Introduction : L’abbé bénédictin Suger, le créateur du Tarot

Nous allons maintenant parler de Suger. Le Tarot, ce jeu de cartes d’apparence anodine, est le véhicule d’une somme d’informations considérable. Pourtant, ses différents rouages narguent les analystes depuis des siècles. D’après l’historien Mircea Eliade, le procédé n’est pas nouveau : il s’agit d’un « (…) processus dialectique bien connu dans l’histoire des religions : l’épiphanie du sacré dans un objet profane constitue en même temps un camouflage ; car le sacré n’est pas évident pour tous ceux qui approchent l’objet dans lequel il s’est manifesté. » [1] On cache, on dissimule, afin de révéler.

Le goût de la dissimulation et du mystère est profondément inscrit dans la nature humaine. Le plaisir n’est pas absent du processus. Le Tarot est un jeu. Personne ne se doutait au moment où il a fait surface pendant la Renaissance qu’il pouvait être autre chose qu’un divertissement pour les élites ou un amusement pour les masses. Ce n’est que depuis deux siècles que l’on se doute qu’il y a anguille sous roche. Nombreux sont ceux qui se sont penchés sur le Tarot dans l’espoir d’en décrypter les mystères, en vain. Pour utiliser l’expression consacrée, son mode d’emploi ne nous est pas parvenu. Du fantastique délirant au rationalisme exacerbé, les interprétations les plus extravagantes n’ont fait qu’ajouter au camouflage du Tarot.

De notre côté, nous soupçonnions que le travail avec ou sur le Tarot devait être au nombre des exercices spirituels de ses premiers utilisateurs. Ce qui commença clairement à nous apparaître, c’est que cet ensemble illustré avait été conçu à l’origine comme un oracle permettant de prendre connaissance de la volonté divine. C’est que le mot Tarot lui-même est une forme codée et fort simple du terme oracle. Ce mot nous vient du latin, oraculum. Il signifiait, au XIIe siècle, lieu sacré. Ainsi donc, le Tarot fut à l’origine et dans l’esprit de ses concepteurs un autre de ces médiateurs donnant accès à un lieu, un endroit virtuel – pour employer une tournure contemporaine- où on se retrouverait en présence de la lumière divine.

Plus tard, au XIVe siècle, le mot oracle en vint à signifier la parole de Dieu elle même telle qu’on pouvait l’entendre ou la lire à travers le message des apôtres ou des prophètes. Une piste conduisant vers des religieux se précisait. Nous étions de plus en plus convaincu d’être en présence ici d’une Échelle de Jacob servant à se rapprocher des Cieux. Dans l’esprit de ses concepteurs, les degrés de cette échelle devaient également servir de pont vers les abîmes infernaux, la divination au Moyen Âge étant souvent définie comme un commerce avec les démons. Le contenu sulfureux d’un des niveaux de lecture du Tarot est tout à fait instructif à cet égard. Comme on le verra, cette descente initiatique aux Enfers pourrait bien avoir été la condition sine qua non de l’accès à la divination.

Ce qui est probable toutefois, en ce qui concerne la période historique qui va nous occuper, c’est qu’une telle initiation de l’adepte ou de l’élu lui était présentée, dans un cadre élargi de sa foi chrétienne, comme sa participation à une quête collective du salut de son âme individuelle et de celle de l’humanité, l’anima mundi. En ce sens, l’utilisateur du Tarot ne pouvait être à l’origine que membre d’un ordre religieux, la formation nécessaire à une telle démarche ne se retrouvant que dans les écoles religieuses et les monastères. S’ils faisaient du fromage, des liqueurs et de la bière, les bons moines si connus pour leurs recettes secrètes alambiquées étaient fort capables d’inventer un tel recueil d’images.

C’est en tous cas la thèse qui sera défendue tout au long de cet essai. Le fil conducteur qui nous guidera à travers cette entreprise sera justement que le Tarot est la création de religieux. Leur dessein paraîtra peut-être parfois difficile à comprendre. Nous nous apercevrons souvent que certains des thèmes traités à l’intérieur d’une même image renvoient à des visons différentes et parfois contradictoires. C’est ce que font de manière plus ou moins harmonieuses les théologiens et les fabricants d’images du Moyen Âge, en combinant contradictions et chevauchements. On pourra par exemple reconnaître sur le même dessin, ici une figure de roi et celle du Christ, là celles d’un saint et d’un homme du commun.

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Malgré sa complexité, nous croyons qu’avec une bonne dose de foi et d’enthousiasme, on peut encore faire parler aujourd’hui ce que d’aucuns appellent un livre muet. Pour bien l’entendre cependant, il faut faire l’effort de se replonger dans le contexte qui l’a vu naître. Un apprentissage théorique des contenus du Tarot est possible pour celui ou celle qui cherche à éduquer son ignorance[2], à étayer ses intuitions. En apparence ce jeu de cartes d’origine médiévale reproduit un ensemble de 78 miniatures numérotées et/ou titrées. «L’art du Moyen Âge est d’abord une écriture sacrée dont tout artiste doit apprendre les éléments.» [3]

L’image médiévale avait trois fonctions : enseigner, remettre en mémoire, émouvoir. On lui reconnaît aussi la faculté de mettre l’observateur en contact avec le prototype qu’elle représente. Le transitus est le nom donné à cette fonction, une notion néoplatonicienne empruntée par saint Thomas d’Aquin au Pseudo-Denis L’Aréopagite. L’inscription du nom du prototype sur l’image signait cette relation. Il peut être intéressant de noter que les classes populaires orientales attribuaient un pouvoir incroyable aux images, au même titre que celui attribué aux reliques par exemple.

Mais contrairement à ce qui se passe en Orient, où la vénération des icônes est un article de foi depuis le deuxième Concile de Nicée en 787, on ne peut parler de culte de l’image en France ou dans l’Église Occidentale du Moyen Âge. Le populaire a un accès restreint à ces représentations figurées. Certains artefacts sont illustrés. À mesure qu’on avance dans le temps, le pouvoir des images – et celui des artistes – se renforce. On n’a qu’à penser aux fresques et mosaïques murales des églises, vitraux, icônes portatives, enluminures de manuscrits, retables d’autels,  ostensoirs, images de dévotion, etc. L’imagerie est religieuse et renvoie de façon typiquement néoplatonicienne à la réalité invisible dont elle est la représentation. L’imagerie profane existe elle aussi que ce soit dans les manuscrits médicaux, astronomiques et historiques ou dans les portraits, paysages et natures mortes.

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En surface, le traitement des sujets illustrés du Tarot semble des plus orthodoxes. Des éléments essentiels de la nature du jeu, un code secret n’étant pas le moindre de ceux-ci, n’ont cependant jamais été percés à jour. Notre défi sera de tenter de mettre quelques-uns de ces éléments en lumière en situant le jeu et ses contenus dans ce contexte historique d’origine. Code, le mot est lancé. C’est ce code qui, à notre avis, assure la continuité d’esprit à travers la chaîne des générations d’Artistes qui ont mis la main à la pâte du Tarot. C’est ce code qui va nous permettre de nous inscrire à l’autre bout de cette chaîne, de cette courroie de transmission.

Ce code, c’est la lentille qui nous aidera à explorer ce qui se cache derrière la voûte étoilée des Arcanes. Pour cela donc, il faut nous en remettre à l’art de la cryptographie. En adoptant cette démarche, nous ne ferons qu’imiter les artisans de ce qui deviendra notre objet d’étude. Les auteurs du Tarot s’intéressaient certainement à l’avenir. Le courant néoplatonicien qui traverse cette période fait place à la pratique de la magie rituelle et à la divination.[4]

Mais leur champ d’expertise privilégié était d’abord, tout comme nous, l’observation et l’interprétation du passé. La cible préférée des investigations théologiques au XIIe siècle est l’Antiquité gréco-latine, la période classique.[5] Il ne faudra pas se surprendre si, au cours de nos recherches, nous découvrons des éléments graphiques ou des codages qui se rapportent à des conceptions philosophiques de cette période particulière ou à certains de leurs développements subséquents. En procédant à l’exégèse du jeu, nous allons tenter de faire cohabiter la froide logique de l’examen parfois aride des symboles et des nombres avec l’évocation de la beauté intrinsèque de leur caractère numineux.

Car voilà peut-être le but ultime de l’étude du Tarot. Le déchiffrement de ses plus beaux atours, comme celui des textes liturgiques de toutes les religions, renvoie l’interprète à cette part indéfinissable de lui-même qui est à la base de l’expérience mystique. Nous exposerons tout particulièrement la structure qui lie les Arcanes entre eux ainsi que le codage de ceux qui portent un nom. Nous proposerons de reculer de près de deux siècles la date d’introduction de l’alphabet moderne. Et nous mettrons fin aux spéculations en répondant de façon définitive à la question qui hante les historiens et les occultistes occidentaux : Quel est l’âge du Tarot ?

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La réponse que nous donnerons à cette question va nous mener au cœur de l’histoire de la chrétienté médiévale – sans exclure des incursions vers les deux autres grandes religions monothéistes. On découvrira la conception que se fait du monde une petite élite de lettrés du Moyen Âge, qu’ils soient moines, alchimistes, astrologues, cabalistes, troubadours, mathématiciens, grammairiens, philosophes, maçons bâtisseurs de cathédrales. En fait, nous croyons que le jeu s’apparente – sans en avoir l’apparence – aux traités de science divine et de théologies monastique et symbolique. Ces voies de connaissance privilégiées par les moines permettaient de favoriser l’ascension de l’âme du théologien et du mystique hors du sensible pour l’unir à Dieu.

Le développement de la scolastique, une voie plus rationnelle, ne viendra qu’au début du XIIIe siècle. Mais nous sommes en plein XIIe ; Bernard de Clairvaux (1090-1153) écrit le Salve Regina et ses sermons sur le Cantique des Cantiques, Hildegarde de Bingen (1098-1179) reçoit les visions qui sont à l’origine de son Scivias, Connais les voies et Suger (cir.1081-1151) inaugure l’art gothique. On cherche à atteindre le ciel. À bien des égards, le Tarot est le reflet fidèle de ce climat intellectuel.

Les projets encyclopédiques qui nous viennent du Moyen Âge ont en commun avec les démarches étymologiques parallèles ce souci constant de tenter de pénétrer le secret de la nature et des choses afin d’y trouver la trace du Créateur.  Le monde n’y est pas considéré pour lui-même. Un auteur contemporain dont le nom nous échappe parle des encyclopédies médiévales comme de véritables auberges espagnoles, ce que semble être à bien des égards le Tarot. Néanmoins, ces entreprises intellectuelles donnent accès aux clercs et aux laïcs intéressés par ces questions à une certaine partie du corpus littéraire de l’Antiquité.

Le XIIe siècle est évidemment une période charnière puisqu’il voit apparaître les traductions latines de nombre des textes fondateurs de la Grèce antique qui n’étaient disponibles qu’en arabe. Sans parler de raz-de-marée, cette vague de traductions va toutefois donner un essor considérable à la culture européenne. Nous croyons que le codage du Tarot s’est effectué en collaboration avec les artisans de l’élaboration des mots de la langue française naissante. Suger en son temps est entouré de grammairiens illustres comme Pierre Abélard et Guillaume de Conches (cir. 1085- cir. 1155). Ensemble, ils font figure de sages-hommes en accouchant de sa matrice latine la langue romane naissante.

La démarche étymologique est le pilier central de la recherche intellectuelle à l’époque de Suger. «Au delà de la grammaire, (l’étymologie) est une recherche de l’origine qui permet de remonter non seulement au sens des mots, mais à l’essence des êtres et de choses (…)». (Dictionnaire du Moyen Âge, p. 730) Nous proposons que c’est dans cet esprit que Suger se permet d’altérer et peut-être même de créer certains des mots de cette langue nouvelle. C’est en tous cas ce que leur présence dans le Tarot nous suggère. C’est en tous cas ce que leur présence dans le Tarot nous suggère. C’est ainsi, par exemple, que l’impératrix latin devient impératrice dans le Tarot même si, en langue romane, il apparaît plutôt comme empereriz. De même, l’estoile devient l’étoile afin de pouvoir y insérer grâce à une astuce graphique … le toule ! Et ainsi de suite. Les Y se mettent à remplacer les I et vice-versa et l’emploi un peu anarchique du S et du Z se régularise.

Certains des mots nouveaux utilisés par Suger pour coder son Tarot vont passer dans la langue courante même s’il faudra attendre quelques siècles pour les redécouvrir. Nous ne prétendons pas ici réinventer la roue. Les spécialistes de Suger reconnaissent tous que le bon abbé fait un usage de la langue qui lui est tout à fait particulier. Plusieurs raisons ont été amenées pour tenter d’expliquer son latin de cuisine. La nôtre est qu’il code certains de ses écrits, en roman comme en latin.

Cet essai entend démontrer que le codage du Tarot s’est effectué en collaboration avec les artisans de l’élaboration des mots de la langue française naissante. Suger en son temps est entouré de grammairiens illustres comme Pierre Abélard et Guillaume de Conches (cir. 1085- cir. 1155). Ensemble, ils font figure de sages-hommes en accouchant de sa matrice latine la langue romane naissante.

Certains ne verront ici que prétention de notre part afin d’expliquer des anachronismes étymologiques. Qu’ils étudient l’œuvre latine de Suger, dans le texte de ses livres ou dans la pierre de sa basilique ! Celle-ci est pleine des mêmes inventions langagières. Le bon abbé a transposé dans la langue française naissante les mêmes pirouettes linguistiques en latin médiéval qui irritent tant les historiens. Dans les deux cas, il nous apparaît clairement qu’il prend cette liberté pour coder, pour participer à cet art mineur auquel même saint Bernard a succombé.

La langue romane est donc façonnée à partir de cette époque inspirée par la recherche de Dieu dans le monde, une recherche qui se fait également dans les mots même de la Bible, que l’on tient pour codée. À nouveau, nous croyons qu’on devait également chercher Dieu dans les mots de cette langue vernaculaire naissante, le roman, et au besoin l’y trouver en donnant un coup de pouce lors de leur élaboration afin de faire coïncider orthographie et valeur ajoutée, qu’elle mathématique ou même théologique.

«Une caractéristique majeure des Glosulae est d’énumérer et de discuter les opinions de théologiens sur le <<verbe substantif>> (sum= esse), faisant ainsi entrer en grammaire les problèmes logico-ontologiques de la prédication. Les mêmes problèmes revenant dans le De Grammatico d’Anselme et chez Abélard, on peut parler, au XIIe siècle, d’une véritable <<conjonction grammaire-logique-théologique>> qui se manifeste dans bien d’autres domaines encore, dont celui, crucial, pour l’âge gréco-latin de la métaphysique (…).» (Dictionnaire du Moyen Âge, p. 606)

Et, préciserons-nous, dans le domaine de la valeur numérico-physique des mots. À ce sujet, on verra ailleurs dans cet essai que Suger ajoute trois lettres au roman (J, U et W) en puisant dans les variations existantes de certaines des 23 lettres de l’alphabet latin. C’est dans ce climat d’édification bien particulier que vivent les moines bénédictins. La vie monastique accorde une large place à la lecture, tant collective qu’individuelle, de la Bible et de ses exégètes. Les mieux formés atteignent les buts ultimes de la lecture monastique qui sont la méditation et la contemplation. La lectio conduit à la contemplatio.

C’est le credo fondamental de l’École claustrale parisienne de Saint-Victor dont les membres obéissent à la règle augustinienne. Le mystique Hughes, son premier théologien, est d’ailleurs appelé le nouvel Augustin. Toute sa démarche vise à organiser la science profane autour de la science sacrée. (On lui doit aussi quelques textes sur les bonnes manières à table) Où est Dieu ? Dieu est partout ! «Hughes de Saint-Victor est le plus systématique artisan d’une théologie symbolique : pour lui, notre univers exprime le dieu créateur dont il porte la marque.» (Dictionnaire du Moyen Âge, p. 1383) En bref, il s’agissait de s’approcher de Dieu.

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On verra que la structure cyclique du jeu propose un itinéraire qui rappelle celui que le pèlerin entreprenait pour sauver son âme. Les lames majeures se déploient comme une série allégorique et analogique qui illustre le parcours par étapes d’un tel chemin initiatique. L’ouvrage est constitué de représentations de la vie au Moyen Âge; le Sauveur, Jésus, y apparaît sous forme cachée. Certains thèmes proviennent des Saintes Écritures et des textes néoplatoniciens du XIIe siècle.

Il s’agit ici du néoplatonisme de Denis L’Aréopagite dont les livres furent retraduits et commentés par L’Érigène au IXe siècle et interprété par les penseurs du XIIe. Hughes de Saint-Victor (cir. 1090-1141) est un de ceux-là. Ce moine très savant sera à l’origine d’une nouvelle traduction du corpus dionysien, la novo translatio qui sera complétée après sa mort par le moine Jean Sarrazin. C’est une théologie[6] dont le volet négatif ou apophatique inquiétera certains penseurs de l’Église du XIIIe siècle. Mais, à nouveau, dans la première moitié du XIIe, beaucoup était encore toléré même si certaines sorties de Bernard de Clairvaux annoncent déjà les excès à venir. Celui-là rappelle sévèrement ses contemporains à l’ordre.

Le penseur breton Pierre Abélard (1079-1142), le Docteur Invincible, la figure centrale de la philosophie au XIIe siècle, pour ne nommer que lui, a goûté à sa médecine.[7] Bernard était également fermement opposé à ce que les monastères recèlent quelque image que ce soit. Comme on va le voir un peu plus loin,  ceci n’est pas sans avoir un certain impact sur notre sujet. [8] De son côté, Pierre le Vénérable (cir. 1094-1156) mène un combat purement intellectuel contre l’hérétique Pierre de Bruys. En général, on discute avec ceux que l’on soupçonne d’hérésie, on tente de leur apporter la prédication. «La controverse était, à cette époque, la forme naturelle de l’esprit humain.» [9]

Thèses et réfutations s’affrontent. Il y a des limites à ne pas franchir, bien sûr, les tracasseries et les remontrances administratives, les condamnations doctrinales même, sont nombreuses. Il y aurait aussi eu quelques gibets de dressés. Mais on ne brûle pas encore, ou si peu.[10] Les temps ne sont pas à la sottise et à la cruauté, pour reprendre l’expression de Marguerite Yourcenar. [11] Savonarole et Torquemada ne sont pas encore nés.

Lorsqu’on se réfère aujourd’hui à la période qui couvre les XIIe et XIIIe siècles, de 1125 à 1275 environ, on la qualifie de Beau Moyen Âge. Ce n’était évidemment pas une époque sans travers. Les conditions de vie des serfs n’étaient pas idéales. Mais ce fut semble-t-il un âge d’or dans bien des domaines, une véritable Renaissance avant la lettre. C’est la seule période qui pouvait donner naissance au Tarot. Nous croyons que le jeu a été créé à cette époque par des moines bénédictins de l’abbaye royale de Saint-Denis, ce formidable centre culturel et religieux du monde médiéval européen. Tout ce qu’il y avait de disponible en Europe sur la sagesse hellénique du monde antique y était déposé. L’endroit servait également de nécropole aux rois de France.

Nos recherches nous ont amené à conclure que le moine Suger, abbé de Saint-Denis, fut le père du projet. Son nom est codé dans le titre de l’Arcane XX, Le jugement. Le code en question a servi à encrypter un vitrail et des inscriptions latines de son abbaye. Suger fut régent du royaume de France. C’est l’un des plus importants protecteurs des Templiers en Occident. On dit de lui qu’il a parcouru à pied et à cheval toute la chrétienté ; d’après Émile Mâle, il a effectué trois voyages en Italie sur la fameuse route des pèlerins et des jongleurs, la Via Francigena. Un pèlerinage l’aurait mené jusqu’au Mont-Saint-Michel de Gargano.[12]

Nous croyons que c’est lors de sa mise en disponibilité temporaire par Louis VII au lendemain de son sacre à Reims que Suger aurait trouvé le temps de transformer et mettre au goût du jour un jeu de cartes Tzigane, le peuple nomade originaire des Indes. Les Tziganes utilisaient un jeu qui était composé de trente-deux cartes en cuir. Les images ou chaturangas provenaient de l’Inde. Nous croyons que ce jeu s’est retrouvé entre les mains de moines qui exploitaient les hostelleries de pèlerins dans les Balkans, une région qui était à l’époque un corridor privilégié vers la Palestine, et l’Orient.

Au XIIe siècle, les Tziganes sont déjà présents dans les Balkans et certains parmi eux étaient employés comme domestiques dans les monastères. Hormis leurs cartes de cuir, les membres du peuple rom, comme ils s’appellent entre eux, utilisaient de petites plaques rondes de nacre gravées pour la divination. Nous ne savons à peu près rien de ces artefacts, la transmission orale de leurs traditions garantissant aux Roms le secret sur leurs coutumes spirituelles. Mais il est plus que probable que certains clercs et nomades partageant un intérêt commun pour la divination se soient influencés mutuellement.

L’histoire des Roms est faite d’une succession d’emprunts culturels et d’échanges en tous genres. Une fois inscrits dans le circuit monastique, ce n’était qu’une question de temps, quelques décennies tout au plus, avant que quelques belles pièces de nacre n’atterrissent dans le trésor de Saint-Denis.[13] Le jeu en cuir aurait suivi. Tout un itinéraire… C’est justement le sens du  mot rom (plus précisément, le chemin). Nous soutenons que l’abbé Suger a effectué cette rénovation des cartes rom en parallèle avec celle de son église abbatiale, l’œuvre pour laquelle il est le plus connu.

Suger est le père de l’art gothique. Sa connaissance du symbolisme en fait le maître du Moyen Âge en ce domaine. Son église est le modèle de toutes les cathédrales dont le début de la construction remonte au milieu du XIIe siècle. L’historien du XIXe siècle Émile Mâle souligne que Suger a également laissé une production littéraire d’un grand intérêt historique. «Le seul document de ce genre que nous ait transmis le Moyen Age est le livre que Suger a consacré à l’église de Saint-Denis. Les pages où il décrit les vitraux de la basilique sont capitales. On y voit que l’abbé avait choisi les sujets, qu’il les avait savamment ordonnés, et qu’il avait voulu composer lui-même les inscriptions qui rendent ces œuvres symboliques un peu moins obscures.» [14]

Le document dont il est question ici, le De Rebus in administratione sua gestis a été rédigé des années avant le début des travaux de rénovation de l’église abbatiale. Il permet en effet d’expliquer son œuvre mais aussi de témoigner des merveilles qu’il a conçues – des vitraux, par exemple – et qui n’ont pas résisté aux outrages du temps. Son texte le plus connu est cependant cette Vie de Louis Le Gros qui marque le début d’une entreprise historique visant à relater l’histoire du royaume. «Suger est donc à l’origine de la double mission qui allait inspirer l’activité historiographique de Saint-Denis jusqu’au XIVe siècle : la composition d’une histoire de France de mieux en mieux documentée et la rédaction de l’histoire des différents règnes.» [15]

L’abbé Suger, l’historien comme l’administrateur, n’écrivait qu’en latin mais nous entendons démontrer que certaines de ses inscriptions n’ont été rédigées qu’en fonction d’un décodage avec les chiffres du code secret du Tarot de Marseille. Cette affirmation ne surprendra que ceux qui ne sauraient pas qu’une telle pratique relève d’un art littéraire mineur, le cryptogramme, un procédé de style dans lequel excellait Bernard de Clairvaux lui-même. On peut également rappeler que Suger était un tachygraphe émérite, c’est-à-dire, qu’il écrivait rapidement à l’aide de signes conventionnels.

D’après Sabina Flanagan de l’Université d’Adelaïde en Australie, sainte Hildegarde de Bingen elle-même utilisait un «langage inconnu» (lingua ignota) et un «alphabet inconnu» (litterae ignotae), deux systèmes qui restent encore largement énigmatiques. Pour Mircea Eliade, « (…) depuis le XIIe siècle les secrets et l’art de les dissimuler s’imposent dans des milieux assez divers. (…) Les langages secrets aussi bien que la prolifération de personnages légendaires et énigmatiques et d’aventures prodigieuses constituent en eux-mêmes des phénomènes para-religieux. (…) il faut tenir compte de l’intention des auteurs de transmettre par le truchement de leurs œuvres, une certaine tradition ésotérique (…)».[16]

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Suger était associé, cela est bien établi, avec les plus hautes sphères de l’ordre religieux et militaire naissant du Temple, tout comme Bernard de Clairvaux d’ailleurs.[17] Ce n’est certes pas son plus grand titre de gloire. Mais nous croyons que le nouveau jeu, qui aurait d’abord été conçu discrètement [18] dans l’atelier d’historiographie de l’abbaye Saint-Denis sous forme manuscrite, aurait ensuite fait l’objet d’une production manuelle limitée, là où était disponible le papier, dans le monde arabe, en Espagne notamment où il apparaît dans la région de Valence dès 1144 ainsi qu’en Cilicie franque ou arménienne dans ces territoires latins de Palestine où la féroce milice chrétienne avait établi ses premières bases orientales.

C’était un produit de qualité, pas comme ce papier de chiffe qui apparaît au XIIe siècle. On peut concevoir que les Bénédictins aient importé ce papier de Palestine, d’Espagne ou d’Italie où il apparaît dès le XIIe siècle donc,  même si le premier atelier de papier de l’Occident chrétien n’est installé qu’en 1276, à Fabriano. Les moines de Saint-Denis sont des experts en commerce international ; dès le VIIe siècle ils exploitent la route des grenats qui relie les Indes… à leur monastère. Grenats, nacre, cartes, même parcours. Après deux siècles de sanglantes campagnes militaires (1120-1312) au service des pèlerins, des croisés et de ses propres intérêts, l’ordre du Temple a été dissous par le pape suite aux accusations d’hérésie portées contre ses membres par le roi franc, Philippe le Bel.

Le maître du Temple, Jacques de Molay (cir. 1243-1314), est brûlé en fin de journée à Paris le 18 mars 1314, à l’heure de vêpres. Les Templiers se dispersent alors dans toute l’Europe, en France, en Ibérie et au Portugal notamment. Plusieurs auraient tenté de se regrouper en Italie du Nord, en vain semble-t-il. C’est là cependant, probablement suite à une exportation via la Via Francigena, que les premières imitations profanes du Tarot font leur apparition un siècle et demi plus tard sous le nom de tarocco ou tarocchi. L’introduction généralisée du papier d’abord puis de la xylographie et de l’imprimerie dans l’Europe de cette période permet alors sa diffusion en masse.

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Suger est un contemporain de Hugues de Saint-Victor. Leur parenté spirituelle apparaît aussi évidente que l’était leur proximité géographique et temporelle. Les historiens s’accordent aujourd’hui pour reconnaître à Suger le mérite d’avoir inscrit dans la pierre de son église abbatiale des éléments de la philosophie néoplatonicienne de Denis L’Aréopagite telle que l’interprétait Hughes. À la base de celle-ci se trouve la reconnaissance du caractère divin de la Lumière. Suger trouvait chez Hughes de Saint-Victor, le meilleur interprète de cette doctrine. «Suger n’était pas philosophe de métier. Tout imprégné qu’il fut du mode de pensée dionysien, il avait besoin pour l’affermir, de l’aide d’un vrai théologien. Au moment de faire peindre sur les portes ou graver sur les murs les inscriptions conçues pour indiquer le sens profond de son œuvre, il trouvait  chez Hughes de Saint-Victor le meilleur interprète de la doctrine du bienheureux fondateur de l’abbaye.» [19]

C’est cette philosophie de la Lumière qui a donné naissance à l’art gothique ou art ogival. Les cathédrales construites à partir de cette période sortent toutes de ce moule architectural et spirituel. Elles sont des triomphes de luminosité, de celle qui émane du «soleil théarchique» du Pseudo-Denis L’Aréopagite, ce moine syrien du VIe siècle dont l’œuvre influence toute la philosophie et la théologie du Moyen Âge.[20]

Nous prétendons que c’est la rencontre entre cette philosophie d’une part et celle qui sous tend la mouvance hermétique alchimique d’autre part qui a donné naissance au Tarot. S’y retrouvent également des éléments qui tiennent de la farce bouffonne et de l’hérésie ; celle du prophète Manes, ou Mani, (216-277) notamment – qui provient de l’Osirianisme de l’Égypte antique et qui est la plus tenace – est clairement illustrée dans quelques lames.

La lame XII, Le pendu, dont un niveau de lecture met en scène le thème central du manichéisme de Jesus Patibilis en est l’exemple le plus évident. Nous allons montrer que le jeu est le produit de la même fermentation intellectuelle qui a donné au monde ces grands vaisseaux de pierre que sont les cathédrales gothiques. Il en a la structure et l’esprit. Ses créateurs ont inscrit dans la cire de leurs tablettes, puis sur du parchemin ou des gravures sur bois, les mêmes semences que les artisans confiaient à la pierre et aux vitraux.

On le verra, se familiariser avec les origines du jeu sera un peu comme entrer en religion. Qu’on se rappelle seulement que le catholicisme de l’époque est loin d’être figé. «Dans une histoire <<totale>> du christianisme, il faut (…) tenir compte des créations spécifiques aux populations rurales. À côté des différentes théologies construites à partir de l’Ancien Testament et de la philosophie grecque, il importe de considérer les esquisses de <<théologie populaire>> :  on trouvera réinterprétées et christianisées, nombre de traditions archaïques, depuis le néolithique jusqu’aux religions orientales et hellénistiques.» [21]

C’est justement au sein des populations rurales, dans les campagnes que survivait le plus ce qui pouvait passer pour de l’hérésie.[22] Il s’agissait surtout de coutumes païennes. Le catholicisme se défendait patiemment contre elles ; il lui est arrivé de sévir  mais de façon purement dogmatique comme au second Concile de Constantinople, au IXe siècle ou on a rejeté la théorie de la transmigration des âmes et celle du caractère divin de la lumière. Il a plutôt cherché à  intégrer les éléments idolâtres qui séduisaient le populaire. Nous croyons que le Tarot est le témoin privilégié de tels apports. Suger les a intégré aux côtés d’éléments traditionnels puisés dans les sources plus conventionnelles à sa disposition.

On songe aux nombreux Lectionnaires[23], actes apocryphes des apôtres, textes des Pères de l’Église et vies de saints qui servaient à composer les sermons des offices religieux. Un siècle plus tard, c’est à ces mêmes sources que puisera Jacques de Voragine (cir. 1228-1298), prieur de l’Ordre des Prêcheurs de la province de Lombardie puis évêque de Gênes, pour rédiger sa Légende dorée. Suger aura également mis à profit les découvertes artistiques faites lors de ses nombreux voyages, en Italie notamment. On retrouve des éléments qui proviennent de la Rome antique dans le programme de rénovation de sa basilique. Il ne put tous les utiliser.[24] Comme nous allons le voir, le Tarot, lui, ne boude pas son bonheur à cet égard. Le Moyen Âge chrétien n’a-t-il pas couvé en son sein tout ce contenu antique qui allait finalement revenir à l’avant-scène pendant la Renaissance ?

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Comme le code secret du Tarot de Marseille permet d’arrimer le jeu à une période historique précise et d’illuminer celle-ci d’une lumière nouvelle, il nous faut faire le deuil de nombreuses conceptions désuètes. L’éclairage que nous proposons fait entrer le jeu et l’époque qui lui a donné naissance dans un nouveau paradigme. Il faut abandonner l’idée qu’il est né dans l’Italie de la Renaissance, une théorie populaire que nos recherches se trouvent à invalider. Nous sommes au XXIe siècle, à l’heure de l’euro; on ne peut continuer à compter éternellement en lires ! Les spécialistes reconnaissent que l’inspiration symbolique à la base de la constitution des images du Tarot est de même nature que celle qui a donné naissance à l’art gothique. On hésite encore cependant à placer l’origine du Tarot en France du XIIe siècle. Les preuves documentaires semblent inexistantes.

Ce débat rappelle les discussions contradictoires au sujet de l’origine du Roman de Renard. Là encore, la recherche n’a progressé qu’au moment où les chercheurs ont accepté de se pencher sur la nature même des différentes versions de ce texte plutôt que sur les sources documentaires existant à son sujet. Lorsqu’on acceptera d’examiner le jeu lui-même, on devra se rendre à l’évidence que ses codages ne peuvent qu’être le fruit de la période et de la région géographique que nous avons identifiés. En réalité, la possibilité que le Tarot original ait été un objet conçu dans le secret – et ne laissant donc peu ou pas de traces documentaire – correspond tout à fait aux critères qui définissent les paramètres de la recherche historique. Que le Tarot fasse d’abord surface à l’étranger à la suite d’un bris dans le voile qui recouvrait son existence est une hypothèse crédible. Qu’il réapparaisse ensuite dans son pays d’origine, après une longue période d’hibernation n’est que le corollaire obligé d’une telle hypothèse. Il nous appartient toutefois de jeter de la lumière sur l’opacité sémantique du Tarot. C’est ce que nous allons maintenant nous employer à faire. Pour cela, il nous faudra <<imaginer>> juste.

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Bien qu’une bonne partie de nos travaux porte sur l’application au Tarot de la symbolique des nombres (ou encore de la numérologie néoplatonicienne ou de l’arithmosophie), une des branches centrales de la philosophie médiévale, nous n’aborderons aucun aspect de ce qu’on appelle aujourd’hui en divination populaire la numérologie. Près de deux décennies n’ont pas permis à votre serviteur de déchiffrer, pardon, de défricher la totalité du champ de l’extraordinaire investigation que constitue le décryptage métamathématique du Tarot. Il espère néanmoins que ses lecteurs et lectrices lui pardonneront ses lacunes et seront inspirés par l’épique travail d’abattage épigraphique proposé ici. «En un semblable sujet, nulle interprétation personnelle n’est de mise. Ce n’est que dans les livres des théologiens du XIIe et du XIIIe siècle qu’il faut espérer trouver le sens de ces vastes compositions.» [25]

L’historien de l’art Émile Mâle parle bien sûr ici de l’étude de la cathédrale. Le conseil vaut également pour le Tarot même si Mâle fait une lecture un peu rapide des textes des théologiens du Moye-Âge.[26] Et il écarte d’emblée toute interprétation qui dévierait de l’orthodoxie catholique telle qu’il la conçoit à son époque. La religion catholique au XIIe siècle n’est pas quelque chose d’aussi statique. Tout ce qui concerne le code est aisément démontrable; nous croyons qu’il deviendra la Pierre de Rosette sinon de l’ésotérisme chrétien dans son ensemble du moins de l’étude du Tarot. C’est seulement dans l’interprétation de ses différentes applications concrètes qu’il y a encore matière à recherche et à discussion.

Il est probable que certaines des pistes que nous avons empruntées ne conduisent qu’à des culs-de-sac. L’intoxication guette ceux qui s’engagent sur la voie monacale de la symbolique des nombres. Si certains ont réussi à sauver ainsi leur âme, d’autres se sont damnés en essayant. On entre dans ce dédale comme dans un moulin. On n’en ressort pas facilement. Pour reprendre le mot de Victor Hugo : «Une âme perdue dans les antres de la cabale». C’est cela aussi le parcours du labyrinthe. Néanmoins, le défi lancé par la résolution heureuse des multiples énigmes qui composent cet ensemble de connexions métaphoriques imbriquées les unes aux autres devrait satisfaire ceux qui aspirent à plus que la grille «expert» de mots-croisés de leur quotidien du dimanche.[27]

C’est munis de la couronne et du fil, à l’instar de Thésée à sa sortie du dédale, que nos lecteurs les plus hardis contribueront à éclairer tout un pan de l’histoire du Moyen Âge grâce aux contenus cachés qu’ils mettront au jour en utilisant le code secret du Tarot de Marseille. En exposant les chiffres de la cryptographie à la fois simple et complexe du Tarot de Marseille, nous prétendons donc poser les bases de l’exégèse moderne d’un langage qui fait partie du patrimoine de l’humanité, un langage qui renvoie directement à celui que parlent les pierres des cathédrales.


[1] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome II, p. 344 [2] Nicolas de Cues [3] Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, p. 30 [4] Dans son livre Les mystères de l’Égypte, le penseur grec néoplatonicien Jamblique (245-325) s’est consacré à la défense des rites magiques. Son approche est résolument ésotérique. Voir Le dictionnaire abrégé des philosophes médiévaux, p. 324 [5] «Le XIIe siècle est le siècle classique par excellence (…)». Dictionnaire du Moyen Âge, p. 297 [6] Eliade en retrouve les bases dans les Upanisads hindous. [7] «Une bouche qui se permet de parler ainsi ne mériterait-elle pas d’être fermée à coups de bâton plutôt que réduite au silence par une réfutation en règle ?» Bernard de Clairvaux, cité dans le Dictionnaire du Moyen Âge, p. 1100. Les positions d’Abélard sur le plaisir et le péché étaient très controversées, sa relation avec l’étudiante Héloïse l’était tout autant; mais ce qui scella son sort, ce fut son introduction de la dialectique en théologie. Celui  qu’on a appelé le Docteur Invincible survécut à une tentative d’assassinat de la part des moines de l’abbaye où il avait trouvé refuge. Il ne put toutefois échapper aux condamnations doctrinales et à l’émasculation. On lui doit une autobiographie au titre plaisant de Historia calamitatum (Histoire de mes malheurs). [8] Dictionnaire du Moyen Âge, p.703 [9] Charles de Rémurat, Abélard [10] En 1022, dix chanoines reconnus coupables de manichéisme furent brûlés à Orléans par Robert le Pieux. Il s’agit là du premier bûcher de l’histoire de l’hérésie en Occident. Ce roi fut excommunié pour libertinage quelques années plus tard ! À Soissons, c’est le peuple qui brûle un des siens, suspecté de manichéisme. Et en 1148, bien que le second Concile de Reims ne condamne qu’à la prison l’hérétique breton Éon de L’Étoile, ses disciples sont pourchassés et brûlés par le duc Conan. [11] Pour décrire l’Inquisition. «Les temps sont à la sottise et à la cruauté.» Marguerite Yourcenar, L’œuvre au noir. [12] Émile Mâle, L’art religieux du XIIe siècle en France, p. 258 [13] Certaines pièces du trésor de Saint-Denis peuvent toujours être admirées de nos jours, au Louvre notamment. Au sujet de l’accumulation des richesses par les moines de cette abbaye, « (…) certains historiens ont pu parler de <<mécénat religieux>>, dont Suger aurait été le théoricien. En se faisant bâtisseurs, en amassant des trésors, les moines rendaient grâce à la toute-puissance de Dieu.» Dictionnaire du Moyen Âge, p. 897 [14] Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, p. 707 [15] Dictionnaire du Moyen Âge, p. 290 [16] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome III, pp. 113-14 [17] « … le <<lobby templier>> d’Occident dont les trois grands abbés Suger (Saint-Denis), saint Bernard (Citeaux) et Pierre le Vénérable (Cluny) sont les personnalités les plus éminentes (…)» Alain Demurger, Vie et mort de l’ordre du Temple, p. 126 [18] Nous croyons qu’une des raisons possibles est que Suger aurait essayé autant que possible de ne pas contrarier Bernard de Clairvaux qui avait imposé des restrictions sévères dans son ordre au sujet de la présence d’images dans les monastères. [19] Michel Bur, Suger, abbé de Saint-Denis, régent de France, p. 232 [20] Le vrai Denis vivait au 1er siècle ; il a été converti par saint Paul. [21] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome III, p. 238 [22] L’hérésie des Éonistes  fut sévèrement réprimée car la dérive religieuse se doublait de revendications sociales. À la demande du pape, Conan de Bretagne fit ronfler les bûchers. Suger obtint la vie sauve pour le chef du mouvement, le moine renégat Éon de l’Étoile et c’est à lui qu’est confié la garde du condamné. Éon est emprisonné à Saint-Denis où il meurt peu de temps avant Suger. Le fabuleux trésor de guerre des éonistes ne sera jamais retrouvé. [23] L’ancêtre du bréviaire [24] Il aurait voulu importer en France à l’aide de péniches des colonnades romaines de plusieurs tonnes ! [25] Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, p. 656 [26] «De toutes les difficultés que nous avons rencontrées, celle que présentait l’étude de la littérature théologique du Moyen Âge était peut-être la plus grave. Quand on se trouve pour la première fois en présence du monument élevé pendant dix siècles par les docteurs, on est accablé de son énormité. «Mais lorsqu’on a commencé à entrer dans l’examen des commentateurs de l’Écriture, des liturgistes, des encyclopédistes, on s’aperçoit avec surprise qu’ils se répètent indéfiniment. (…) Il en résulte que l’immense bibliothèque du Moyen Âge se réduit, en dernière analyse, à peu de choses.» Émile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, pp. 21-22. [27] «The solution of secret codes may be the pursuit of the few. » John Chadwick in The Decipherment of Linear B. Cité par Simon Singh dans L’histoire des codes secrets.

© Marc O. Rainville, 2008. Tous droits réservés



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2 réponses à Introduction : L’abbé bénédictin Suger, le créateur du Tarot

  1. Rom dit :

    Une théorie spéculative ? Hum… Pourquoi pas ! En ce qui concerne les maîtres-cartiers, on surestime leur importance, surtout au niveau de leur tradition symbolique justement. Qu’ils aient été maîtres-cartiers ou graveurs, les uns comme les autres sont redevables des connaissances symboliques héritées des ordres religieux monastiques. Les moines étaient des artistes inspirés, les cartiers, eh bien les cartiers étaient de bons ouvriers.
    Le Tarot nous vient d’un de ces artistes, le moine Suger. Et comme le disent les Américains, the proof is in the pudding ! Et, oui, le code a sommeillé pendant des siècles…
     »D’après l’historien Mircea Eliade, (…) l’épiphanie du sacré dans un objet profane constitue en même temps un camouflage ; car le sacré n’est pas évident pour tous ceux qui approchent l’objet dans lequel il s’est manifesté. » »

  2. fred dit :

    Tout ceci est bien interessant mais la théorie selon laquelle Suger serait créateur du tarot resta à ce jour purement spéculative.
    Aucun trace historique (ou archéologique), ou manuscrite ne confirme cette théorie. Rien ne permet de relier Suger au tarot, encore moins un tarot de la fin du XVIII ième dont tout les spécialistes s’accordent à dire qu’il n’est que l’ aboutissement d’une lignée évolutive de tarots plus anciens de parfois deux cent ans et qui a déja subi des altérations quant à ses symboles.
    Conver n’a probablement pas été initié par la tradition symbolique des maitres cartiers.
    D’ailleur Conver n’est pas le graveur, simplement le maitre cartier. Il ne faut pas confondre l’un et l’autre comme on confondrait un auteur et un éditeur.
    Pourquoi un code créé par Suger aurait sommeillé pendant plusieurs siècles et réapparut vers 1760 ? entre des mains disons « profane »
    Quant au code, en admettant qu’il fonctionne, s’il est bien caché dans le Conver, c’est qu’il a été créé au XVIII ième par le graveur,tout simplement. Suger n’a rien à y voir.

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