Introduction
La légende du coureur de Marathon est bien connue. Ce qui l’est moins, c’est comment la victoire des Grecs fut acquise. Hérodote qui nous en rapporte l’histoire raconte que la révolte contre les Perses fut initiée par la transmission d’un message inscrit sur le crâne rasé d’un messager. L’envoyé attendit simplement que ses cheveux repoussent puis s’en alla contacter les insurgés en territoire conquis. Il lui suffit alors de se raser la tête et de l’abaisser vers le chef de guerre.
La vitesse de transmission ne semble pas avoir été un facteur prépondérant dans le choix du procédé !
On a fait de même avec le Tarot. Ce jeu de cartes d’apparence anodine est le véhicule d’une somme d’informations considérable. Ainsi dissimulés pourtant, ses différents rouages narguent les analystes depuis des siècles. D’après l’historien Mircea Eliade, le procédé n’est pas nouveau : il s’agit d’un «(…) processus dialectique bien connu dans l’histoire des religions : l’épiphanie du sacré dans un objet profane constitue en même temps un camouflage ; car le sacré n’est pas évident pour tous ceux qui approchent l’objet dans lequel il s’est manifesté.» [1]
On cache, on dissimule, afin de révéler. Dans le cas du Tarot, on ne sait toujours pas de nos jours avec certitude s’il y a vraiment des éléments qui y sont cachés. Et si c’est le cas, pour quelles raisons on les aurait dissimulés. Cet essai va tenter de répondre à ces questions.
Le goût de la dissimulation et du mystère est profondément inscrit dans la nature humaine. Le plaisir n’est pas absent du processus. Le Tarot est un jeu. Personne ne se doutait au moment où il a fait surface pendant
la Renaissance qu’il pouvait être autre chose qu’un divertissement pour les élites ou un amusement pour les masses. Ce n’est que depuis deux siècles que l’on se doute qu’il y a anguille sous roche. Mais, la cryptographie prenant le relais de la stéganographie [2], le message est resté voilé.
Nombreux sont ceux qui se sont penchés sur le Tarot dans l’espoir d’en décrypter les mystères. En vain. Pour utiliser l’expression consacrée, son mode d’emploi ne nous est pas parvenu. Du fantastique délirant au rationalisme exacerbé, les interprétations les plus extravagantes n’ont fait qu’ajouter au camouflage du Tarot.
De notre côté, nous soupçonnions que le travail avec ou sur le Tarot devait être au nombre des exercices spirituels de ses premiers utilisateurs. Ce qui commença clairement à nous apparaître, c’est que cet ensemble illustré avait été conçu à l’origine comme un oracle permettant de prendre connaissance de la volonté divine.
C’est que le mot Tarot lui-même est une forme codée et fort simple du terme oracle. Ce mot nous vient du latin, oraculum. Il signifiait, au XIIe siècle, lieu sacré. Ainsi donc, le Tarot fut à l’origine et dans l’esprit de ses concepteurs un autre de ces médiateurs donnant accès à un lieu, un endroit virtuel - pour employer une tournure contemporaine. Plus tard, au XIVe siècle, le mot en vint à signifier la parole de Dieu elle même telle qu’on pouvait l’entendre ou la lire à travers le message des apôtres ou des prophètes.
Une piste conduisant vers des religieux se précisait. Nous étions en présence ici d’une Échelle de Jacob servant à se rapprocher des Cieux. Dans l’esprit de ses concepteurs, les degrés de cette échelle devaient également servir de pont vers les abîmes infernaux, la divination au Moyen Âge étant souvent définie comme un commerce avec les démons. Le contenu sulfureux d’un des niveaux de lecture du Tarot est tout à fait instructif à cet égard.
Comme on le verra, cette descente initiatique aux Enfers pourrait bien avoir été la condition sine qua non de l’accès à la divination. Ce qui est probable toutefois, en ce qui concerne la période historique qui va nous occuper, c’est qu’une telle initiation de l’adepte ou de l’élu lui était présentée, dans un cadre élargi de sa foi chrétienne, comme sa participation à une quête collective du salut de son âme individuelle et de celle de l’humanité, l’anima mundi.
En ce sens, l’utilisateur du Tarot ne pouvait être à l’origine que membre d’un ordre religieux, la formation nécessaire à une telle démarche ne se retrouvant que dans les écoles religieuses et les monastères. S’ils faisaient du fromage, des liqueurs et de la bière, les bons moines si connus pour leurs recettes secrètes alambiquées étaient fort capable d’inventer un recueil d’images.
C’est en tous cas la thèse qui sera défendue tout au long de cet essai. Le fil conducteur qui nous guidera à travers cette entreprise sera justement que le Tarot est la création de religieux. Leur dessein paraîtra peut-être parfois difficile à comprendre. Nous nous apercevrons souvent que certains des thèmes traités à l’intérieur d’une même image renvoient à des visons différentes et parfois contradictoires. ¨C’est ce que font de manière plus ou moins harmonieuses les théologiens et les fabricants d’images (du Moyen Âge), en combinant contradictions et chevauchements.¨ C’est ainsi qu’on pourra reconnaître sur le même dessin, ici une figure de roi et celle du Christ, là celles d’un saint et d’un homme du commun ou encore un cheval et un bœuf.
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Malgré sa complexité, nous croyons qu’avec une bonne dose de foi et d’enthousiasme, on peut encore faire parler aujourd’hui ce que d’aucuns appellent un livre muet. Pour bien l’entendre cependant, il faut faire l’effort de se replonger dans le contexte qui l’a vu naître. Un apprentissage théorique des contenus du Tarot est possible pour celui ou celle qui cherche à éduquer son ignorance[3], à étayer ses intuitions.
En apparence ce jeu de cartes d’origine médiévale reproduit un ensemble de 78 miniatures numérotées et/ou titrées. «L’art du Moyen Âge est d’abord une écriture sacrée dont tout artiste doit apprendre les éléments.» [4] L’image médiévale avait trois fonctions : enseigner, remettre en mémoire, émouvoir. On lui reconnaît aussi la faculté de mette en contact avec le prototype qu’elle représente. Le transitus est le nom donné à cette fonction, une notion néoplatonicienne empruntée par saint Thomas d’Aquin au Pseudo-Denis L’Aréopagite. L’inscription du nom du prototype sur l’image signait cette relation.
Il peut être intéressant de noter que certains éléments des classes populaires orientales attribuaient un pouvoir incroyable aux images, au même titre que celui attribué aux reliques par exemple. Mais contrairement à ce qui se passe en Orient, où la vénération des icônes est un article de foi depuis le deuxième Concile de Nicée en 787, on ne peut parler de culte de l’image en France ou dans l’Église Occidentale du Moyen Âge. Le populaire a un accès restreint à ces représentations figurées. Certains artefacts sont illustrés. À mesure qu’on avance dans le temps, le pouvoir des images - et celui des artistes - se renforce. On n’a qu’à penser aux fresques et mosaïques murales des églises, vitraux, icônes portatives, enluminures de manuscrits, retables d’autels, ostensoirs, images de dévotion, etc. L’imagerie est religieuse et renvoie de façon typiquement néoplatonicienne à la réalité invisible dont elle est la représentation. L’imagerie profane existe elle aussi que ce soit dans les manuscrits médicaux, astronomiques et historiques ou dans les portraits, paysages et natures mortes.
Nous avons parlé plus haut d’un livre muet pour décrire le jeu. Mais on peut également emprunter une autre image. Nous croyons que l’esprit qui animait les créateurs du Tarot est le même que celui que l’on tentait d’insuffler dans ces traités pédagogiques ou ces encyclopédies populaires appelés Spéculum, en français, Miroir. Leurs auteurs souhaitaient édifier les princes et le peuple. Nous aurons l’occasion de rencontrer dans un prochain ouvrage un miroir fort particulier, celui que tient
la Reine de Denier. Mentionnons simplement qu’au XIIe siècle, le mot miroir s’épelle encore miroer ou mireor.
Dans les deux cas nous avons un 78.
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En surface, le traitement des sujets illustrés du Tarot semble des plus orthodoxes. Des éléments essentiels de la nature du jeu, un code secret n’étant pas le moindre de ceux-ci, n’ont cependant jamais été percés à jour. Notre défi sera de tenter de mettre quelques-uns de ces éléments en lumière en situant le jeu et ses contenus dans ce contexte historique d’origine.
Code, le mot est lancé. C’est ce code qui, à notre avis, assure la continuité d’esprit à travers la chaîne des générations d’Artistes qui ont mis la main à la pâte du Tarot. C’est ce code qui va nous permettre de nous inscrire à l’autre bout de cette chaîne, de cette courroie de transmission. Ce code, c’est la lentille qui nous aidera à explorer ce qui se cache derrière la voûte étoilée des Arcanes. Pour cela donc, il faut nous en remettre à l’art de la cryptographie.
En adoptant cette démarche, nous ne ferons qu’imiter les artisans de ce qui deviendra notre objet d’étude. Les auteurs du Tarot s’intéressaient certainement à l’avenir. Le courant néoplatonicien qui traverse cette période fait place à la divination et à la pratique de la magie. Mais leur champ d’expertise privilégié était d’abord, tout comme nous, l’observation du passé. La cible préférée des investigations théologiques au XIIe siècle est l’Antiquité gréco-latine, la période classique.[5] Il ne faudra pas se surprendre si, au cours de nos recherches, nous découvrons des éléments graphiques ou des codages qui se rapportent à des conceptions philosophiques de cette période particulière ou à certains de leurs développements subséquents.
En procédant à l’exégèse du jeu, nous allons tenter de faire cohabiter la froide logique de l’examen parfois aride des symboles et des nombres avec l’évocation de la beauté intrinsèque de leur caractère numineux. Car voilà peut-être le but ultime de l’étude du Tarot. Le déchiffrement de ses plus beaux atours, comme celui des textes liturgiques de toutes les religions, renvoie l’interprète à cette part indéfinissable de lui-même qui est à la base de l’expérience mystique.
Que nos lecteurs et lectrices se souviennent seulement que ces quelques notes ne prétendent qu’à les renseigner, pour reprendre le mot de Nicolas de Cues, sur le propre niveau de Docte ignorance de l’auteur. Ce qu’il propose, c’est un chemin - d’aucuns diront un chemin de croix… - qui leur permettra de transposer dans un cadre intellectuel précis les éblouissements intuitifs qui leur sont déjà sûrement familiers.
Nous espérons que cette approche ne rebutera pas trop nos lecteurs et qu’elle permettra même à certains de participer à leur tour à cette levée du voile. Évidemment, il faut un tour d’esprit un peu singulier pour goûter les joies de ce genre d’effeuillage. Mais quand le fruit est mûr, ne vaut-il pas mieux le cueillir?
Qu’on en juge… Nous exposerons tout particulièrement la structure qui lie les Arcanes entre eux ainsi que le codage de ceux qui portent un nom. Nous proposerons de reculer de près de deux siècles la date d’introduction de l’alphabet moderne. Et nous mettrons fin aux spéculations en répondant de façon définitive à la question qui hante les historiens et les occultistes occidentaux :
Quel est l’âge du Tarot ?
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La réponse que nous donnerons à cette question va nous mener au cœur de l’histoire de la chrétienté médiévale - sans exclure des incursions vers les deux autres grandes religions monothéistes. On découvrira la conception que se fait du monde une petite élite de lettrés du Moyen Âge, qu’ils soient moines, alchimistes, astrologues, cabalistes, troubadours, mathématiciens, grammairiens, philosophes, maçons bâtisseurs de cathédrales ou même tout cela à la fois.
En fait, nous croyons que le jeu s’apparente – sans en avoir l’apparence - aux traités de science divine et de théologies monastique et symbolique. Ces voies de connaissance privilégiées par les moines permettaient de favoriser l’ascension de l’âme du théologien et du mystique hors du sensible pour l’unir à Dieu. Le développement de la scolastique, une voie plus rationnelle, ne viendra qu’au début du XIIIe siècle.
Mais nous sommes en plein XIIe ; Bernard de Clairvaux (1090-1153) écrit le Salve Regina et ses sermons sur le Cantique des Cantiques, Hildegarde de Bingen (1098-1179) reçoit les visions qui sont à l’origine de son Scivias, Connais les voies et Suger (cir.1081-1151) inaugure l’art gothique.
On cherche à atteindre le ciel.
On verra que la structure cyclique du jeu propose un itinéraire qui rappelle celui que le pèlerin entreprenait pour sauver son âme. Les lames majeures se déploient comme une série allégorique et analogique qui illustre le parcours par étapes d’un tel chemin initiatique. L’ouvrage est constitué de représentations de la vie au Moyen Âge; le Sauveur, Jésus, y apparaît sous forme cachée.
Certains thèmes proviennent des Saintes Écritures et des textes néoplatoniciens du XIIe siècle. Il s’agit ici du néoplatonisme de Denis L’Aréopagite dont les livres furent retraduits et commentés par L’Érigène au IXe siècle et interprété par les penseurs du XIIe. Hughes de Saint-Victor (cir. 1090-1141) est un de ceux-là. Ce moine très savant sera à l’origine d’une nouvelle traduction du corpus dionysien, la novo translatio qui sera complétée après sa mort par le moine Jean Sarrazin. C’est une théologie[6] dont le volet négatif ou apophatique inquiétera certains penseurs de l’Église du XIIIe siècle.
Mais, à nouveau, dans la première moitié du XIIe, beaucoup était encore toléré même si certaines sorties de Bernard de Clairvaux annoncent déjà les excès à venir. Celui-là rappelle sévèrement ses contemporains à l’ordre. Le penseur breton Pierre Abélard (1079-1142), le Docteur Invincible, la figure centrale de la philosophie au XIIe siècle, pour ne nommer que lui, a goûté à sa médecine.[7] Bernard était également fermement opposé à ce que les monastères recèlent quelque image que ce soit. Comme on va le voir un peu plus loin, ceci n’est pas sans avoir un certain impact sur notre sujet. [8]
Mais un Pierre le Vénérable (cir. 1094-1156), par exemple, mène un combat purement intellectuel contre l’hérétique Pierre de Bruys. En général, on discute avec ceux que l’on soupçonne d’hérésie, on tente de leur apporter la prédication. «La controverse était, à cette époque, la forme naturelle de l’esprit humain.» [9] Thèses et réfutations s’affrontent. Il y a des limites à ne pas franchir, bien sûr, les tracasseries et les remontrances administratives, les condamnations doctrinales même, sont nombreuses. Il y aurait aussi eu quelques gibets de dressés. Mais on ne brûle pas encore, ou si peu.[10] Les temps ne sont pas à la sottise et à la cruauté, pour reprendre l’expression de Marguerite Yourcenar. [11] Savonarole et Torquemada ne sont pas encore nés.
Lorsqu’on se réfère aujourd’hui à la période qui couvre les XIIe et XIIIe siècles, de 1125 à 1275 environ, on la qualifie de Beau Moyen Âge. Ce n’était évidemment pas une époque sans travers. Les conditions de vie des serfs n’étaient pas idéales. Mais ce fut semble-t-il un âge d’or dans bien des domaines, une véritable Renaissance avant la lettre.
C’est la seule période qui pouvait donner naissance au Tarot. Nous croyons que le jeu a été créé à cette époque par des moines bénédictins de l’abbaye royale de Saint-Denis, ce formidable centre culturel et religieux du monde médiéval européen. Tout ce qu’il y avait de disponible en Europe sur la sagesse hellénique du monde antique y était déposé. L’endroit servait également de nécropole aux rois de France.
Nos recherches nous ont amené à conclure que le moine Suger, abbé de Saint-Denis, fut le père du projet. Son nom est codé dans le titre de l’Arcane XX, Le jugement. Le code en question a servi à encrypter un vitrail et des inscriptions latines de son abbaye. Le nom de Suger est également une anagramme, fort simple au demeurant. Nous y reviendrons. Nous nous pencherons également à plusieurs reprises sur la contribution de Hildegarde de Bingen, abbesse bénédictine de Saint-Rupert, que nous considérons comme la continuatrice - et peut-être aussi l’inspiratrice - de l’œuvre de l’abbé Suger.
Suger fut régent du royaume de France. C’est l’un des plus important protecteurs des Templiers en Occident. Nous croyons que c’est lors de sa mise en disponibilité temporaire par Louis VII au lendemain de son sacre à Reims que Suger aurait trouvé le temps de transformer et mettre au goût du jour un jeu de cartes Tzigane, le peuple nomade originaire des Indes.
Les Tziganes utilisaient un jeu qui était composé de trente-deux cartes en cuir. Les images ou chaturangas provenaient de l’Inde. Nous croyons que ce jeu s’est retrouvé entre les mains de moines qui exploitaient les hostelleries de pèlerins dans les Balkans, une région qui était à l’époque un corridor privilégié vers
la Palestine, et l’Orient. Au XIIe siècle, les Tziganes sont déjà présents dans les Balkans et certains parmi eux étaient employés comme domestiques dans les monastères.
Hormis leurs cartes de cuir, les membres du peuple rom, comme ils s’appellent entre eux, utilisaient de petites plaques rondes de nacre gravées pour la divination. Nous ne savons à peu près rien de ces artefacts, la transmission orale de leurs traditions garantissant aux Roms le secret sur leurs coutumes spirituelles. Mais il est plus que probable que certains clercs et nomades partageant un intérêt commun pour la divination se soient influencés mutuellement. L’histoire des Roms est faite d’une succession d’emprunts culturels et d’échanges en tous genres. Une fois inscrits dans le circuit monastique, ce n’était qu’une question de temps, quelques décennies tout au plus, avant que quelques belles pièces de nacre n’atterrissent dans le trésor de Saint-Denis.[12] Le jeu en cuir aurait suivi.
Tout un itinéraire… C’est justement le sens du mot rom (plus précisément, le chemin).
Nous soutenons que l’abbé Suger a effectué cette rénovation des cartes rom en parallèle avec celle de son église abbatiale, l’œuvre pour laquelle il est le plus connu. Suger est le père de l’art gothique. Sa connaissance du symbolisme en fait le maître du Moyen Âge en ce domaine. Son église est le modèle de toutes les cathédrales dont le début de la construction remonte au milieu du XIIe siècle.
L’historien du XIXe siècle Émile Mâle souligne que Suger a également laissé une production littéraire d’un grand intérêt historique. «Le seul document de ce genre que nous ait transmis le Moyen Age est le livre que Suger a consacré à l’église de Saint-Denis. Les pages où il décrit les vitraux de la basilique sont capitales. On y voit que l’abbé avait choisi les sujets, qu’il les avait savamment ordonnés, et qu’il avait voulu composer lui-même les inscriptions qui rendent ces œuvres symboliques un peu moins obscures.» [13]
Le document dont il est question ici, le De Rebus in administratione sua gestis a été rédigé des années avant le début des travaux de rénovation de l’église abbatiale. Il permet en effet d’expliquer son œuvre mais aussi de témoigner des merveilles qu’il a conçues – des vitraux, par exemple - et qui n’ont pas résisté aux outrages du temps. Son texte le plus connu est cependant cette Vie de Louis Le Gros qui marque le début d’une entreprise historique visant à relater l’histoire du royaume.
«Suger est donc à l’origine de la double mission qui allait inspirer l’activité historiographique de Saint-Denis jusqu’au XIVe siècle : la composition d’une histoire de France de mieux en mieux documentée et la rédaction de l’histoire des différents règnes.» [14] L’abbé Suger, l’historien comme l’administrateur, n’écrivait qu’en latin mais nous entendons démontrer que certaines de ses inscriptions les plus connues n’ont été rédigées qu’en fonction d’un décodage avec les chiffres du code secret du Tarot de Marseille.
Cette affirmation ne surprendra que ceux qui ne sauraient pas qu’une telle pratique relève d’un art littéraire mineur, le cryptogramme, un procédé de style dans lequel excellait Bernard de Clairvaux lui-même. On peut également rappeler que Suger était un tachygraphe émérite, c’est-à-dire, qu’il écrivait rapidement à l’aide de signes conventionnels. D’après Sabina Flanagan de l’Université d’Adelaïde en Australie, sainte Hildegarde de Bingen elle-même utilisait un «langage inconnu» (lingua ignota) et un «alphabet inconnu» (litterae ignotae), deux systèmes qui restent encore largement énigmatiques. Pour Mircea Eliade, «(…) depuis le XIIe siècle les secrets et l’art de les dissimuler s’imposent dans des milieux assez divers. (…) Les langages secrets aussi bien que la prolifération de personnages légendaires et énigmatiques et d’aventures prodigieuses constituent en eux-mêmes des phénomènes para-religieux. (…) il faut tenir compte de l’intention des auteurs de transmettre par le truchement de leurs œuvres, une certaine tradition ésotérique (…)».[15]
La légende veut également que l’empereur Charlemagne lui-même ait été l’inventeur au IXe siècle de plusieurs alphabets secrets. C’est du moins ce que prétend au XVIe siècle Jean Trithème. Il reproduisit certains de ces codes dans un ouvrage de cryptographie. Ce sont ¨(…) de simples alphabets de substitution, utilisant des lettres latines, grecques, ainsi que des symboles plus ou moins étranges.¨[16]
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Suger était associé, cela est bien établi, avec les plus hautes sphères de l’ordre religieux et militaire naissant du Temple, tout comme Bernard de Clairvaux d’ailleurs.[17] Ce n’est certes pas son plus grand titre de gloire. Mais nous croyons que le nouveau jeu, qui aurait d’abord été conçu discrètement [18] dans l’atelier d’historiographie de l’abbaye Saint-Denis sous forme manuscrite, aurait ensuite fait l’objet d’une production manuelle limitée, là où était disponible le papier, dans le monde arabe, en Espagne notamment où il apparaît dans la région de Valence dès 1144 ainsi qu’en Cilicie franque ou arménienne dans ces territoires latins de Palestine où la féroce milice chrétienne avait établi ses premières bases orientales. C’était un produit de qualité, pas comme ce papier de chiffe qui apparaît au XIIe siècle.
On peut concevoir que les Bénédictins aient importé ce papier de Palestine, d’Espagne ou d’Italie où il apparaît dès le XIIe siècle donc, même si le premier atelier de papier de l’Occident chrétien n’est installé qu’en 1276, à Fabriano. Les moines de Saint-Denis sont des experts en commerce international ; dès le VIIe siècle ils exploitent la route des grenats qui relie les Indes… à leur monastère. Grenats, nacre, cartes, même parcours.
Après deux siècles de sanglantes campagnes militaires (1120-1312) au service des pèlerins, des croisés et de ses propres intérêts, l’ordre du Temple a été dissous par le pape suite aux accusations d’hérésie portées contre ses membres par le roi franc, Philippe le Bel. Le maître du Temple, Jacques de Molay (cir. 1243-1314), est brûlé en fin de journée à Paris le 18 mars 1314, à l’heure de vêpres. Les Templiers se dispersent alors dans toute l’Europe, en France, en Ibérie et au Portugal notamment. Plusieurs auraient tenté de se regrouper en Italie du Nord, en vain semble-t-il. Mais c’est là que les premiers exemplaires profanes font leur apparition un siècle et demi plus tard sous le nom de tarocco ou tarocchi suite à l’introduction généralisée en Europe du papier d’abord puis de la xylographie et de l’imprimerie.
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Suger est un contemporain de Hugues de Saint-Victor et leur parenté spirituelle apparaît aussi évidente que l’était leur proximité géographique et temporelle. Les historiens s’accordent pour reconnaître à Suger le mérite d’avoir inscrit dans la pierre de son église abbatiale des éléments de la philosophie néoplatonicienne de Denis L’Aréopagite telle que l’interprétait Hughes. À la base de celle-ci se trouve la reconnaissance du caractère divin de
la Lumière. Suger trouvait chez Hughes de Saint-Victor, le meilleur interprète de cette doctrine. «Suger n’était pas philosophe de métier. Tout imprégné qu’il fut du mode de pensée dionysien, il avait besoin pour l’affermir, de l’aide d’un vrai théologien. Au moment de faire peindre sur les portes ou graver sur les murs les inscriptions conçues pour indiquer le sens profond de son œuvre, il trouvait chez Hughes de Saint-Victor le meilleur interprète de la doctrine du bienheureux fondateur de l’abbaye.» [19]
C’est cette philosophie de
la Lumière qui a donné naissance à l’art gothique ou art ogival. Les cathédrales construites à partir de cette période sortent toutes de ce moule architectural et spirituel. Elles sont des triomphes de luminosité, de celle qui émane du «soleil théarchique» du Pseudo-Denis L’Aréopagite, ce moine syrien du VIe siècle dont l’œuvre influence toute la philosophie et la théologie du Moyen Âge.[20]
Nous prétendons que c’est la rencontre entre cette philosophie d’une part et celle qui sous tend la mouvance hermétique alchimique d’autre part qui a donné naissance au Tarot. S’y retrouvent également des éléments qui tiennent de la farce bouffonne et de l’hérésie ; celle du prophète Manes, ou Mani, (216-277) notamment - qui provient de l’Osirianisme de l’Égypte antique et qui est la plus tenace - est clairement illustrée dans quelques lames. La lame XII, Le pendu, dont un niveau de lecture met en scène le thème central du manichéisme de Jesus Patibilis en est l’exemple le plus évident.
Nous allons montrer que le jeu est le produit de la même fermentation intellectuelle qui a donné au monde ces grands vaisseaux de pierre que sont les cathédrales gothiques. Il en a la structure et l’esprit. Ses créateurs ont inscrit dans la cire de leurs tablettes, puis sur du parchemin ou des gravures sur bois, les mêmes semences que les artisans confiaient à la pierre et aux vitraux.
On le verra, se familiariser avec les origines du jeu sera un peu comme entrer en religion. Qu’on se rappelle seulement que le catholicisme de l’époque est loin d’être figé. «Dans une histoire <<totale>> du christianisme, il faut (…) tenir compte des créations spécifiques aux populations rurales. À côté des différentes théologies construites à partir de l’Ancien Testament et de la philosophie grecque, il importe de considérer les esquisses de <<théologie populaire>> : on trouvera réinterprétée et christianisées, nombre de traditions archaïques, depuis le néolithique jusqu’aux religions orientales et hellénistiques.» [21]
C’est justement au sein des populations rurales, dans les campagnes que survivait le plus ce qui pouvait passer pour de l’hérésie.[22] Il s’agissait surtout de coutumes païennes. Le catholicisme se défendait patiemment contre elles ; il lui est arrivé de sévir mais de façon purement dogmatique comme au second Concile de Constantinople, au IXe siècle ou on a rejeté la théorie de la transmigration des âmes et celle du caractère divin de la lumière. Mais il a plutôt cherché à intégrer les éléments idolâtres qui séduisaient le populaire.
Nous croyons que le Tarot est le témoin privilégié de tels apports. Suger les a intégré aux côtés d’éléments traditionnels puisés dans les sources plus conventionnelles à sa disposition. On songe aux nombreux Lectionnaires [23], actes apocryphes des apôtres, textes des Pères de l’Église et vies de saints qui servaient à composer les sermons des offices religieux. Un siècle plus tard, c’est à ces mêmes sources que puisera Jacques de Voragine (cir. 1228-1298), prieur de l’Ordre des Prêcheurs de la province de Lombardie puis évêque de Gênes, pour rédiger sa Légende dorée.
Suger aura également mis à profit les découvertes artistiques faites lors de ses nombreux voyages, en Italie notamment. On retrouve des éléments qui proviennent de
la Rome antique dans le programme de rénovation de sa basilique. Il ne put tous les utiliser. [24] Comme nous allons le voir, le Tarot, lui, ne boude pas son bonheur à cet égard. Le Moyen Âge chrétien n’a-t-il pas couvé en son sein tout ce contenu antique qui allait finalement revenir à l’avant-scène pendant
la Renaissance ?
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Comme le code secret du Tarot de Marseille permet d’arrimer le jeu à une période historique précise et d’illuminer celle-ci d’une lumière nouvelle, il nous faut faire le deuil de conceptions désuètes. L’éclairage que nous proposons fait entrer le jeu et l’époque qui lui a donné naissance dans un nouveau paradigme. Il faut abandonner l’idée qu’il est né dans l’Italie de
la Renaissance, une théorie populaire que nos recherches se trouvent à invalider. Nous sommes au XXIe siècle, à l’heure de l’euro; on ne peut continuer à compter éternellement en lires !
Les spécialistes reconnaissent que l’inspiration symbolique à la base de la constitution des images du Tarot est de même nature que celle qui a donné naissance à l’art gothique. On hésite encore cependant à placer l’origine du Tarot au XIIe siècle. Les preuves documentaires semblent inexistantes. Ce débat rappelle les discussions contradictoires au sujet de l’origine du Roman de Renard. Là encore, la recherche n’a progressé qu’au moment où les chercheurs ont accepté de se pencher sur la nature même des différentes versions de ce texte plutôt que sur les sources documentaires existant à son sujet.
Lorsqu’on acceptera d’examiner le jeu lui-même, on devra se rendre à l’évidence que ses codages ne peuvent qu’être le fruit de la période et de la région géographique que nous avons identifiés. En réalité, la possibilité que le Tarot original ait été un objet conçu dans le secret - et ne laissant donc peu ou pas de traces documentaire - correspond tout à fait aux critères qui définissent les paramètres de la recherche historique. Que le Tarot fasse d’abord surface à l’étranger à la suite d’un bris dans le voile qui recouvrait son existence est une hypothèse crédible. Qu’il réapparaisse ensuite dans son pays d’origine, après une longue période d’hibernation n’est que le corollaire obligé d’une telle hypothèse.
Nous avons déjà indiqué à plusieurs reprises que l’analyse minutieuse des codages du Tarot permet de conclure que leur présence relègue aux oubliettes la théorie d’une origine lombarde du Tarot. Le simple ajout des suffixes co ou chi au mot tarot est typique de la tendance lombarde de l’époque à s’approprier les éléments de la culture dominante voisine. Bref, les différents exemplaires de tarocchi sont certainement lombards. Mais le Tarot originel est bien français.
Comme nous l’avons mentionné plus haut, le mot tarot signifie oracle. Nous estimons que le T final du mot Tarot est une particule de noblesse qui a été ajoutée volontairement.[25] Les deux T se rejoignant pour n’en faire qu’un, ils nous incitent à visualiser le système représenté par ce nom comme un mandala, un cercle sacré, ce qui correspond à l’arrangement circulaire des lames que nous présentons un peu plus loin.
Nous avons donc d’abord TARO ou ORAT, ORA-T. Le T a la valeur de 20, qui est aussi celle du mot CLÉ. Au chapitre sur Le pendu, nous verrons que le personnage est suspendu sur une potence, qui est en fait une croix en Tau dissimulée, la croix potencée se disant également croix en Tau en héraldisme. Le personnage du pendu lui-même a la forme d’une clef.
Ce T ou Tau est notre clef. ORA-T devient ainsi ORA CLE ou oracle! CLE, c’est la clé cachée, symbole du secret ; la clé est le signe des bâtisseurs d’édifices religieux au Moyen Âge, les Compagnons du Devoir. Cette clé était cachée dans le mot Tarot !
Nous pouvons maintenant rajouter au mot oracle le second T:
ORACLE T(20) est également ORACLE XX(20) de XX, Le jugement. L’oracle vient du ciel sous forme d’un message, l’enveloppe, tonné ou révélé, la trompe. Mais attention, jouer de la trompe signifie aussi se jouer de quelqu’un, le tromper ! Enfin, le T (Tau) est le symbole de la croix pour les anciens chrétiens. L’abbé Suger a fait de ce symbole, le Signum Tau, un des éléments décoratifs les plus importants de son église abbatiale. La croix se présente également dans l’alphabet sous la forme de la lettre X. Nous avons ORACLE T (TARO T):
ORACLE X (TARO X): 15+18+1+3+12+5+24= 78.
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Bien qu’une partie importante de nos travaux porte sur l’application au Tarot de la symbolique des nombres (ou encore de la numérologie néoplatonicienne ou de l’arithmosophie), une des branches centrales de la philosophie médiévale, nous n’aborderons aucun aspect de ce qu’on appelle aujourd’hui en divination populaire la numérologie.
Près de deux décennies n’ont pas permis à votre serviteur de déchiffrer, pardon, de défricher la totalité du champ de l’extraordinaire investigation que constitue le décryptage du Tarot. Il espère que ses lecteurs et lectrices lui pardonneront ses lacunes et seront inspirés malgré tout par l’épique travail d’abattage épigraphique proposé ici.
«En un semblable sujet, nulle interprétation personnelle n’est de mise. Ce n’est que dans les livres des théologiens du XIIe et du XIIIe siècle qu’il faut espérer trouver le sens de ces vastes compositions.» [26] L’historien de l’art Émile Mâle parle bien sûr ici de l’étude de la cathédrale. Le conseil vaut également pour le Tarot même si Mâle fait une lecture un peu rapide des textes des théologiens du Moye-Âge.[27] Et il écarte d’emblée toute interprétation qui dévierait de l’orthodoxie catholique telle qu’il la conçoit à son époque.
La religion catholique au XIIe siècle n’est pas quelque chose d’aussi statique.
Tout ce qui concerne le code est aisément démontrable; nous croyons qu’il deviendra
la Pierre de Rosette sinon de l’ésotérisme chrétien dans son ensemble du moins de l’étude du Tarot. C’est seulement dans l’interprétation de ses différentes applications concrètes qu’il y a encore matière à recherche et à discussion. Il est fort probable que certaines des pistes que nous avons empruntées ne conduisent qu’à des culs-de-sac. L’intoxication guette ceux qui s’engagent sur la voie monacale de la symbolique des nombres. Si certains ont réussi à sauver ainsi leur âme, d’autres se sont damnés en essayant. On entre dans ce dédale comme dans un moulin. Mais on n’en ressort pas facilement. Pour reprendre le mot de Victor Hugo : «Une âme perdue dans les antres de la cabale».
C’est cela aussi le parcours du labyrinthe.
Néanmoins, le défi lancé par la résolution heureuse des multiples énigmes qui composent cet ensemble de connexions métaphoriques imbriquées les unes aux autres devrait satisfaire ceux qui aspirent à plus que la grille «expert» de mots-croisés de leur quotidien du dimanche.[28] C’est munis de la couronne et du fil, à l’instar de Thésée à sa sortie du dédale, que nos lecteurs les plus hardis contribueront à éclairer tout un pan de l’histoire du Moyen Âge grâce aux contenus cachés qu’ils mettront au jour en utilisant le code secret du Tarot de Marseille.
En exposant les chiffres de la cryptographie à la fois simple et complexe du Tarot de Marseille, nous prétendons donc poser les bases de l’exégèse moderne d’un langage qui fait partie du patrimoine de l’humanité, un langage qui renvoie directement à celui que parlent les pierres des cathédrales.
[1] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome II, p. 344
[2] La stéganographie est l’art de transmettre un message secret sous une forme qui n’attire pas l’attention.
[3] Nicolas de Cues
[4] Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, p. 30
[5] «Le XIIe siècle est le siècle classique par excellence(…)».
Dictionnaire du Moyen Âge, p. 297
[6] Eliade en retrouve les bases dans les Upanisads hindous.
[7] «Une bouche qui se permet de parler ainsi ne mériterait-elle pas d’être fermée à coups de bâton plutôt que réduite au silence par une réfutation en règle ?»
Bernard de Clairvaux, cité dans le Dictionnaire du Moyen Âge, p. 1100.
Les positions d’Abélard sur le plaisir et le péché étaient très controversées, sa relation avec l’étudiante Héloïse l’était tout autant; mais ce qui scella son sort, ce fut son introduction de la dialectique en théologie. Celui qu’on a appelé le Docteur Invincible survécut à une tentative d’assassinat de la part des moines de l’abbaye où il avait trouvé refuge. Il ne put toutefois échapper aux condamnations doctrinales et à l’émasculation. On lui doit une autobiographie au titre plaisant de Historia calamitatum (Histoire de mes malheurs).
[8] Dictionnaire du Moyen Âge, p.703
[9] Charles de Rémurat, Abélard
[10] En 1022, dix chanoines reconnus coupables de manichéisme furent brûlés à Orléans par Robert le Pieux. Il s’agit là du premier bûcher de l’histoire de l’hérésie en Occident. Ce roi fut excommunié pour libertinage quelques années plus tard ! À Soissons, c’est le peuple qui brûle un des siens, suspecté de manichéisme. Mais en 1148, bien que le second Concile de Reims ne condamne qu’à la prison l’hérétique breton Éon de L’Étoile, ses disciples sont pourchassés et brûlés par le duc Conan.
[11] Pour décrire l’Inquisition. «Les temps sont à la sottise et à la cruauté.» Marguerite Yourcenar, L’œuvre au noir.
[12] Certaines pièces du trésor de Saint-Denis peuvent toujours être admirées de nos jours, au Louvre notamment. Au sujet de l’accumulation des richesses par les moines de cette abbaye, «(…) certains historiens ont pu parler de <<mécénat religieux>>, dont Suger aurait été le théoricien. En se faisant bâtisseurs, en amassant des trésors, les moines rendaient grâce à la toute-puissance de Dieu.»
Dictionnaire du Moyen Âge, p. 897
[13] Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, p. 707
[14] Dictionnaire du Moyen Âge, p. 290
[15] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome III, pp. 113-14
[16] Laurent Vissières, Le grand jeu des chiffres et des lettres, revue Historia, no 714, juin 2006, p. 50
[17] « … le <<lobby templier>> d’Occident dont les trois grands abbés Suger (Saint-Denis), saint Bernard (Citeaux) et Pierre le Vénérable (Cluny) sont les personnalités les plus éminentes (…)»
Alain Demurger, Vie et mort de l’ordre du Temple, p. 126
[18] Nous croyons qu’une des raisons possibles est que Suger aurait essayé autant que possible de ne pas contrarier Bernard de Clairvaux qui avait imposé des restrictions sévères dans son ordre au sujet de la présence d’images dans les monastères.
[19] Michel Bur, Suger, abbé de Saint-Denis, régent de France, p. 232
[20] Le vrai Denis vivait au 1er siècle ; il a été converti par saint Paul.
[21] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome III, p. 238
[22] L’hérésie des Éonistes fut sévèrement réprimée car la dérive religieuse se doublait de revendications sociales. À la demande du pape, Conan de Bretagne fit ronfler les bûchers. Suger obtint la vie sauve pour le chef du mouvement, le moine renégat Éon de l’Étoile et c’est à lui que fut confié la garde du condamné.
[23] L’ancêtre du Bréviaire
[24] Il aurait voulu importer en France à l’aide de péniches des colonnades romaines de plusieurs tonnes !
[25] Le T en littérature alchimique est une convention pour le mot trésor.
[26] Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, p. 656
[27] «De toutes les difficultés que nous avons rencontrées, celle que présentait l’étude de la littérature théologique du Moyen Âge était peut-être la plus grave. Quand on se trouve pour la première fois en présence du monument élevé pendant dix siècles par les docteurs, on est accablé de son énormité.
«Mais lorsqu’on a commencé à entrer dans l’examen des commentateurs de l’Écriture, des liturgistes, des encyclopédistes, on s’aperçoit avec surprise qu’ils se répètent indéfiniment. (…) Il en résulte que l’immense bibliothèque du Moyen Âge se réduit, en dernière analyse, à peu de choses.»
Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, pp. 21-22.
[28] «The solution of secret codes may be the pursuit of the few.»
John Chadwick in The Decipherment of Linear B. Cité par Simon Singh dans L’histoire des codes secrets.
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