As d’Épée

As Epee

L’As d’Épée correspond au maître de cette série, La roue de fortune, l’Arcane X, auquel est attribué également le 10 d’Épée. Cet As met en vedette l’épée à double garde des Templiers. Elle est couronnée et entourée de 24 petites flammes. Notons que la garde ressemble à un os ; l’ensemble rappelle un détail du drapeau noir à tête de mort et tibias croisés des vaisseaux templiers.

La partie gauche de la garde est grillée, soyons sur nos gardes ! En fait, l’os grillé est là pour signifier le thème universel de l’incinération des os, un acte cultuel de résurrection. La moelle participe du même complexe symbolique de renaissance. Saint Bernard parle de la moelle sacrée de la sagesse. On la compare à la pâte d’amande qui est elle même associée à la semence de Zeus chez les Grecs. L’amande représente la vulve et le secret, à nouveau, la moelle cachée dans l’os.

Une plante portant de petites baies foncées et pourvue d’un large canal médullaire est coupée au sommet de l’Arcane. Il s’agit peut-être d’une branche de sureau noir. On reconnaît toutefois sans peine ici une illustration du puissant symbole religieux chrétien qu’est la palme, que ce soit celle de la victoire ou du martyre et pourquoi pas des deux. Pour les Templiers, la mort par le martyre est la victoire suprême, l’immortalité auprès du Christ.

Il y a donc ici une double symbolique associant le martyre et la résurrection, celle de l’épée couronnée et celle des palmes. Palme, rameau ou sureau, de la sève stylisée jaillit de la coupure sous forme de flammes. Il s’agit de la sève divine, symbole de la gnose, de la colonne de lumière musulmane, de perfection de la vie spirituelle et d’immortalité. La couronne est une image de la tête, la source du semen virile pour la médecine et la théologie du Moyen Âge. Les As d’Épée et de Bâton mettent tous les deux en scène un symbolisme phallique. Comme pour le bâton, l’As d’Épée est tenu par une main qui sort du ciel rayonnant, la main de Dieu.

On appelle aussi la main de Dieu, la main forte. C’est la main qui châtie le pharaon dans le récit biblique. Dans son Éloge de la nouvelle milice, Bernard de Clairvaux s’adressait ainsi aux Templiers : ¨Il est une raison pour qu’il porte l’épée. Il est le bras de Dieu.¨ Les concepteurs du Tarot, l’abbé Suger au premier chef, sont liés à la naissance de l’ordre religieux et militaire. Cet As ne peut être compris que dans le contexte évoqué ici par saint Bernard. Pour les chrétiens irlandais, le glaive de lumière représente la foi catholique. L’épée de feu désigne, suivant Philon (De cherubim, 25-27) le logos et le soleil. Les Croisés disaient de leurs épées que chacune était un fragment de la Croix de lumière. (La torche allumée de l’arcane XV est aussi une lame d’épée.)

Pourquoi avoir mis une couronne au sommet de l’épée ? C’est qu’on exhortait les membres de l’Ordre à être appareillés à la couronne, à être prêts à recevoir la couronne du martyre en cas de mort sur le champ de bataille. Comme chez les musulmans, mourir au champ d’honneur est la consécration suprême pour le moine guerrier. La couronne et l’épée sont les mêmes que celles portées par la figure qui trône au sommet de La roue de fortune. C’est en hommes libres que les Templiers s’appareillaient à la couronne.

Il ne s’agit pas uniquement de mourir en martyre. On se devait plutôt de tenter d’accéder à un niveau initiatique élevé. Le mot appareiller est synonyme de joindre ; il veut dire unir deux choses semblables. La lame qui tranche une branche aux feuilles d’allures différentes représente, par retournement symbolique, cette union de choses semblables, les membres de cette confrérie. Enfin la main qui sort d’une nuée à pointes nous invite à un autre décodage. Il y a six pointes sous cette main et douze au-dessus. 6 et 12 ou 6 et 66, 666.

Notons que si on compare la nuée circulaire de l’As de Bâton avec celle de l’As d’Épée, on constate qu’il y a retournement au niveau du dessin. De plus, il y a 27 pointes sur la nuée de l’As de Bâton, 27 ou 3 x9, 999 et par retournement 666. La main de Dieu est associée au nombre de la Bête, un symbole de totalité. Les 24 flammes qui entourent l’épée sont en partenariat avec les neuf petites baies suspendues à la branche de gauche. Cinq de ces graines sont du côté gauche de la tige et quatre sont à droite, 54.

54+24= 78. C’est une autre totalité…

© Marc O. Rainville, 2008. Tous droits réservés



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