L’axe III-XVII L’impératrice – L’étoile
L’IMPERATRICE
III
L’IMPERATRICE: 12+9+13+16+5+18+1+20+18+9+3+5= 129. 1+2+9=12. 1+2= 3.
Cette addition nous confirme que L’impératrice n’est pas une usurpatrice du trône qu’elle occupe. C’est elle qui, bien inspirée, permet aux idées et aux biens de circuler. Elle favorise donc autant l’empire des idées et des lettres que celui du commerce. Mais on parle encore ici de mouvement et de circulation. Chez L’empereur, on thésaurise. Elle est extravertie, contrairement à La papesse. Son royaume est en partie de ce monde. C’est une visionnaire pratique. Ses visions, elle peut les inscrire, les écrire, dans la réalité.
Nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître ici la main éclairée de la mystique Hildegarde de Bingen, cette abbesse bénédictine née en Rhénanie que nous tenons pour une des initiatrices du Tarot, avec Suger dont elle aurait continué l’œuvre. Le surnom d’Hildegarde était également La prophétesse. Nous croyons que cette lame lui est dédiée.
Le sceptre que L’Impératrice tient à la main gauche est couronné dans sa partie supérieure par le globe du monde, tout comme celui de l’Empereur. L’activité de ces deux personnages est liée à un pouvoir temporel bien de ce monde. Cet Arcane avertit le consultant que son activité devrait s’orienter vers une production économique ou culturelle quelconque. L’Impératrice est la patronne des lettrés en tout genre. Elle décrit les circonstances où une activité résolue est nécessaire afin de profiter au maximum d’un climat d’inspiration propice.
Ceci étant dit, il y a un contenu spirituel dans cette lame.
L’aigle est le symbole du Saint-Empire germanique. Notre impératrice est une allemande. Ici, l’aigle sur son blason représente l’activité de l’âme et de l’esprit qui en est le véhicule. Comme nous le verrons plus loin, le mot blason signifie d’ailleurs signe ou langage secret. Le message ici serait Lire le signe de l’aigle.
Le même message apparaît sur l’Arcane IV qui suit et sur le Deux de Coupe. Hildegarde de Bingen était tellement attachée à l’image de l’Aigle qu’elle en avait fait son animal blason. Nous allons citer une phrase d’Hildegarde transmise jusqu’à nous par l’entremise d’un texte intitulé Patrologica latina. Elle écrit que dans une vision de guérison, les anges eux-même la nomment aigle :¨Aigle ! Aigle ! Pourquoi dors-tu ? Lève-toi ! C’est le lever du soleil, mange et bois…¨ [1]
Pour les mystiques du Moyen-Âge, l’aigle représente la vision de Dieu, ses ailes la prière. Ici, la main droite repose sur l’aigle, qui est aussi une image du Christ. L’activité intellectuelle en relation avec Dieu est ce qui caractérise notre Impératrice. Nous reconnaissons Ennoia, la Pensée, la compagne du Père selon Valentin, le maître gnostique du IIe siècle.[2]
Chez les moines, la vie de l’esprit est une des caractéristiques de la démarche ascétique. On la nomme exercitium ; c’est la démarche complémentaire de militia que nous rencontrerons au chapitre sur L’empereur. Cet exercice de l’esprit en tant que procédé ascétique est un concept qui remonte au monde grec. Sans entrer dans une description de la mouvance religieuse parallèle nommée le Libre Esprit qui s’en inspire, on peut toutefois rappeler que cet aspect intellectuel de l’ascèse était au cœur des pratiques de ce mouvement hétérodoxe. La pratique de l’ascèse était l’objet de tous les soupçons et elle a fait l’objet de vifs débats.
En ce qui nous concerne, le couple Impératrice/Empereur explique clairement les deux aspects mentionnés. Et puisque l’aigle, le Christ, est présent ici, cet Arcane illustre une autre figure christologique. Nous croyons que sa représentation ailée est celle du Christ-Ange, un concept qui date du IVe siècle et qui fut fort populaire auprès des foules. Il fut rejeté par l’Église en 325 au Concile de Nicée.[3]
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L’Impératrice cherche à garder l’aigle sur terre. Les ailes qu’elle porte elle-même au dos lui accordent la possibilité d’atteindre elle aussi des sommets. Ce sont les «ailes de la foi », une expression crée par la Hildegarde de Bingen. Ces ailes d’ange se confondent avec le dossier de son trône. Les deux ne font qu’un. C’est une allusion théologique directe au premier des trois ordres parmi les trois chœurs de la hiérarchie des anges, séraphins, chérubins et… trônes !
«Quand au nom de Trônes, très sublimes et très lumineux, il indique l’absence totale en eux de toute concessions aux biens inférieurs, cette tendance continue vers les sommets qui marque bien qu’ils ne sont point d’ici-bas, leur indéfectible aversion à l’égard de toute bassesse, la tension de toutes leurs puissances pour se maintenir de façon ferme et constante auprès de Celui qui est véritablement le Très Haut, leur aptitude à recevoir dans une totale impassibilité, loin de toute souillure matérielle, toutes les visitations de la Théarchie, le privilège qu’ils ont de servire de siège à Dieu et leur zèle vigilant à s’ouvrir aux dons divins.» [4]
Voilà qui correspond tout à fait à l’image que devait avoir d’elle même Hildegarde de Bingen. La place préférée de cet ange impératrice est donc le trône, là où elle exerce un ministère spirituel actif et réfléchi. Il n’y a rien qu’elle préfère autant que de mettre en contact les uns avec les autres les éléments d’un tout. Son rôle de médiatrice, lorsqu’il est assumé, fait d’elle une star et nous allons, pour mieux connaître sa nature profonde, nous attarder à cette Étoile qui lui est associée. (La somme des lettres du mot impératrice donne 117). Nous découvrirons au chapitre suivant les mécanismes de l’inspiratrice intérieure qui habite L’impératrice et qui en font une visionnaire. Mais il est possible déjà de se pencher sur une prédiction contenue dans cet Arcane.
Sur le Tarot du Bicentenaire Camoin, l’aile droite de l’aigle de L’impératrice porte une inscription: Nif 21. Inversé, nif donne fin et 21 est XXI ou Le monde. Le tout signifie Fin du monde! Au Moyen Âge, une prédiction fameuse portait sur la fin du monde. Vincent de Beauvais cite dans son Miroir historique la voyante Hildegarde de Bingen Celle-ci, qui à partir de 1150 était l’abbesse bénédictine de Saint-Rupert sans toutefois en avoir le titre formellement, avait prédit, telle la sibylle Érythrée des temps antiques, la fin du monde pour après l’an 1180 [5].
Hildegarde est décédée en 1179. Elle a été canonisée. C’est donc une sainte de l’Église catholique en bonne et due forme même si son dossier de canonisation a été perdu. Elle est l’auteure de la formule fameuse, un jeu de mots en 17 lettres dédié à la Vierge :
MARIA, MATER, MATERIA : 13+1+18+9+1+13+1+20+5+18+13+1+20+5+18+9+1= 166.
Trois mots, 17 lettres, c’est un rappel de l’axe III-XVII. Le nombre 166 a déjà été rencontré et commenté.
L’ÉTOILE/LE TOULE
XVII
Enfin le voici, le dix-sept, qui est sans pareil dans la république des nombres. Sa sonorité le porte aux confins des galaxies et, bien canalisé par le trois qui lui fait face, il apporte partout où on l’entend, le souffle invisible de la musique des sphères. Cette musique est aussi celle qui accompagne le chant des sirènes.
C’est une nymphe qui se présente ici. En voir une nue sous le soleil, comme celle-ci, pouvait causer la folie. Mais cette image de l’eau et de la nymphe sous le soleil est un amalgame symbolique ingénieux pour illustrer la divination. Mircea Eliade : «Les oracles sont souvent situés dans le voisinage des eaux. (…) La puissance prophétique émane des eaux, intuition archaïque que nous rencontrons sur une aire très vaste.» [6]
«Au milieu du jour, en pleine chaleur, (les nymphes) troublent l’esprit de ceux qui les aperçoivent. Le milieu du jour est le moment de l’épiphanie des mythes. Celui qui les voit devient la proie d’un enthousiasme nympholeptique. C’est pourquoi, au milieu du jour, recommande-t-on de ne pas s’approcher des fontaines, des sources, des cours d’eau ou à l’ombre de certains arbres. Une superstition plus tardive parle de la folie vaticinatrice qui s’empare de celui qui aperçoit une forme sortant de l’eau. Dans toutes ces croyances, la vertu prophétique des eaux persiste (…). Ce qui persiste surtout, c’est le sentiment ambivalent de peur et d’attirance à l’égard des eaux qui désintègrent (la <<fascination>> des nymphes amène la folie, l’abolition de la personnalité) et qui germent à la fois, qui tuent et qui aident à la naissance.» [7]
En plus de la divination, le complexe symbolique de la source recouvre également les thèmes connexes de la connaissance, de la mémoire, de la régénération et de la longévité. À l’époque de la conception du jeu, le concept de mémoire donne naissance à ce mot d’abord, mémoire ou mémorie (78), qui apparaît en 1050, et ensuite à tout ce qui peut permettre de la conserver. Le Tarot, en ce sens, est une aide à la mémoire, un aide-mémoire.
Les alchimistes européens forgent à cette époque les symboles qui vont leur servir à représenter les concepts qu’ils étudient et se transmettent entre eux.Pour les Musulmans, la source est symbole de fécondité. La jeune fille qui se marie s’y présente la veille de son mariage pour nettoyer sa coupe. Il y a ici deux vases. Cette image – comme toute image d’ailleurs…- aurait pu être bien mal reçue par un disciple de Mahomet. S’il y a une intention critique face au monde musulman cachée ici, c’est une satire de la polygamie. En tout état de cause, le nombre 17 a son importance pour eux. Les fêtes que l’on célèbre le 17e jour du mois lunaire ont un caractère sacré. Il y a dix-sept mots dans l’appel à la prière, etc.
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Après une telle entrée en matière, il nous faut aborder le problème délicat posé par le nom de l’Arcane qui représente le 17 sur cette terre.
L’ÉTOILE: 12+5+20+15+9+12+5= 78.
Oh merveille! Soixante-dix-huit ne fait certainement pas 17, mais nous retrouvons ici à nouveau notre nombre magique de départ. Le 78 est également présent dans la représentation picturale de ces étoiles à l’arrière plan du beau personnage central. Sept luminaires à 7 et à 8 pointes jonchent ce ciel étoilé. Et il y en a en tout 78 pointes qui s’étirent dans notre direction lorsqu’on double celles qui portent une barre dans la grande étoile. (S’il n’y avait eu qu’une seule étoile dans cette lame, nous aurions été tenté d’en faire un Arcane christophore, l’étoile étant un des nombreux symboles pour représenter le Christ. Ce ne semble pas être le cas ici à moins que les petites étoiles ne représentent les sept Églises (Ap 1: 4) à qui Jésus s’adresse à travers Jean dans le livre de l’Apocalypse.)
Il nous faut constater que Suger prend soin de signaler la parenté spirituelle qui unit cet Arcane à l’ensemble auquel il appartient. Un ensemble qui a toujours compté 78 lames, rappelons-le. Quant au fait que ces étoiles seraient au nombre de sept, on peut y voir une allusion aux sept étoiles qui se trouvent dans la main du Christ selon le premier chapitre du livre de l’Apocalypse. Bien sûr, ceci n’est qu’une image pour faire une allusion directe aux sept planètes connues à l’époque.
Nous avons donc au début de la séquence XIX à XI, l’alignement des trois Arcanes Le Soleil, La Lune et L’Étoile qui positionnent les corps célestes au tout début de l’édifice que nous sommes en train d’étudier. C’est le scénario classique de la création des corps célestes de la Genèse et de nombreux autres mythes fondateurs. Un personnage féminin est assis au bord de l’eau.
C’est l’illustration du premier verset du chapitre 17 de l’Apocalypse. « (…) je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui réside au bord des océans ;Le verset 17:15 du livre de l’Apocalypse nous renseigne sur la nature des eaux de ce puits. Ce verset est celui que La papesse désigne avec son index gauche sur un livre qui contient 17 lignes. « (…) les eaux que tu as vues là où réside la prostituée, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues. »
La jeune fille de XVII, c’est aussi cette prostituée de la vision de saint Jean. Cette eau est décrite également au quinzième verset de ce chapitre 17 de l’Apocalypse ainsi qu’aux premiers et deuxièmes versets du 22e chapitre du même livre où on parle aussi de l’arbre de vie.
Ap. 22 : 1-2 :
Puis il me montra un fleuve d’eau vive, brillant comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve est un arbre de vie produisant douze récoltes.
Essentiellement, notre baigneuse serait la prostituée qui domine les peuples, les langues et les nations. Elle représente la grande cité impure de l’Apocalypse, Babylone qui est nommée ainsi à la fin du chapitre 16 du livre de l’Apocalypse. Cette combinaison d’éléments graphiques chez XVII mise en relation avec le livre de l’Apocalypse nous suggère que cet Arcane est une représentation de l’Arbre de vie des cabalistes.
Le système des séphirots relié par des canaux qui caractérise cet arbre est illustré ici. Son origine se perd dans la nuit des temps. Les auteurs du Tarot qui placent cet arbre près d’une illustration de cette Babylone aquatique nous indiquent cette origine mystérieuse. On attribue d’habitude la paternité du système de l’arbre séphirotique aux Hébreux. Mais nous avons ici une indication que le système pourrait remonter à la civilisation babylonienne.
Ce serait donc un emprunt effectué par les nomades Hébreux du au mélange des nations au sein d’une grande société. Babylone était une civilisation qui avait maîtrisé les techniques de l’irrigation des sols pour son agriculture. Ses ingénieurs avaient développé tout un système de canaux qui permettait de faire monter ou descendre l’eau vers des terrasses. Un escalier composé de cinq lignes horizontales au niveau du sol sous l’épaule de la baigneuse illustre schématiquement les degrés de cette culture en terrasse. N’avons-nous pas là une allusion aux jardins de Babylone ?
On peut également émettre l’hypothèse que ces degrés correspondent à ceux d’une initiation inconnue. Comme ils sont au niveau du sol, il s’agit peut-être de celle d’un culte agraire, comparable à celui des mystères d’Éleusis. L’ésotérisme occidental, qu’il soit juif, musulman ou chrétien, attribue une importance majeure aux degrés à gravir sur le sentier de la Connaissance.Ceci étant dit, nous allons maintenant valider mathématiquement l’emplacement de la locataire du 17.
L’ÉTOILE: 12+5+20+15+9+12+5= 78. À nouveau, ce clin d’œil appuyé pour nous faire comprendre que le Tarot est une étoile.[8]
L’Étoile est donc bien un des noms de cet Arcane. Mais il nous reste à compléter la démonstration qui lui attribuera le nombre 17.Il nous manquerait un petit 20 pour faire 98 (9+8…). On y arriverait bien en doublant le T mais ce serait faire injure aux règles élémentaires de la grammaire. Nous avons dit que cet Arcane portait un nom double. L’idée nous est venue de le mettre au pluriel. Bien que le S solaire (19) du pluriel ne fasse pas partie des lettres admises au club sélect de notre code, son apparition à noble enseigne, le désigne à titre exceptionnel, pour services rendus ou à rendre, si l’on peut dire.Voyons ce qu’il en est:On ajoute le S à chaque membre de notre équation:
LES* TOIILES: 12+5+19 (x 2)= 72. 20+15+9+9+12+5+19= 89. 89-72= 17.
Le pluriel n’ajoute-t-il pas un air de noblesse à l’ensemble? Cet Arcane ne met-il en scène qu’une étoile? Non… Cet Arcane porte deux noms, l’étoile et le toule qui signifie la mare ou le puit. Les villes de Toulon, Toulouse et plusieurs autres, tirent leur nom de leur proximité d’une source. Le nom de l’Arcane se lit ainsi:
LE TOIILE.
Le U est en effet privé de sa petite patte horizontale… On peut y lire en même temps, LE TOULE et LE TOIILE. Nous retrouvons au premier plan une jolie fille qui se penche sur un plan d’eau. L’Arcane aurait aussi bien pu s’appeler La source. C’est ce que ne manque pas de faire notre jeu. La parenté phonétique entre les deux appellations rejoint totalement le contenu idéographique de l’Arcane. L’Étoile et Le Toule s’y fondent en une rencontre de symboles qui apparaissent, sous cet éclairage, des plus complémentaires. L’eau et la lumière des étoiles se retrouvent dans les amphores de cette jeune fille pour signifier le principe de vie. La lumière de l’étoile est de même nature que l’eau du toule.
Nous avons donc bien Les Étoiles et Les Toules réunis ici par un tour de passe-passe qui n’en est pas un. L’histoire de la cryptologie du Moyen Âge, sa nature même, est faite de la recherche judicieuse d’amalgames qui, réunis, révèlent leur sens au grand jour.
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On notera un détail curieux au sujet de la main droite du personnage; il s’agit d’un pied. Le pouce est remplacé par un gros orteil et le bras est une jambe.
La baigneuse a un corps décomposé. La présence d’un pied auprès d’une cruche rappelle le lavement de pieds, le rite de purification par excellence du soufisme et du christianisme. «Les eaux ainsi sanctifiées s’imprègnent à leur tour de la vertu sanctifiante…» [9] Cette vertu sanctifiante comme caractéristique archétypale commune à de nombreuses traditions s’applique au lien sacré entre la nature et l’homme. L’eau sacrée est ici associée au pied qui représente le contact avec le sol, et par extension, les énergies telluriques.
La scène rappelle une légende de l’Europe du Nord. «Boand, mère d’Oengus, en punition de son adultère avec le Dagda, se voit enlever un œil, un bras et une jambe par l’eau de la source de la Segais où elle était allée se purifier.» [10]
Ce texte sur les membres éparts, le démembrement, est à mettre en relation avec l’extrait du Livre des morts égyptien cité plus haut. À nouveau :«Horus est, tout ensemble, Nectar des dieux et, le Sacrifice divin. Il cueille et réunit les Membres de son Père, Car Horus est son Rédempteur, son Rédempteur…Il parcourt l’Océan céleste, Tandis que le corps de son Père se décompose…»
Puisque c’est une jambe, où est le bras ? Avec le code, nous voyons que la question ne se pose pas en ces termes. Bras et jambe représentent la même chose :BRAS : Le bras est Ra, dieu du soleil, 19. JAMBE : À nouveau, 19.
Soulignons que la forme stylisée de la jambe est celle d’un hiéroglyphe qui se trouve dans le nom secret à quatre caractères de la Prêtresse de Celui qui est caché. Le premier caractère de ce nom est un bras double. Il y a également deux coupes renversées et une figure féminine assise dont la tête évoque celle d’un oiseau couronné. Ra, Horus, Osiris, Maat, le dieu égyptien a de nombreux visages, il prend des formes multiples.
Le symbolisme solaire attaché à l’aiguière de la baigneuse s’ajoute à la symbolique tellurique. Les rayonnements du ciel et de la terre se rencontrent dans les fluides qui circulent autour d’elle. Il est important de noter que le magnétisme terrestre et le magnétisme solaire maintiennent entre eux un équilibre qui permet la vie sur terre. Cette notion d’énergie tellurique ou de magnétisme du sol est centrale dans la cosmogonie de la tradition religieuse ésotérique d’Europe du Nord. Elle remonte aux Celtes.
Un lien clair existerait entre les lieux chargés de cette énergie et certaines étoiles ou constellations du ciel. L’emplacement des cathédrales gothiques serait lié à une telle orientation astronomique et énergétique. Signalons que ces croyances anciennes en des lieux chargés d’énergie tellurique se sont trouvées confirmées par les découvertes scientifiques modernes. En électricité, le courant tellurique est celui qui circule dans le sol.
La tradition orale rapporte donc que nos ancêtres bâtisseurs avaient établi un lien entre leurs connaissances à ce sujet et celle de l’observation de la voûte céleste. Les uns s’en sont servi pour choisir les lieux de construction des cathédrales, les autres pour l’érection de dolmens.Le culte de la Vouivre, la fille aux serpents, procède de cette tradition qui se transmet de façon orale. Les phallus aux pieds de notre baigneuse l’associent à cette fille aux serpents. Un de nos dictionnaires rapporte que cette vouivre, ou guivre, est la gardienne d’un trésor. On notera que le talon de son pied gauche touche à une aiguière.
Sa main droite, qui est un pied, touche à l’autre aiguière. Celles-ci sont ainsi désignées comme vecteurs de l’énergie tellurique, les forces de la Vouivre. Cet ensemble symbolique nous apparaît comme une des représentations ésotériques les plus habiles du Tarot.Il n’y a rien de particulier à signaler en ce qui concerne la forme des manches des deux aiguières. On verra au chapitre sur Tempérance qu’il n’en est pas de même.
© Rom 2007
[1] Frances and Joseph Gies, Women in the Middle Ages, p. 78
[2] Voir Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuse, Tome II, p. 359-60
[3] Id., p. 388-89
[4] Le dictionnaire des symboles, pp. 978-79
[5] Joachim de Flore (1132-1202) pensait quand à lui que la fin des temps arriverait après 1200. Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, p. 642.
[6] Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, p. 176-77
[7] Id, p. 178
[8] ÉTOILE : 66, 6 lettres, 666. Ajoutons pour bien faire que le pluriel d’étoile du matin est luciferi. LVCIFERI : 12+22+3+9+5+18+9= 78.
[9] Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, p. 172
[10] Le dictionnaire des symboles, p. 689





