La figure de l’Apsara et le Tarot

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On reconnait les quatre suites mineures du Tarot aux bras de cette déesse qui représente la structure de l’Univers. Il s’agit d’une apsara, une danseuse et une courtisane céleste dont l’essence est aquatique. Elle est la source de la dynastie solaire. On voit que dans cette conception, la Terre est plate. Comme avec la jeune femme au centre de Le monde, la déesse prend appui sur les deux animaux à ses pieds. Ils l’empêchent ici de sombrer dans l’océan. D’après Mircea Eliade, l’ouverture au sommet de sa tête est la partie supérieure de l’Axe central qui relie les trois mondes, Ciel, Terre, Enfer.1

 

L’image de l’apsara Adda-Nari se confond avec celle de la nagi, la mère de la dynastie lunaire. Cette double image est un symbole de totalité. Éliphas Lévi y voyait résumée la clef de toutes les sciences occultes. Je soupçonne qu’il s’est inspiré des travaux sur l’hindouisme de Louis Jacolliot avant d’en arriver à émettre cette affirmation.

Dans sa conclusion à Dogme et Rituel de la Haute Magie, Lévi associe la figure de Adda-Nari à celle de la baigneuse de L’Arcane XVII. Notons la présence d’un serpent près de la tête de cette apsara. Le reptile se tourne résolument du côté humide de l’image où un jet d’eau douce part du sommet de la tête pour rejoindre l’océan primordial d’eau salée qui entoure le socle du monde symbolisé ici par le taureau et le tigre.

Cette eau douce, c’est le fleuve sacré, le Tigre. Elle jaillit du côté de la tige qui germe et de la coupe, symboles de la terre et de l’eau. Elle irrigue les Justes, symbolisés par le Taureau (Les injustes, le tigre, n’y ont pas droit!) De l’autre côté, le côté sec, l’épée torche, identique symboliquement à celle représentée en XV, et le fouet enroulé en forme de mandala ou de denier représentent les éléments feu et air. Le rôle symbolique du fouet est de répondre au vent et de baratter la mer afin d’en faire sortir la déesse.

Le fouet est également le symbole de la foudre, le pouvoir créateur et destructeur de Çiva. Le 5e élément, l’Éther, est représenté sur la robe du personnage par la fleur, pushpa. Rappelons qu’au Moyen Âge, les deniers sont toujours associés à une symbolique atmosphérique, pluie, manne, grêle, etc. Les deniers correspondent à l’élément air… Cette constatation s’impose d’ailleurs dès que l’on s’est habitué à voir l’épée correspondre à l’élément Eau.

Les trois autres éléments se rapportent d’eux-mêmes chacun à un autre symbole, selon la figure de l’Adda-Nari. Dans les sociétés initiatiques agricoles, le fouet et la torche sont utilisés conjointement pour attirer la foudre, et avec elle la pluie ; le rituel d’auto fustigation se pratique en groupe. Ces pratiques réapparaissent en Europe au XIVe siècle ; les flagellants se regroupent en cercles devant la cathédrale – se substituant ainsi au pouvoir théurgique de l’Église – afin de faire disparaitre par leur sacrifice la Grande Peste. La déesse porte au cou la chaîne des générations, du vivant et du mort, solidaires.

Mircea Eliade : «(…) les esprits : les âmes des vivants et des morts, les dieux et les démons, les innombrables figures – invisibles pour le reste des humains – qui peuplent les trois régions cosmiques.» 2

Ses pieds reposent sur une chaîne de montagnes afin de signifier la communication avec le Ciel. La couture cosmique du tissu céleste qui entoure sa tête représente la Voie Lactée. En Inde, dans la vie quotidienne, l’apsara est la divinité du jeu et des plaisirs. Celle que nous avons sous les yeux semble bien s’amuser avec les Arcanes mineurs du Tarot. Il y a une piste commerciale directe qui reliait le sous-continent indien à la France. Il s’agit de la route des grenats. Les moines de l’abbaye de Saint-Denis qui ont créé le Tarot au XIIe siècle sous la gouverne de leur abbé, Suger, utilisaient cette pierre précieuse pour la décoration de leurs objets précieux et ce dès le VIe siècle. Ces premiers Bénédictins les importaient directement de Ceylan et des Inde. Ils semblent donc avoir également été en contact avec certains éléments culturels, tel celui que nous venons d’aborder.

Cette route commerciale fut fermée au VIIe siècle.

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(1) Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome III, p. 14 et note 11(2) Id., p. 20

© Marc O. Rainville, 2008. Tous droits réservés


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10 réponses à La figure de l’Apsara et le Tarot

  1. Premdas dit :

    Petite précision, j’ai dit que le Trident se rapportait au symbolisme de la Croix, ce qui est vrai (d’ailleurs les gitans continuent d’appeller la croix « trishul »), mais c’est au symbolisme du Shin hébraïque (élement igné) qu’il est rattaché, plus qu’à celui du Taw (élement Terre). On retrouve d’ailleurs l’homologue du Shin… dans le nom de Shiva.

  2. Premdas dit :

    Encore une note sur l’Arddhanarishvara (Yin Yang hindou, c’est dire l’importance du symbole): les qutre attributs Epée, Trident, Fouet et Damaru sont tous associés à un aspect du Guna Tamas (Guna veut dire qualité, attribut), qui symbolise la « destruction » (c’est-à-dire en langage ésotérique la finalité, l’accomplissement; on retrouve d’aileurs la racine TM qui en hebreu signifie perfection), mais également, dans un sens plus négatif, l’obscurité, la pesanteur, l’attachement, la matièredans son aspect lourd et emprisonnant, ce qu’est tout symbole avant qu’il ne révèle le sens qu’il contient: une prison (voir arcanes XVI et XX).
    Le Trident se rapporte au symbolisme du Baton, de l’Arbre, soit la matière mise en mouvement (de croissance) par la puissance vitale, ignée (à transposer bien entendu par analogie sur le plan de la croissance spirituelle). Le Damaru est très proche du Trident; tout comme par sa forme exterieure et sensible, l’Arbre permet d’objectiver l’Essence ignée (spiurituelle) qui le fait croître et lui confère sa forme, le son qui s’échappe du Damaru symbolise l’Essence vibrante (et spirituellement « sonore ») qui s’exprime de la forme symbolique, dès que celle ci est considérée dans sa double nature (opposition/complémentarité mâle/femelle, Yin/Yang). Dans ces deux cas, le Guna Tamas est représenté comme forme sensible qui témoigne de la réalité intelligible dont elle est le support (ou le miroir: voir le Denier. Et oui, le Denier montre une fleur -en général, élement Air-, mais c’est un reflet…).
    Dans le cas du Fouet et de l’Epée, le Fouet et l’élement Eau nous attrappe, nous attache, ce qui se rapporte bien au coté obscur et agglutinant de Tamas; cependant, c’est bien par une illusion que l’Esprit nous enseigne, et la forme symbolique et objective (arcanes) est le seul moyen pour la Déesse de nous « attraper » pour nous faire réflechir et nous poser des questions, tant pis pour nous si nous sommes trop bêtes et nous attachons à la forme (pourtant on devrait bien sentir qu’elle cache quelque chose) plutot que de rechercher à en extraire le Sens. On peut ainsi se noyer dans un verre d’eau… car on ne peut pas tomber dans le IUGEMENT ouvert (on ne peut qu’en sortir), mais seulement dans le bassin de la LUNE ou on croupira alors le temps de muter…
    Et l’Epée… destructrice, également un aspect de Tamas, dans son aspect dissolvant cette fois (aérien), et non coagulant (terrestre).
    Nous voyons donc dans cet Arddhanarishvara quatre aspect d’un seul attribut divin, le Tamas symbolisé par Shiva et sa parêdre Shakti. On notera que dans les archétypes divins symbolisés (j’appuie bien sur ce dernier terme), le coté féminin est actif, quand le masculin est passif; c’est-a-dire que le principe masculin est contenu dans la forme, comme gisant dans la tombe symbolique, se manifestant au travers de la forme passive et néammoins pénétrante (donc mâle, de par l’Essence qu’elle contient) du symbole, qui relève du principe féminin (formel).

  3. Premdas dit :

    Et désolé pour le ton un peu rentre dedans de mes commentaires, je suis en fait un gars très gentil, mais c’est l’été et moi ausi j’adopte le mode « bien cuit »… et comme tu m’es plutot sympathique, je reprends ton dicton; qui aime bien chatie bien cuit!

  4. Premdas dit :

    C’est Eliphas Lévi qui à recopié ce dessin (ajoutant les erreurs) qu’il nomme « pentacle » hindou? Ah la la ces ésotéristes qui voient des pentacles partout!
    Notes que les serpents sont associés à Shiva, donc au coté mâle de l’Arddhanarishvara. C’est bien du chignon de Shiva que sort le Gange.
    Pour le Trident et le Damaru ici très mal représenté (il s’agit d’un petit tambour à deux faces), ce sont bien les attributs de Shiva. Le Trident ou Trishul est l’homologue de notre Croix, et symbolise également la triple puissance (Sattva/Rajas/Tamas dont j’ai parlé plus haut) toute entière contenue ou agglomérée dans la qualité Tamas (la dernière puissance agglutine donc les deux autres) qui permet en tant que Kriya Shakti (puissance actualisante) de les manifester dans l’objectivité. Comme la Croix statique +, le Trident est donc associé à l’élément Terre, mais désigne particulièrement le potentiel igné (Tejas, Feu) contenu dans la Terre, et s’exprimant d’elle verticalement. C’est donc l’homologue du Baton (symbolique de la sève et de l’arbre). Le Damaru avec ses deux faces rappelle le Denier, qui est bien une sorte de tambour; en tout cas, une espèce sonnante. Le Denier est associé à l’élement Terre, soit encore une fois le Guna Tamas actualisant/concrétisant que Shiva est censé représenter.
    De l’autre coté, fouet et épée sont ceux de Shakti, ou Maya, l’Illusion divine ou la double Nature qui avec le fouet nous attache et avec l’Epée nous délivre (romps les liens représentés par le fouet). Le fouet qui sert à attraper est Eau, qui symbolise nos attachements psychiques; l’Epée, Air, car comme l’Epée l’élement Air pénétre tout.

    La compréhension de la symbolique est affaire de méditation. Ta classification des symboles élémentaires n’est pas le fruit d’une telle méditation, mais dépends certainement de la construction de ta « grande roue », qui est fausse (désolé de le dire aussi crument, mais la structure originelle du Tarot ne suit pas la simple logique linéaire des chiffres 1, 2, 3 , etc.; mais je ne puis en révéler plus sur le sujet pour l’instant). A partir de cette construction faussée, tu as du associer les honneurs des arcanes mineurs aux majeurs selon le code que tu a trouvé. De là, cherchant à tout faire coïncider, tu as peut etre associé les symboles des Epées, Denier, Coupes, Batons, aux élements qui te semblaient le mieux correspondre à cette structure. Alors, restes sur ta classification si tu le veux, voit si cela fonctionne dans le temps et te permet de tirer un sens qui comme le réscucité du IUGEMENT « tient debout », ainsi qu’ un enseignement pragmatique; car autrement, les chateaux de cartes ne servent pas à grand chose. Généralement, rester sur sa position empèche d’avancer…

    Alors, au delà des bricolages de fortune, un peu de méditation sur les Epées et le Denier. Sinon, à quoi servent les symboles? La première chose qui vient à l’esprit, c’est que le Denier est une valeur objective, et de plus, gravée. Grave t’on les choses dans les airs? Les objective-t-on dans des cieux abstraits? Non, à l’évidence. On grave dans la pierre, la terre; on objective sur le plan sensible, terrestre. Par contre, on dit souvent que l’Epée plane au dessus de nos têtes, et de toute évidence, elle représente un instrument de choix pour graver le Denier. L’Epée pénétre tout, comme l’esprit.
    La méthode est toute simple; il suffit de méditer, de ressentir, de faire des analogies. Le Sens devient alors évident. Le code du Tarot et sa structure initiatique peuvent apparaitre progressivement, sans forcer les choses. C’est toute la Beauté du Tarot que de ne laisser entrer que ceux qui s’en laissent pénétrer… Inutile donc de forcer les portes du Royaume, elles sont grandes ouvertes aux hommes de bonne volonté, qui savent se remettre en question…

    Merci beaucoup de cet espace que tu a créé pour discuter du Tarot…. choco!

  5. Rom dit :

    Des fois, je me prends pour un Puits de science. Et puis, je vois que je me contredis all’egrement ici. Le cote sec. le cote humide… L air, le feu, les epes, les coupes… Help ! Je maintiens néanmoins ma classification tout en réalisant fort bien que cet article important doit être remanié. Merci de cet apport fort apprécié.

  6. premdas dit :

    Note: Brahma symbolise la qualité Rajas, qui désigne l’acte créateur. Rajas signifie également sang, comme la racine DaM dans Adam…

  7. premdas dit :

    Enfin quand je disais un coup dans l’eau, ce n’est pas tout a fait juste, car effectivement Shiva et Shakti symbolisent le pouvoir de manifestation divine, d’objectivité (qualité « materialisante » nommée Tamas); ainsi, le Lion de Shakti et le Taureau de Shiva se rapportent bien aux deux Créatures vivantes au bas de l’arcane XXI; le bas symbolisant l’objectivité. Dans la tradition hindoue, l’Aigle est nommé Garuda, et c’est le véhicule de Vishnu et de sa parêdre Lakshmi, qui ensemble règnent sur un plan plus abstrait et idéal, le Sattva (Essence lumineuse) archétypal. Or, Shiva (Shankar) est un avatar de cet Aigle (encore nommé Shankarshan) premier support « sensible » bien que subtil (Air), de l’Esprit. Dans un autre de ses aspects, c’est un Serpent (Ether). Et l’Homme? Il est représenté par Brahma, homologue de l’Adam hébreu, chargé d’être créateur à la place de Dieu (Vishnu/Elohim), très exactement, de créer en vérité ce que Dieu n’à créé qu’en principe, en vision. L’Homme (Brahma/Adam) est un aspect de la Divinité, son aspect créateur; c’est l’outil ou l’Instrument divin. En méditant sur le Tarot (ou la Torah), l’homme est censé réfléchir les puissances divines (arcanes), qui sont des principes ou différents modes du Principe, pour les comprendre et les actualiser non plus seulement en principe, mais en acte et en vérité.

  8. premdas dit :

    Non, en fait c’est Arddha Nari qu’il faut lire (la transcription est mauvaise, et la reproduction par un occidental est également erronée, il ne devrait y avoir qu’un seul sein): littéralement, corps-moitié. C’est en fait non pas une simple « apsara », mais bien la représentation de Shiva Arddhanarishvara, le Seigneur (ishvara) au corps (nara, nari) à moitié (arddha) mâle, à moitié femelle, androgyne donc; à la fois Shiva, dont la monture est le Taureau Nandi, et Shakti ou Durga, dont la monture est le Lion (ou parfois un tigre). Par contre, la peau de tigre sert de tapis de méditation pour Shiva, elle pends ici sur la moitié droite et mâle (à notre gauche). Pas d’aigle ni d’ange, désolé… un coup dan l’eau. A ce propos, le cours d’eau qui part du chignon n’est autre que le Gange.

    Pour le reste, l’Epée du Tarot est associée à l’élément Air, et pas l’Eau, bien qu’on puisse s’y « habituer » (comme à toutes sortes de conceptions erronées), et c’est l’Aigle qui lui est rattaché; l’Homme qui n’est un « ange » que lorsqu’il lui pousse des ailes est rattaché à l’élément Eau et aux Coupes; Le Lion, au Feu, et aux Bâtons; le Veau, qui est un jeune Taureau (voir Révélation de Saint Jean et d’Ézéchiel), est associé à l’élément Terre, et au Denier. Ces quatre « Créatures Vivantes » sont des représentations des quatre puissances transcendantales du NOM YHWH, également appelé « Dieu Vivant » (Yod = Feu, premier Heh = Air, Waw = Eau, second Heh = Terre).

  9. Rom dit :

    … vos terres fertiles. Des fois, je me prends pour un Puits de science. Et puis, je vois que je me contredis all’egrement ici. Le cote sec. le cote humide… L air, le feu, les epes, les coupes… Help !
    Rom

  10. Jérôme Coulomb dit :

    merci merci merci Rom d’irriguer de ta connaissance nos terres arides

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