Lamoureux – Tempérance Axe VI-XIV

Lamoureux06

LAMOVREVX

VI

Innocent personnage, Lamoureux, et si populaire au Moyen-Âge… Inversons d’abord toute la scène. N’oublions pas que nous sommes au temps de l’amour courtois. La carte est une parodie autour de ce thème qui met d’habitude en scène une dame, un mari et un soupirant. Alors, pour bien faire, il aurait fallu mettre la dame au centre et lui adjoindre deux compagnons, un jeune et un plus âgé, bien sûr. On aurait appelé cette lame, L’amoureuse.

L’AMOUREUSE : 12+1+13+15+18+5= 69. 6+9= 15. 1+5= 6.

Voilà donc établie la double nature du personnage central, une allégorie pour désigner l’hermaphrodite alchimique. La lame VII qui suit nous le présentera couronné pour signifier la complétion de l’œuvre. Notons que l’illustration d’origine, celle qui nous est présentée, offre aussi le choix qui se posait au bateleur, à tout apprenti, celui de la voie sèche à sa droite et la voie humide à sa gauche ! Nous voici donc maintenant chez l’Amoureux qui a cette particularité de porter le numéro 6 ; c’est celui du sixième commandement de Dieu qui traite des questions que nous abordons dans ce chapitre. Le chiffre 6 est une réduction du diabolique nombre 15. Ces deux-là entretiendraient une parenté spirituelle qu’il ne faudrait pas s’en surprendre. Spirituelle? Le mot est mal choisi. L’Amoureux semble plus prêt à adhérer à l’appel des sens qu’à celui de l’Essence. Il est à l’âge du défi. Son attitude l’exprime, bien que l’ambivalence qu’il ressent intérieurement nous soit tout aussi perceptible. L’Arcane VI met en scène ici aussi le thème du triangle amoureux.

LAMOVREVX: 12+1+13+15+22+18+5+22+24= 132. 1+3+2= 6.

Foncièrement, le personnage est <<non chaste>>, une condition rendue par le terme latin incestus, inceste. L’inceste est la relation entre deux personnes dont la relation de parenté exclut le mariage. C’est aussi ce que nous avons illustré ici. L’empêchement du mariage, de la réunion, illustre peut-être une étape du processus alchimique. Cette condition de non-chasteté et de chute dans la matière est l’essence même de la création du monde selon les conceptions élaborées par les manichéens.

INCESTE : 9+3+5+20+5= 42 ou 6.

En mode mineur, le résultat est le même.Le nombre 6 était sans équivoque pour les moines qui ont créé le Tarot. Il correspondait aux six degrés de la chasteté tels qu’ils avaient été définis par le moine Jean Cassien (cir. 360-435).[1] La continence se décline d’ailleurs comme un 6, avec les deux chiffres du code.L’Amoureux est le premier de quatre Arcanes qui correspondent au monde des Épées. La flèche du petit Cupidon est une lame. On notera que le visage de la femme âgée à sa droite est celui qui apparaît dans la lune de l’Arcane XVIII. C’est aussi celui de la Reine de Denier. Soulignons en ce qui concerne celui de la jeune fille, que Nicolas Conver le représente couvert du masque de la tristesse.

Cette jeune fille, c’est aussi l’image de l’âme, l’anima.Une roue-soleil à 24 rayons préside à la scène même si l’un d’entre eux est dissimulé sous l’aile de l’angelot. Nous avons 12 rayons rouges et 12 rayons dorés. Le Tarot nous donnerait ainsi sa définition de l’amour, un harmonieux mélange de passion et de spiritualité. Ce 24 représente les roues symboliques à quatre, six et huit rayons les plus couramment évoquées par la symbolique médiévale, ces trois chiffres étant tous des multiples de ce nombre. La jeune fille porte une guirlande de roses sauvages, ou églantines, à cinq pétales. Cinq est le nombre du cœur. Cette guirlande était un symbole de régénération. Mais attention, cette douce jeune fille a un côté auquel on ne s’attendrait pas de prime abord. «Hécate, déesse des Enfers, était parfois représentée la tête ceinte d’une guirlande de roses à cinq feuilles.»[2]

C’est bien ce que nous avons ici. Hécate était la messagère des démons et des fantômes. On dit de la déesse qu’elle se plaçait à la jonction des routes pour offrir ses oracles. On lui éleva par la suite des statues aux carrefours, sans doute afin de permettre aux voyageurs égarés de faire les bons choix. Il faut aussi savoir que la déesse ne se déplaçait qu’en compagnie d’une meute de loups ! Hécate, la sagesse et la malignité… C’est une autre belle image néoplatonicienne de totalité. Elle nous confirme en tous cas que le jeune homme est à un carrefour.

HÉCATE : 8+5+3+1+20+5= 42. 4+2= 6.

La rose sauvage à cinq feuilles donne aussi naissance à un motif architectural courant, le cinquefoils. Il s’agit de bas-reliefs de roses gravés dans la pierre des cathédrales, le plus souvent au-dessus des arches d’entrée et des clefs de voûte, ces fameuses pierres centrales uniques placées par les maçons au cœur de leurs brillantes constructions. Ce motif symbolise la quinte essence. «L’harmonie pentagonale des Pythagoriciens laisse sa marque dans l’architecture des cathédrales gothiques. L’étoile à cinq branches, la fleur à cinq pétales est placée, dans le symbolisme hermétique, au centre de la croix des quatre éléments : c’est la quint-essence, ou l’éther.

Le 5 par rapport au 6 est le microcosme par rapport au macrocosme, l’homme individuel par rapport à l’homme universel.» [3] Le 5 par rapport au 6 transparaît dans le mot éther qui donne 56 et dans le symbolisme de la rose à 5 pétales auxquels on peut ajouter un 6e élément, le bouton central de la fleur. Nous comptons 24 pétales sur la guirlande de roses de la jeune fille. On peut voir que le personnage du Valet de Coupe arbore une coiffure similaire. La guirlande de fleurs est portée tant par les Français que par les Françaises au XIIe siècle, une tradition héritée de l’époque des Gaulois. On abandonne par la suite le port de la guirlande mais l’usage se transforme en celui de la couronne de fleurs ouvragée, plus mince. Ces accessoires servaient à retenir les cheveux que l’on portait longs à cette époque afin de dégager le front. On verra apparaitre ensuite les chapels de perles ou de pierres.

On abandonne définitivement les fleurs à la Renaissance pour ne conserver que les perles et les pierres.[4] Le symbolisme de la rose, enfin, rejoint celui des complexes de la rose des vents et du calice du Graal.Le nombre 24 associé à une couronne – une allusion aux 24 vieillards de l’Apocalypse qui assistent Dieu dans le gouvernement du monde – indique surtout que la jeune fille exerce un pouvoir royal.[5] Peut-être avons-nous illustré ici le dilemme de Louis VII partagé entre son épouse Aliénor d’Aquitaine et une maitresse dont l’histoire n’aurait pas conservé la trace. En 1146, Suger met la dernière main à son Tarot, un an avant le début de la seconde Croisade et la fin de sa période d’éclipse politique.

Aliénor a 24 ans et le roi 27. La flèche de l’ange semble vouloir les séparer plutôt que les réunir. Suger tente de sauver ce mariage. Aliénor partie, l’Aquitaine s’envolerait. Le roi regarde ailleurs… Après la mort de Suger en 1151, Louis Le jeune répudie son épouse et se marie deux ans plus tard à Constance de Castille (+1160). Et la France perdit L’Aquitaine. Une autre hypothèse réunirait dans cette lame le trio composé par Philippe Ier (1052-1108), sa femme Berthe et sa maitresse Bertrade. On sait qu’il finit par répudier la première pour épouser la seconde sans attendre de divorce ce qui lui valut d’être excommunié. L’affaire connut un retentissement considérable et mit tout le clergé de France aux abois, comme nous le verrons au chapitre sur Tempérance qui complète cet axe. On dit de ce roi, le père de Louis VI, qu’il mena une vie ininterrompue de plaisirs.

• • •

L’Amovrevx est un des cinq Arcanes dont le nom est encadré de barres verticales. Cinq d’entre elles se trouvent sur la gauche et six sur la droite. Parmi ces six, les quatre dernières sont précédées d’un point minuscule mais bien présent. Nous avons donc quatre blocs que nous additionnerons, le premier bloc de cinq, celui de Lamovrevx qui nous est présenté tout d’un bloc et que nous compterons donc pour un, le deux doublé soustrait du quatre qui suit: 5+1+ [(2x 2)-4]= 6. C.Q.F.D.

Notons que le premier bloc de cinq lignes est suivi d’un trait vertical minuscule. Ce détail n’apparaît que sur le Tarot anniversaire du bicentenaire de la Maison Camoin. On ne le distingue pas sur le Héron. Nous avons donc en fait un bloc de 6 suivi du bloc du nom de l’Arcane dont le total donne 6 et enfin, un dernier bloc de 6 traits. Ce qui nous donne: 666. Le chiffre 6, ou sénaire, fait l’objet, comme tous les autres d’une explication détaillée dans Le dictionnaire des symboles. Nous y renvoyons nos lecteurs.

Revenons à la flèche de l’angelot. Elle se confond ici avec les rayons de l’astre solaire. En symbolique hermétique la flèche est justement considérée comme un rayon solaire. Elle est, comme l’échelle, un intermédiaire entre le ciel et la terre. Elle est, dans son mouvement vertical descendant, un apport de conscience, une fertilisation, une manifestation de la puissance divine qui tend à favoriser l’implication de l’individu dans sa vie. Elle est un symbole du destin. Inversé, le mouvement de la flèche indique le désir d’un affranchissement de la condition humaine. Les flèches des cathédrales s’élançant vers le ciel sont une illustration de cette aspiration. Le symbolisme de la flèche illustre donc une ambiguïté fondamentale, celle-là même qui est au cœur de la nature humaine.

Le chiffre six témoigne lui-aussi de cette double allégeance. Le double ternaire est représenté par deux triangles dont les pointes sont orientées l’une vers le haut et l’autre vers le bas. Le six fait l’objet d’une attention particulière dans le Tarot. C’est le nombre réduit de 78. Triplé, il représente le symbole du faux prophète, de l’Antéchrist, le nombre de la Bête, 666, qui est présent ici et dans quelques autres Arcanes. La flèche et le six sont donc liés. On n’en doutera plus après la démonstration suivante:

FLÈCHE: 12+5+3+8+5= 33. 3+3= 6.

Le F exclu du code donne également 6. Il y a 6 lettres dans ce mot, 666.

En latin maintenant: SAGITTA: 1+9+20+20+1= 51. 5+1= 6.

De même racine le verbe sagire, qui signifie percevoir rapidement:

SAGIRE: 1+9+18+5= 33. 3+3= 6.

En bref, l’ambivalence qui caractérise l’étape de L’Amoureux prend fin soudainement grâce à une intuition ou un événement soudain. Mais cet événement ou cette intuition est préparée par l’arc que tient notre chérubin. Notons en passant que l’arc et la flèche sont les compagnons inséparables des maîtres de chantier des cathédrales. On attache à la flèche une cordelette reliée à un stylet afin de prendre des mesures correspondant la courbe de la trajectoire du projectile.

Ne nous demandez pas comment ça fonctionne exactement, nous serions bien en peine de vous répondre ! Il faut se référer aux carnets de Villard de Honnecourt pour tenter d’y comprendre quelque chose. L’arc de l’Arcane VI a ceci de particulier que sa base semble s’articuler à partir du sexe amputé de l’angelot. Le gland se trouve lui à la place de sa main gauche. Il faut comprendre que la tension de la corde de cet arc dépend de la maîtrise de la libido. Ici, la corde est lâche, complètement détendue. Et la flèche pointe dans la même direction que la main gauche du jeune homme.

Quand le jeune homme aura ajusté son tir dans une direction plus spirituelle, c’est son arc et non son vit qui sera bandé adéquatement. (VIT: 22+9+20= 51. 5+1= 6) Il ne faudrait pas penser pourtant que l’activité de L’amoureux est futile. Au contraire. Celle-ci s’inscrit simplement à la base du parcours, elle en est l’étape primordiale obligée. L’angle que trace la flèche avec une verticale imaginaire qui traverserait l’Arcane de haut en bas est d’environ 10 degrés. Il représente la lune en phase ascendante, initiale, une journée après la nouvelle lune. Et le cercle solaire dans lequel s’inscrit cette mathématique céleste est le symbole de l’amour. Qui dès lors oserait prétendre que notre petit bonhomme fait preuve de légèreté? Il en est en fait au stade initial, au stade de l’initiation. Le thème commun à toutes les cérémonies initiatiques est celui de la séparation.

C’est bien ce qui est illustré ici par la flèche qui vient du ciel. L’état d’enfance est représenté par la jeune fille, l’âge adulte par la dame plus âgée. Mircea Eliade nous résume le tout : «Les rapports entre la maturité sexuelle et l’initiation sont évidents. Les non-initiés sont assimilés aux enfants et aux jeunes filles (…). Comme toutes les autres fonctions vitales, la sexualité est, dans les sociétés pré-modernes, chargées de sacralité. C’est un moyen de participer au mystère fondamental de la vie et de la fécondité. Grâce à l’initiation, le novice a accédé au sacré. (…) Par conséquent, être introduit à la vie sexuelle équivaut, pour le novice, à participer à la sacralité du monde et de l’existence humaine.» [6]

14

TEMPÉRANCE

XIV

Et nous voici en présence de l’ange qui fait face à L’Amovrevx. Il s’agit de l’Ange du grand conseil, le Christ. Il porte au front une fleur, un mot qui se dit Nazareth en Hébreu. XIV est donc un autre Arcane christophore. L’association fleur et ange, qui se retrouve dans plusieurs vitraux du Moyen Âge, illustre les scènes consacrées à l’Annonciation entre l’Ange et la Vierge. [7]

Au Moyen Âge, la tempérance – qui est représentée par une dame tenant une jarre et une coupe – est associée à la chasteté qui elle-même est représentée par la figure de l’ange. «Thème parmi les plus fréquents de la littérature spirituelle et morale durant la période patristique et le Moyen Âge, la chasteté est souvent associée, voire identifiée aux notions de virginité et de continence ou tempérance, bien qu’elle en diffère. (…) la chasteté est la vertu première, qui fait retrouver l’état adamique, voire angélique.» [8]

Cette figure idéalisée représente parfois l’Épouse sans tache du Christ, l’Église, qui suit l’Agneau partout où il va. (Ap. 14 : 4). Cette référence au chapitre XIV de L’Apocalypse explique sans doute la position de notre ange au sein du Tarot. La notion de continence qui lui est associée, et que nous avons rencontrée au chapitre précédent en VI, mérite ici un examen plus approfondi. Ce mot provient du latin continere qui signifie contenir. C’est bien l’exercice auquel nous semble s’occuper, un contenant à chaque main, le locataire de cette lame.

De plus, comme nous le verrons plus bas, la représentation graphique des manches de ces contenants, une coupe et une jarre nous renvoie directement à la problématique de la complémentarité sexualité-spiritualité. Ce personnage angélique est beaucoup plus sympathique de prime abord que son collègue rencontré à l’Arcane XV. D’après la Hiérarchie Céleste de Denis L’Aréopagite, une des opérations angéliques principale est la communication des messages divins. «(…) le langage des anges résulte d’un pur acte de volonté orienté vers un destinataire afin de lui transmettre un message. (…) cette communication purement intellectuelle se réalise par voie de dévoilement de la part du locuteur et sous forme de vision de la part du destinataire.» [9]

L’ange est pieds nus. [10]Il porte une fleur au front. La fleur représente l’âme, c’est un centre spirituel. Elle est le réceptacle de l’activité céleste. Elle procède du même symbolisme que la coupe et annonce ici l’activité de celles qui sont dans les mains de l’ange. Si on trace des droites pour relier les trois coupes, on obtient un triangle isocèle. Son sommet est le manche de la coupe, de l’aiguière en fait, à la main gauche de l’ange. Ce manche est en forme de phallus. Est-ce un rappel du triangle amoureux évoqué dans le même axe, en VI ? Voilà qui complète en tous cas le symbolisme de la fleur que l’on associera ici à la vertu, une de ses nombreuses attributions allégoriques, au même titre que le printemps, l’aurore, la jeunesse et même la rhétorique.

Pourquoi la vertu ? Vertus est une des neuf catégories angéliques définies dans les Hiérarchies célestes.Cette fleur ressemble beaucoup aux roses présentes chez L’amovrevx. On peut penser que c’est aussi un coquelicot. On disait coquelicoq. Le coq est l’oiseau qui chante à l’avrore (79). L’aurore boréale est la manifestation de l’au-delà, ce que signifie aussi le nombre 79 dans le langage numérique du Tarot. Cette période du début de la journée marque la transition entre les mondes de la nuit et du jour. Dans la tradition judéo-chrétienne, l’aurore symbolise la puissance divine.[11]

COQVELICOT : 3+15+22+5+12+9+3+15+20= 104, ou 14, XIV.

Cette fleur est rouge. Mais par la magie de notre code, il nous faut exclure un intrus, la lettre g, qui n’appartient ni au code majeur ni au code mineur. L’ange a donc maintenant au front une roue. «La roue est, écrit Mgr Decouvoux, l’image de la science chrétienne unie à la sainteté. Elle est l’emblème de l’Égyptienne savante, sainte Catherine (+ cir. 307), la patronne légendaire des philosophes chrétiens.» [12]

SAINTE CATHERINE: 1+9+20+5+3+1+20+8+5+18+9+5= 104, XIV.

Cette roue de l’ange ou roue ailée est aussi et surtout un lien direct vers le corpus angélique néoplatonicien tel qu’il est défini par le Pseudo Denis dans ses Hiérarchies célestes. Le théologien mentionne l’association biblique dans le récit d’Ézéchiel entre les roues et les (anges) chérubins. La révolution des roues ailées symbolise l’intelligence. Comme ces roues sont rouges, elles représentent aussi les roues enflammées mentionnées dans le même ouvrage. La révolution de ces roues signifie la révélation divine. La position de cette roue cachée sur le front rappelle celle du troisième œil mystique. Le symbolisme de la roue est parfois associé à l’œil en tant qu’allégorie médiévale afin d’exprimer «l’omniscience et l’omniprésence de la divinité céleste». [13]

Nous avons donc ici l’illustration d’un amalgame allégorique associant intelligence et révélation. L’une n’exclut pas l’autre, au contraire, nous signale l’ange Tempérance du Tarot. Notons quelques idées complémentaires, en rafale. L’action des anges s’exerce en direction de notre monde, le monde sublunaire. La fleur au front de l’ange a cinq pétales ; cinq est un chiffre lunaire. La somme de 14, XIV, donne 5. Ce chiffre symbolise l’union pour les Pythagoriciens. L’union est justement une des missions angéliques.

En symbolisme hermétique, la fleur à cinq pétales est placée au centre de la croix. Elle est une image de la quintessence. Le pentagone est présent dans l’architecture des cathédrales gothiques. La fleur a cinq pétales aussi. Le centre de l’homme incarné dans un pentagramme est son sexe. Mais les membres de la cinquième catégorie d’anges dans les Hiérarchies célestes néoplatoniciennes sont les Vertus. Vérifions maintenant la place de l’ange dans notre hiérarchie.

TEMPÉRANCE: 20+5+13+16+5+18+1+3+5= 86. 8+6= 14.

Et avec le code mineur, N, 14.

Comme c’est beau la simplicité. Nous avons vu au chapitre sur Le diable que cet Arcane représentait la première triade angélique des Hiérarchies célestes de Denis L’Aréopagite. Notons-la à nouveau pour mémoire.

Première triade angélique : SÉRAPHINS: 5+18+1+16+8+9= 57.

CHÉRVBINS: 3+8+5+18+22+9= 65.

TRÔNES: 20+18+15+5= 58. Le total donnait 180. Tempérance pourrait bien représenter les deux autres. Nous allons nommer les six membres de ces deux triades et les passer à l’épreuve du code.

Seconde triade angélique : DOMINATIONS: 15+13+9+1+20+9+15= 82.

VERTVS: 22+5+18+20+22= 87.

PVISSANCES: 16+22+9+1+3+5= 56.

Troisième triade angélique : PRINCIPAVTÉS: 16+18+9+3+9+16+1+22+20+5= 119.

ARCHANGES: 1+18+3+8+1+5= 36. ANGES: 1+5= 6. Total : 386 ou 300 et 86.

Le reste de 300 représente le concept de triade, nous le mettons en banque, et 86 (ou 14) est la même équation codée dans le nom de Tempérance. 36 lettres du code majeur ont participé à ce codage, 666. De plus, la somme des 23 lettres du code mineur pour les trois triades donne 360 ou 666. Pour les trois triades, la somme en 52 lettres du code majeur donne, 180 + 386, 566, il nous manque un 100 pour obtenir à nouveau 666. Nous y revenons tout de suite. Notons d’abord que l’addition de 52 et 23 donne 75. 75 lettres des codes majeurs et mineurs participent donc à ce codage ; ajoutons leur les deux lettres hors-code qui sont également présentes et nous arrivons à 77 lettres. Il nous manque 1 pour arriver à 78. Ces deux lettres hors-code sont G et G, 77 à nouveau et il nous manque encore 1 pour arriver à 78.

Notons avant de procéder que le nombre 77 correspond au codage numérique du concept néoplatonicien de théarchie divine de qui relèvent les triades angéliques. En déficit donc : 566, 77, 77. Nous avons en banque un reste de 300. Divisons-le pour nos besoins, une centaine ici, deux unités là, 100, 1 et 1… 666, 78 , 78. Additionnons maintenant les premières lettres de chaque nom des anges de nos trois triades. Nous arrivons à un total de 102. 2 de ces lettres, SD, appartiennent au code mineur pour un total de 23 et 7 lettres pour le code majeur, CTVPPAA pour un total de 79.

SD est la signature traditionnelle des moines de Saint-Denis que l’on retrouve également sur la plaque de marbre du maître-autel de la basilique. 79 apparaît souvent pour représenter, 78+1, l’au-delà. (Les 79 lettres des constellations du zodiaque, le 79 de La mort et surtout le fait que le Tarot illustre un ange sur six des Arcanes majeurs, III, VI, XIV, XV, XX et XXI pour un total de 79 ou 7+9, XVI, l’Arcane de l’Échelle de Jacob sur laquelle circulent… les anges) Nous ne pouvons que conclure que le code du Tarot de Marseille a été utilisé pour traduire en français les noms latins des trois triades angéliques de Denis L’Aréopagite et que cette opération porte une signature bénédictine. Signalons pour conclure sur ce sujet que l’ange de l’Arcane Le monde est assis sur un neuf, un rappel de ces trois triades néoplatoniciennes.

• • •

Le mot Tempérance est également codé d’une autre façon. Le T de Tempérance est séparé du reste du mot par un point presque invisible. De plus, ce T n’occupe que la moitié de l’espace attribué à chacun des autres caractères. Enfin, ce T est en fait un L inversé! Un L qui n’occupe que la moitié de son espace règlementaire, c’est un demi-L ou 12/2= 6. La somme des autres lettres donne:

EMPERANCE: 5+13+16+5+18+1+3+5= 66. Ajoutons le 6 du demi-L et nous avons 666. Et 66 + L donne 78.

Notons que l’apparition de ce mot est signalée pour la première fois dans notre langue au XIIIe siècle. Sa présence dans notre système semble indiquer qu’il y était déjà au XIIe, le siècle de conception du Tarot. Ce mot ne fait cependant son entrée officielle dans les dictionnaires qu’en 1549. Au delà du message de modération suggéré par le nom de cette lame, nous constatons que l’ange se livre à une activité. Et c’est justement le propre de la condition angélique, telle qu’elle est décrite dans les traités médiévaux, que de se livrer à une activité qui les rend indispensables «à la marche de l’univers et à l’explication de sa structure et sa fonction dynamique.»[14]

L’ange semble présider ici à un rituel qui fait intervenir les fluides et illustre la théorie des vases communicants. Un jet bleu de nature spirituelle – il semble provenir de l’aile gauche de l’ange – circule entre deux aiguières. La situation est transitoire, répétitive. On rejoint ici le sens de l’Amoureux. On approfondira cette notion en suggérant que les fluides qui sont en jeu ont un rapport avec ceux qui circulent entre les particules, les corps et les cœurs. Signalons que le Deux de Coupe qui correspond à Tempérance illustre également cette théorie des vases communicants ; de plus, cette lame est structurée comme une trinité.

Bien sûr, la science de l’époque n’avait pas encore identifié cette force naturelle mais les alchimistes avaient déjà une idée générale assez précise de la composition de certaines des puissances de la nature. Le Diable en est la nature, la source, et Tempérance le manipulateur éclairé.Une indication supplémentaire sur la nature de ces fluides nous est donnée par un élément graphique intéressant. Dans le jeu de Héron, la main gauche de l’ange tient le manche d’une des aiguières. Comme nous l’avons vu plus haut, ce manche nous est présenté sous la forme d’un petit phallus dont les testicules (covilles : 78. Du mot latin colea, 36 ou 666.) sont prolongés par une verge qui est tenue bien en main.

Ce désir que nous suivons à la trace depuis le début doit bien se sentir manipulé! Le fluide que nous avons d’abord décrit comme étant de nature spirituelle nous est maintenant présenté sous un aspect sexuel. L’une n’exclut pas l’autre, vient de nous murmurer le cher ange. Le petit phallus mentionné plus haut apparaît exactement à la jonction où l’aile de l’ange se transforme en fluide. L’aiguière supérieure, ou le contenant qui rappelle la continence, entretient un rapport avec sa contrepartie inférieure qui se trouve dans la main droite de l’ange. Cette seconde aiguière possède un manche qui a la forme d’une aile. Cette aiguière est une source ailée. «On retrouve unis dans cette interprétation les deux sens de la source et des ailes : la créativité spirituelle.»[15]

Le Tarot nous met les points sur les i ! L’aile ou la verge, spiritualité ou matérialité ? Pourquoi choisir ? Comme nous le disions en introduction de ce chapitre, ces notions sont complémentaires. L’une ne va pas sans l’autre. Dans l’opération alchimique, Tempérance devait symboliser une période de transition marquée par la répétition, une étape intermédiaire entre des manipulations critiques. La fameuse règle de saint Benoît insiste sur le concept de moderatio. L’abbé bénédictin applique la règle qui gouverne son abbaye avec discernement. La roue cachée au niveau du front «est l’hiéroglyphe alchimique du temps nécessaire à la coction de la matière philosophale (…).» [16]

Une maîtrise est obtenue. Celle-ci ne s’acquiert justement qu’avec la répétition. L’expression un clavier bien tempéré vient à l’esprit. Le concept de temps nous est finalement apparu comme étant l’élément central qui doit présider à l’interprétation de cet Arcane. Nous avons bien ici Temps et aussi, Errance. Le mouvement et le temps sont justement deux des thèmes néoplatoniciens qui définissent le mieux la problématique angélique. «(…) les cieux sont mus par des substances intellectuelles, à savoir les anges, qui agissent en tant que moteurs extrinsèques et impriment le mouvement par le contact de leur force motrice (qui) rend l’ange indispensable à la marche de l’univers (…) aux anges revient un temps propre : c’est le temps (tempus discretum) qui mesure la succession de leurs opérations. Chaque ange possède ainsi son propre temps(…)» [17]

Notre ange à nous l’illustre bien.


[1]

Dictionnaire du Moyen Âge, p. 274

[2]

Le dictionnaire des symboles, p. 823

[3]

Id., p. 254

[4]

Encyclopédie médiévale d’après Viollet-Leduc, p. 479

[5]

Le dictionnaire des symboles, p. 1019

[6]

Mircea Eliade, Initiations, rites, sociétés secrètes, p. 66-67

[7]

Voir Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, pp. 447-50

[8]

Dictionnaire du Moyen Âge, p. 274

[9]

Id., p. 58

[10]

On ne les voit point mais c’est ainsi que les anges sont représentés au Moyen Âge, comme Dieu, Son fils et les apôtres. La Vierge et les saints portent de souliers !

[11]

Voir Le dictionnaire des symboles à Fleur et Aurore

[12]

Id. à l’entrée Roue

[13]

Id.

[14]

Dictionnaire du Moyen Âge, p. 58

[15]

Le dictionnaire des symboles, p. 737

[16]

Voir Le dictionnaire des symboles à l’entrée Roue

[17]

Dictionnaire du Moyen Âge, p. 58

© Marc O. Rainville, 2008. Tous droits réservés



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Une réponse à Lamoureux – Tempérance Axe VI-XIV

  1. pipi dit :

    est ce que cette jeune fille ne serait pas le diable, 1+5 = 6 ?

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