont rouges, la tête est dorée. L’enracinement était dans l’action, le sang, la passion et la souffrance. La guérison est du coté des cheveux, de l’or, du ciel. Mais ce ciel, on ne peut le retrouver qu’en changeant d’abord de point de vue, en se rapprochant les idées du sol, en adoptant un nouveau paradigme personnel. Nous avons vu plus haut que cette ascension symbolique est décrite par saint Benoît dans sa Règle. Il la compare à une progression sur une échelle à douze degrés. Et les premiers degrés de cette échelle correspondent effectivement aux plus basses réalités de ce monde, à la condition terrestre. Les cheveux et les pieds sont mis en évidence dans cet Arcane. Tous deux sont un symbole de la force vitale. Le pied est un symbole phallique. Les cheveux rappellent le rayonnement solaire. Ils sont également associés aux herbes qui sont la chevelure de la terre. Ce symbolisme est celui de la croissance et de la fécondation.

Et justement, une curieuse petite natte se trouve dans la chevelure du Pendu. Elle a l’allure d’un petit phallus. Elle se démarque nettement de l’ensemble des cheveux. Cette natte est orientée dans la même direction que la boucle droite du nœud mentionné plus haut. On aurait voulu indiquer à nouveau l’idée de détachement et/ou d’orientation des énergies sexuelles qu’on n’aurait pu mieux faire. Désir sublimé puisqu’il participe également du rayonnement solaire de la chevelure ou désir intellectualisé donc obsessif, c’est à l’adepte que revient le devoir d’établir le bon équilibre dans ce domaine. Dans l’axe précédent, on s’est épuisé à faire le deuil de valeurs ou de comportements dépassés. On a réalisé le couronnement alchimique. Maintenant, il n’en tient qu’au Pendu d’accepter ce pouvoir qui est comme une entrave qui l’immobilise.

Un des pieds du squelette de l’Arcane XIII était immobilisé lui-aussi. C’était une condition qui semblait déclencher l’hilarité du personnage squelettique. Il n’avait pas le choix d’accepter sa condition. Ici, le Pendu opère un retournement pour se libérer de cette position entravée. Le nœud se défait de lui-même. Il pourrait être tenté de se libérer de cette entrave si facilement vaincue. Mais il comprend maintenant que celle-ci le retient à la vraie vie. Il a une station à faire avant de se remettre en marche. Une boucle dénouée autour du pied du Pendu est donc clairement visible. On peut y faire un nœud de sécurité ou s’en détacher.

On peut aussi, tout simplement, s’arrêter de tournoyer en pliant un genou et en croisant les jambes. La stabilité dans l’inactivité est propice aux prises de conscience et à l’illumination. Ces notions sont à la base de l’enseignement de certaines écoles de philosophies orientales. Ces écoles de pensée suggèrent que le but de la vie est de se détacher, au moins temporairement, de la souffrance. Celle-ci doit être perçue comme extérieure à notre adepte. De là, les sureaux sanglants autour de lui. Son esprit dès lors atteint l’état dit de Samadhi, une conscience sans objet à observer. Son attitude et son regard n’expriment pas autre chose que l’atteinte de cet état.

Cet état, cette connaissance, sont représentés symboliquement par le genou, symbole de puissance mais aussi de science, de génie, de gnosis qui est de la même famille que genou. Le nœud de la corde du pendu est lui aussi proche parent symbolique de la famille genou. Chez Le monde, le genou plié du personnage symbolise la danse qui est la voie royale d’entrée vers les plans supérieurs, vers la gnose. Le genou croisé produit une forme géométrique, celle du triangle. Nous n’avons pas l’intention de couvrir ici tout le champ symbolique associé à cette figure. Il peut être pertinent toutefois de signaler une de ses significations, à savoir celle de l’utérus. À nouveau, nous sommes en présence ici d’images archétypales.Un mythe scandinave fait état du supplice initiatique du «(…) héros souffrant mille morts et transmué par la douleur. Odin pendu aux branches du frêne sacré Ygdrasil (qui) évoque le métal posé sur le plateau d’un primitif kerotakis. À ses pieds s’ouvre le puits de la sagesse (…). La secrète connaissance acquise par le dieu lui vient d’un univers représenté comme un puissant faisceau de forces rappelant étrangement l’expérience alchimique de la distillation et du dépôt des métaux.» [22]

Le pendu met bien en scène un personnage suspendu au-dessus d’un puit. Notons au passage que l’arrondi des bras et la croix simulée par les jambes repliées reprennent le symbolisme du cercle surmonté d’une croix (ou d’une flèche) qu’on retrouve tant chez les alchimistes que chez les astrologues pour représenter Mars. C’est un Mars en phase de sublimation que nous avons ici. On a peut-être voulu saluer ainsi Denis L’Aréopagite, ou le Pseudo-Denis. L’Aréopage était un endroit dédié à Arès, l’équivalent grec de Mars. C’est là que saint Paul effectua la conversion de Denis. La croix sur le triangle ou le cercle est également un symbole alchimique qui signifie la complétion du Grand Oeuvre. Celle-ci est réalisée. Mais il faut apprendre à s’inscrire de façon nouvelle dans l’existence. Notre pendu a également l’allure d’une clé. C’est un détail capital qui va nous permettre de comprendre d’abord l’aspect exotérique, immédiatement apparent pour l’homme du Moyen Âge, de cette lame. Nous mettrons d’abord en relation le symbolisme de cette clé avec celui des entraves du pendu, lié par les poings et les pieds ou plutôt, nuance importante, lié par les poings et un seul pied ! Le personnage est en voie de libération.

C’est le moment de rappeler qu’au moment de la Passion, Jésus prit congé de Pierre en lui donnant le pouvoir de lier et de délier les âmes, une formule qui signifie ne pas absoudre ou absoudre les péchés. À l’époque romane, l’imagerie religieuse résumera cette formule en donnant toujours au personnage de saint Pierre le même accessoire, les clés. Celles-ci sont le symbole de la papauté pour les raisons que nous venons de rappeler. Le pouvoir d’absolution des péchés délie les âmes et leur ouvre les portes du royaume. Inversement, le même pouvoir symbolisé par les clés peut lier et interdire l’accès au Paradis. Rappelons également que saint Pierre fut pendu au bois, crucifié, la tête en bas, à sa demande. Il ne se sentait pas digne de périr exactement de la même façon que son maitre.

On peut donc aussi reconnaitre ici le fondateur de l’Église de Rome. Saint André, lui, s’est fait crucifier sur une croix en forme de X. Le X (la corde liant le pied du personnage y est attachée) du XII dans le cartouche supérieur de l’Arcane est là pour nous le rappeler. Qui d’autre parmi les 12 ? Judas sans doute, le pendu archétypal, même si on doit l’exclure des 12 pour les raisons qui sont connues. Si ça se trouve, ils y sont tous d’une manière ou d’une autre. Tous les apôtres à part Judas ont subi le martyr, c’est ce que nous rappellent les 12 sureaux sanglants sur le gibet illustré sur cette lame. Saint Barthélemy a lui-aussi été crucifié la tête en bas, après avoir été écorché… Passons au sens ésotérique. Notre pendu, notre homme lié, a donc la forme d’une clé. C’est un symbolisme de totalité. Il possède la potentialité de sa libération et on constate qu’il utilise effectivement ses ressources puisqu’il est en train de se libérer de ses entraves.

CLÉ: 3+12+5= 20.

20 correspond à la lettre T. Le pendu a justement les jambes croisées en forme de T. La lettre T a une grande valeur symbolique. Elle prend le nom de Tau dans l’alphabet grec. En héraldique, les blasons qui affichent une croix en forme de T la qualifient de croix en Tau ou Potence. Notre pendu est justement suspendu à une potence même si celle-ci n’en a pas l’aspect traditionnel. La forme de ses jambes en T vient donc nous signifier que c’est plutôt le personnage lui-même qui est l’instrument de son propre supplice. Le mot s’écrit également ainsi: CLEF: 3+12+5+6= 26. Ce F apparaît vraiment de nulle part. Il est comme celui qui pend au gibet, un proche parent de la potence, suspendu aux naseaux du cavalier de Bâton. Il nous permet de donner un nouveau sens au mot. 26 multiplié par 3, trois lettres du code dans ce mot, donne 78. (La lettre F est à elle seule tout un programme si on la met en rapport avec DZETA, la 6e lettre de l’alphabet grec.) Notons sur le 26 que c’est le nombre de lettres qui composent l’alphabet moderne. Nous avons vu qu’à l’époque où sont élaborés ces codages, on n’utilisait que l’alphabet latin de 23 lettres. Cette utilisation secrète de l’alphabet de 26 lettres dès le XIIe siècle est une des découvertes majeures que nous révèle le Tarot. 26 était donc un nombre occulte, un nombre à clef… Lorsqu’il y a une clef, il faut chercher une porte. Le Tarot est une porte, ou une série de Portes, en soi.

TAROT: 20+1+18+15+20= 74. PORTE: 16+15+18+20+5= 74.

Nous pensons parfois que Suger nommait peut-être Portes les Arcanes majeurs. Voici un autre résultat intéressant: POTENCE: 16+15+20+5+14+3+5= 78. Le mot latin à l’origine de potence est potentia ou puissance. Voilà le bénéfice espéré! Voilà expliqué le lien avec l ‘Arcane XI, La force, qui suit. Potence est également le terme utilisé pour désigner un des nombreux types de pièces en fer forgé qui sortaient des ateliers de serrurerie du Moyen Âge où on ne coulait pas que des clefs. C’est également un des instruments de levage de charges des bâtisseurs de cathédrales. La clef et la serrure nous font également penser à un trésor. La lettre T est une convention alchimique pour le trésor. Nous notons maintenant la présence d’un coup de poinçon par le graveur en forme de T inversé élargi, au niveau du quatrième bouton en partant du haut sur l’habit du personnage. On y reconnaît une serrure. Ce précieux quatrième bouton fait référence à l’Arcane IV, L’empereur, qui entretient de multiples liens de parenté avec Le pendu.

Cet Arcane est riche d’enseignements. C’est lui qui semble détenir la clef du secret d’un trésor caché. Il ressemble en tous cas à une clef. Une clef est composée de trois parties, l’anneau, la branche et le panneton. Les bras de notre pendu sont bien en forme d’anneau. Son corps est parallèle à deux branches qui l’encadrent, signe qu’il en est une lui aussi. Ses pieds forment avec la jambe droite le panneton que l’on glisse dans la serrure. Et si l’on imprime un mouvement latéral au personnage son pied gauche va pouvoir s’insérer dans l’ouverture en forme de chausse (chavsse: 39 chavsse: 77) située à droite du nœud. Rares sont les éditions du Tarot qui font une place à cette ouverture, blanche et entourée de bleu, dans la branche transversale de la potence, cette branche qui a l’aspect du sol, signalons-le, même si sa couleur et sa situation dans le haut de l’Arcane en fait une représentation du ciel. C’est une belle image de retournement même si ce mouvement s’effectue dans un sens différent de celui auquel on se prête d’habitude avec cet Arcane. Le personnage garde la tête en bas mais on le voit maintenant de dos.

Poursuivons. Afin d’insérer son pied dans cette ouverture, nous nous doutons bien que le pendu va devoir raccourcir la portée de la corde. Il devra effectuer environ une demi-douzaine de rotations afin d’assurer sa nouvelle position. Prudence, car cette corde est lâche. La chute dans le puits menace. Le pied enfin sur la terre-ciel, il découvrira qu’il repose fermement sur le X du XII. Le X est aussi un symbole de la Croix. La corde le garde prisonnier, crucifié, avec autant de force que celle qu’exerce la loi de la gravité. Cette corde symbolise sa nouvelle situation. Les Templiers et les Cathares portaient ainsi sur eux des cordelettes.Signalons que le mot panneton se disait pennon au Moyen Âge. Le mot représentait également ce petit drapeau triangulaire à longue pointe que les chevaliers attachaient au bout de leur lance. En héraldique, le pennon est un écu dont les différents quartiers indiquent les alliances entre les familles ou les générations. Le mot penon, avec un seul n, représente quant à lui la girouette qui tourne sur elle-même, comme la clef dans la serrure ou comme notre pendu!

PENNON: 16+5+15= 36 ou 666. PENNON: 14+14+14= 42.

Ce 42 nous rappelle celui qui se trouve dans l’écu ou blason ou pennon de l’Arcane VII. Mais 42, c’est d’abord le nombre symbolique de mois confiés à la Bête (666) pour assurer sa domination sur le monde. Et 36 (666) et 42 donnent 78. Ainsi ce pennon de clef ou panneton demandait vraiment à être inséré dans la terre-ciel d’un monde virtuel qui a sa réalité bien à lui, le monde codé du Tarot. Ce nombre serait aussi celui de la clef des 42 livres d’Hermès Trimégiste. Bref, on ne pouvait manquer et passer sous silence la présence de cette clé en XII. Cette clé est un appel secret aux membres des Compagnons du Devoir. Au Moyen Âge, les membres des différents corps de métiers qui participaient à la construction des grands édifices religieux faisaient partie du ¨trousseau des clefs du Devoir¨ ![23] Le pendu est également une analogie du compas, celui du maître d’œuvre maçon, bien sûr. «Le compas tournant sur sa pointe, pour revenir au point de départ, a aussi symbolisé le cycle d’une existence.» [24]

COMPAS: 3+15+13+16+1= 48. 4+8= 12.

Où se trouve la pointe de ce compas? Sur le X, la croix. Que signifie tout ceci? Pour reprendre une formule gouliardesque en langage des oiseaux: «Secret qu’on pas, point oeuvre décèle»! Secret compas, pointe oeuvre décèle… La pointe est sur la croix. La croix est la cible, le centre, le pôle. Notre pendu touche au but! La corde qui l’y relie est un symbole ascensionnel qui indique ici une réactualisation toute en retournements. Le compas comme instrument du maçon peut également être mis en relation avec ses autres outils. Il y a bien sûr la potence, nous l’avons vu, qui sert à lever de lourdes charges. Elle est très certainement présente dans l’Arcane XII même si c’est l’instrument du châtiment qui est d’abord immédiatement apparent.

Les fourches qui composent cette potence sont également utilisées sur les chantiers de construction. Les compagnons bâtisseurs les utilisaient pour soutenir des branches plus longues, les perches utilisées dans le sciage mécanique des planches. Les deux fourches, anciennement forches, soutiennent ici une perche, anciennement pole. La pole est donc elle aussi un accessoire que l’on pouvait retrouver sur les chantiers des cathédrales. Nous examinerons dans un prochain volume le symbolisme de la fourche, que l’on retrouve sous la forme de l’As de Bâton.

 

 Fourche et pole

Fourche et perche – Carnet de Villard de Honnecourt

C’est la pole qui retient maintenant notre attention. Elle est utilisée ici pour représenter le pôle ! «Le pôle est par définition le point fixe autour duquel s’effectuent les révolutions du monde. C’est le symbole de la stabilité au milieu du mouvement. (…) Dans certaines loges maçonniques, un fil à plomb (axe cosmique) est suspendu à la Grande Ourse (ou à la lettre G qui la représente), pôle céleste, et aboutit au centre d’un svastika tracé sur le sol, pôle terrestre.» [25] Remarquons que le point central de cette perche, du pôle, est dominé par la le chiffre romain X, image de la croix. «(…) la croix demeure stable (comme un pôle) quand tout tourne autour d’elle.» [26]Il y a une rencontre au centre de cette pole avec le nœud et le XII.

POLE : 16+15+12+5= 48 ou 8 x 6. NŒVD : 15+5+22= 42 ou 7 x 6. XII= 2 x 6.

Ce point de jonction entre nos trois éléments, dont la somme donne 102 ou12, marque la rencontre de 17 multiples de 6. Ce 17 sur une pole représente l’étoile polaire. Les yeux du pendu sont tournés vers elle. Il y trouve son centre. Elle est le point de référence pour toute mesure. Tout tourne autour de ce point fixe, y compris le pendu ! En latin, ce point se nomme : AXIS MVNDI : 1+24+9+13+22+9 = 78. Dans la tradition judéo-chrétienne, le pôle, c’est Jérusalem. La ville sainte est le lieu de transit, le grand ascenseur spirituel qui conduit les âmes vers le repos éternel. Au dessous d’elle se trouve l’entrée des enfers. C’est bien ce que nous avons ici. Entre les deux, le pendu nous donne l’impression d’être au purgatoire.

PURGATOIRE : 16+18+1+20+15+9+18+5= 102 ou 12.

Nous le surprenons à une phase critique car quelqu’un a donné un coup de glaive dans le nœud. Va t’il s’élever ou chuter ? On retrouve ici les deux figures complémentaires de Jésus souffrant et Jésus triomphant. À la place du pendu, plus d’un retiendrait son souffle ! Et que dire de sa position stable et équilibrée dans l’adversité, son aplomb au bout de son fil ? Il fait ici figure du fil à plomb (78) que nous venons de rencontrer. Celui-ci s’inscrivait dans un châssis rectangulaire appelé niveau de maçon, à l’époque nivel (48 ou 12). Le personnage inscrit dans ce châssis a bien l’air d’un plomb au bout de son fil. Redressons-le et le plomb se transformera… en or.

Puis nous avons la corde… à douze coudées ou treize nœuds. Il n’y a qu’un seul nœud ici mais il s’ajoute au nombre XII ou aux douze entailles de l’arbre. Astucieux. Nos lecteurs sauront-ils trouver l’équerre, vraie ou fausse, qui s’ajoute à cette liste ? Que dire par exemple de cet angle formé par le genou du pendu ? La vraie équerre, fixe, est celle qui indique toujours l’angle droit, la fausse celle, à branche mobile, qui permet de rapporter un angle précis. La géométrie du genou du pendu est-elle à angle fixe ou variable ? Comme pour la faux de l’Arcane XIII, nous avons ici un jeu sur la vérité et le mensonge. Ce pendu n’en est pas vraiment un finalement. L’angle du genou n’est pas à 90 degrés. C’est un faux pendu. Les jeux de mots se continuent puisque sous cette fausse représentation d’un pendu se trouve… une fosse. Malheur à lui s’il ne rectifie pas la position.

C’est de droiture dont il s’agit ici, de droit et justice, mais aussi de ce qui est conforme à une règle, celle de saint Benoît et celle du Temple, bien sûr. La Règle originelle des Templiers comportait 72 articles. Après le genou, passons-au pied. Celui du pendu est pris dans un nœud. Ce pied pris dans une corde nous rappelle l’anecdote imaginée par Roland Bechmann [27], le spécialiste contemporain de ces questions, celle de la formule d’assentiment du dirigeant de fabrique au maître de chantier : Prend ton pied ! Le responsable des cordons de la bourse signifie ainsi à l’architecte qu’il peut utiliser ses propres mesures, son pied particulier dont il existe toute une nomenclature. Le proverbe «C’est au pied du mur que l’on juge le maçon» vient de là. On est encore loin du mètre, il faudra attendre jusqu’au XIXe siècle avant que ces mesures ne soient uniformisées donc, au XIIe siècle on en est encore à p(r)endre son pied ! Cette mesure particulière à chaque maître d’œuvre est représentée par la pige ou la virga, cette règle, ce bâton ou canne étalon graduée d’entailles régulières qui accompagnait le maître d’œuvre dans tous ses déplacements sur le sol du chantier.

Les maîtres  maçons avaient comme emblèmes de leurs compétences le fil à plomb et la règle graduée.  Nous croyons les reconnaître dans cet ensemble en bois composé de la perche striée et de la corde qui suspend le personnage. La règle suggère également celle à laquelle se soumettent les moines bénédictins. On n’en doutera plus lorsque qu’on saura qu’au temps de Suger, règle se disait ruile.

RVILE : 18+22+9+12+5= 66. 6+6= 12.

La règle est également le terme utilisé, au pluriel, pour décrire l’écoulement menstruel chez la femme. Il y a bien du sang dans cette lame. Le terme latin menstrua (57) se décode également 12… Comme c’est un dérivé de mensis, mois, on ne peut s’empêcher de faire un lien avec les 12 entailles qui correspondraient à autant de mois, une année bien sonnée en fait. Nous aurions donc ici l’illustration d’une année particulière ou peut-être, tout simplement, celle qui correspond à une révolution de la terre autour du soleil. L’association des deux idées est possible puisque notre pendu est stable et qu’il ne révolutionne plus. Il s’agirait donc, à nouveau, de l’illustration de la dernière année, celle de la fin du monde.La problématique eschatologique est omniprésente dans cette lame. C’est celle du livre de Jean, l’Apocalypse, qui traite de la résurrection et du jugement dernier.

• • •

Nous avons noté également que la position du pendu rappelle celle que l’on faisait adopter aux sorcières mises en examen. On les suspendait à une poutre du plafond de leur demeure, les jambes en croix, pendant… 48 heures, 4+8=12. Si pendant ce délai un insecte, un rat, un serpent ou un lézard pénétrait dans la pièce, on voyait là un signe que le démon tentait de venir réconforter sa créature. Que le seigneur du lieu s’empressait de brûler vive avant de faire saisir tous ses biens… Comme pour quelques autres Arcanes, une solution de rechange existe au niveau du décodage. Nous avons remarqué que le nœud au pied du personnage a l’aspect d’une flèche. Ce nœud est une promesse de libération. On va se retrouver dans le mouvement bientôt. La pointe de la flèche est dirigée vers le XII dans la bande supérieure. Ce XII est décentré par rapport à l’ensemble de l’Arcane et nettement décalé vers la droite même si le X de XII occupe la position centrale, nous l’avons déjà souligné. La pointe de la flèche tombe exactement à la base de ce X. Ce décalage est causé par le déplacement du II vers la droite. (Dans le Chosson, le nombre se présente comme IIX. Ce XII renversé était un message en soi, celui du retournement, une des bases du décryptage du Tarot. )Le X inamovible, visé par la flèche, ou 10 nous sera utile à nouveau.

LE PENDU: 12+5+16+5= 38. 38+10= 48. 4+8= 12.

Cette astuce arithmético graphique est un signe que notre Arcane immobile est lié, littéralement, au X, à la Roue de Fortune, à la vie et au mouvement donc. Il n’y a pas de situations absolument statiques. L’apparente immobilité extérieure recouvre une importante activité intérieure. Le 10 est également symbole de l’idée de détachement, de retour à l’unité, qui résume tout à fait le sens de cet Arcane. Voilà les plus belles leçons qu’avait à nous transmettre le Pendu. Elles sont parmi les plus difficiles à actualiser dans une vie. Bien des parcours psychologiques, alchimiques ou spirituels s’arrêtent à cet axe. Il faut laisser reposer l’œuvre sinon on risque de tomber dans l’abîme. On y retrouverait alors une place sur la Roue de Fortune. On aurait toutefois manqué la dernière étape, la sagesse représentée par l’axe suivant.


[1] Le dictionnaire des symboles, p. 509[2] Id., p. 688[3] Id., p. 686[4] Id., p. 689[5] Le dictionnaire des symboles, p. 364[6] Dictionnaire du Moyen Âge, p. 797[7] Id. [8] Claude Gauvrard, revue Historia, no 90, p. 10 [9] Dictionnaire du Moyen Âge, p. 798 [10] Grégoire Kolpaktchy, Le livre des morts des Anciens Égyptiens, p. 64 [11] Dt. 21 : 23 [12] Mircea Eliade, Histoire des croyances religieuses, Tome II, p. 372 [13] Mircea Eliade, Initiations, rites, sociétés secrètes, pp. 113-14 [14] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome II, p. 383 [15] Mircea Eliade, Initiations, rites, sociétés secrètes, p. 30 [16] Voir Mircea Eliade, Initiation, rites, société secrètes, p. 52 à 54 et notes [17] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome II, p. 372 [18] Id. [19] Dictionnaire du Moyen Âge, pp. 351-52 [20] Le dictionnaire des symboles, p. 60 [21] Joël Schmitd, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, p. 145 [22] C. A. Burland, Le savoir caché des alchimistes, p. 65 [23] Jean Diwo, Le printemps des cathédrales, p. 13 [24] Le dictionnaire des symboles, p. 274 [25] Id., p. 775 [26] Id., p. 776 [27] Roland Bechmann a publié Les Racines des cathédrales et La Forêt au Moyen Âge. Il a décrypté les dessins techniques et ésotériques du manuscrit de Villard de Honnecourt, sur lequel il a fait un livre et un cédérom (coll. Bibliothèque nationale de France, Montparnasse Multimédia, 2001).

© Marc O. Rainville, 2008. Tous droits réservés



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11 réponses à La justice – Le pendu Axe VIII-XII

  1. jérôme dit :

    ah mais la « première vue » n’est pas non plus un mythe ! En revanche, je ne sais pas si la Kundalini y participe (pas sûr). Le Tarot, par contre…

  2. quichote dit :

    Sauf que le troisième oeil n’est pas un mythe ni une histoire de jeu de rôle, mais bien une réalité accessible uniquement à celui qui arrive à modifier son degré de conscience d’être :la cosncience d’être est ce qui manque à beaucoup d’entre les humains et que seul le travail permet de réaliser d’où la difficulté précisément. Et le tarot, à mon sens, contribue pleinement à l’éveil de la conscience.

    Que l’on donne en maternel des cartes de tarots à colorier !!!! ahah

  3. Rom dit :

    I’m blessed :)

  4. jérôme dit :

    À propos d’oeil, de ‘Voir’ et de vision laser : Terry Pratchett parle d’une précieuse capacité des sorcières qu’il appelle « la première vue » (et non la « seconde vue »).
    Ça consiste à voir ce qui est vraiment là (et non ce que l’on imagine être là).
    M’a toujours semblé que Rom avait cette fameuse « première vue »…

  5. quichote dit :

    Tchalaï je ne connais que de nom, je ne l’ai jamais lu. Pour ce qui est de la modification, à toi de voir, le fait est que placé ainsi sur le 8, le rond semble plus correspondre au 7ème chakra, le coronal. En revanche, le troisième oeil (que certain amalgame avec le 6ème chakra et d’autre non, peu importe je dirais) se forme bien uniquement à la confluence de 3 lignes dorés qui se rejoignent en un point situé entre les deux yeux et forment un « oeil de lumière » que vient ensuite perçer la volonté du pratiquant. Pour l’histoire, l’éveil de cette énergie lové à la base de la colonne vertébrale dénominée kundalini (Inde), Ki (japon), etc. est représentée par un serpent, un peu comme celui qui file sur les épaules de la Reyne de Baton bicentenaire camoin.

  6. Rom dit :

    Vivi… Je parle assez souvent de l’Antéchrist simplement parce que le nombre 666 apparaît régulièrement dans le décodage des Arcanes. Je pourrais aussi bien dire la Bête ou un nombre d’homme comme le fait le livre de l’Apocalypse.

  7. Rom dit :

    Tchalaï faisait sensiblement la même réflexion sur Voir et le Tarot. Elle a appelé ça la vision laser. J’ai lu son petit livre blanc dans les années ’70 ou début 80. En 1985, j’ai une une épiphanie tarologique lorsque j’ai découvert que le Bateleur était un exhibitioniste. Tout a déboulé par la suite ! Le code, la grande roue, les subtilités graphiques, etc Question : Suis-je le premier ou même le seu lmyope à développer sa vision laser ?! Et merci pour la précision sur le troisième oeuil que tu situe entre les deux yeux et non sur le front. Je l’ignorais. Devrais-je apporter une modification à mon texte ?

  8. vivi dit :

    Hors sujet, mais ça fait plusieurs jours que je vois le mot antéchrist qui se répète dans mes lectures aléatoires…

  9. quichote dit :

    Il y a un lien interessant entre l’as d’épée, la justice, le pendu et le diable, la notion de VOIR.
    Voir (=64 ->10) c’est ce que tout un chacun fait notamment pour juger d’une chose, ça se fait toujours en fonction de ce qu’on voit. Or pour voir il faut de la lumière aussi bien physique pour bien voir un objet que la connaissance permettant de comprendre l’objet. L’étude du tarot s’effectue surtout grâce à sa vue.

    Pour la justice, j’aimerais d’abord retirer une idée fausse celle du troisième oeil situé sur son front, regarder bien l’image : si son front se situe à cet endroit c’est que son crâne est déformée! Le troisième oeil se situe ENTRE les deux yeux, nul part ailleurs!

    Il manque un oeil au 8 et au 12 (alors peut-être que c’est une erreur de graphisme mais supponsons que cela ne soit pas une erreur) et si on regarde autrement la couronne de l’as d’épée, cette dernière ressemble davantage à un oeil. Or pour trancher, décider, juger ne faut-il pas avoir une bonne vue? Sinon celui qui tiendrait l’épée ferait des moulinets dans le vide, car aveugle il frapperait tout et n’importe quoi.
    Le 12 peut renvoyer à Odin, dieu nordique qui a sacrifié un oeil (je ne sais pas lequel tant les représentations montrent tantôt l’oeil droit,tantôt l’oeil gauche) en tout cas cet oeil sacrifié est celui de la mauvaise vue qui induit soi-même et autrui dans une perception erronée avec tout ce que ça implique. D’un autre côté, le dajjal (anthéchrist) chez les musulmans est décrit comme étant borgne de l’oeil droit.

    Le troisième oeil est l’oeil qui se forme par la conjonction de 3 courants (ida, sushumna, pingala) ce qui rejoint mon idée de l’as des as (denier) prédominant sur les 3 autres. Le diable fait loucher, c’est son boulot de gardien de la maison de dieu.

    Bref, l’épée de justice ne peut être manié que par celui qui voit clair, même s’il faut envisager de s’enfoncer un bâton dans l’oeil faux…que dis-je une poutre. AHAH sacré Diablotin!

  10. vivi dit :

    Rebonjour,

    comment faire pour te contacter par email?

    merci

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