As de Coupe

L’As de Coupe correspond au maître de cette série, Le Diable, l’Arcane XV, auquel est attribué également le Dix de Coupe. Cette lame représente, posé sur une coupe, un reliquaire tel que ceux-ci commencent à apparaître au XIIe siècle. Ses couleurs correspondent aux descriptions de l’époque. Ces châsses ouvragées étaient en cuivre plaqué argent doré avec incrustations d’émaux de plique, de grenat ou de vermeil.

La scène qui précède représente des moines de l’abbaye de Saint-Denis vers 1230. Ils apportent des reliques au chevet d’un malade. Les petits reliquaires ne ressemblent-ils pas à l’As de Coupe ? Les saints protecteurs de cette abbaye sont Denis, Éleuthère et Rustique. Les serrures du reliquaire permettent aux membres du clergé l’accès direct aux reliques. Un accès indirect est prévu pour les pèlerins; comme le contact avec les restes du saint est indispensable pour l’opération miraculeuse, les saintes reliques sont déposées sur un tissu qui communique avec l’extérieur du reliquaire.

La force vivante (virtus) d’origine divine se transmet ici à travers les trois volets bleus à la base du reliquaire. Nous avons ici un reliquaire monté sur coupe qui a la forme d’une petite église stylisée comme c’était le plus souvent le cas ou d’un palais et peut-être même d’une cuisine de palais ! Les flèches ressemblent à des cheminées de cuisine du XIIe siècle. 

Je crois personnellement que l’As de Coupe est la représentation stylisée et croisée d’une cuisine de palais et de l’église abbatiale de Saint-Denis ! N’oublions pas que Bernard de Clairvaux ne s’était pas privé de faire savoir à Suger tout le mal qu’il pensait de son église qu’il comparait à la ¨Forge de Vulcain¨. Il suggérait ainsi que ce qui se cuisinait à Saint-Denis n’était, à son avis, pas très catholique. Suger, lui, disait de son église qu’elle brillait de mille feux la nuit; il la surnommait, lucerna, ¨La lanterne¨. Peut-être mes lecteurs seront-ils d’accord avec moi pour reconnaître en IX Suger tenant à la main sa basilique.

 

Deux serrures sont également représentées sur les frontons du palais. Elles indiquent la présence de clefs, de codes, tant dans cet Arcane que dans le Tarot lui-même. Ces serrures ont la forme de cercles qui encadrent un losange. Ceux-ci rappellent les petits losanges qui apparaissent sous l’apparence de points dans le cartouche portant le nom des Arcanes.

 

D’après Eliade, le sens mystique du losange peut être identifié à partir de l’art magdalénien. Il représente la vulve, la matrice de vie. Par extension, il symbolise l’entrée dans les mondes souterrains, cachés. Ses deux pointes représentent les échanges entre le ciel et la terre, le visible et l’invisible, ce qui est caché et ce qui est révélé. Deux serrures donc sur ce reliquaire pour nous indiquer que le nom des Arcanes majeurs du Tarot se décode de deux façons.

Il y a un code mineur de 6 lettres en plus du code à 13 lettres. L’addition de la valeur de chacune de ces 6 lettres donne 66. Nous avons donc 666. Ce code mineur s’applique aussi bien aux Arcanes majeurs qu’aux Honneurs. Les six lettres en sont B, D, F, N, S et U. Il y a donc au moins deux chiffres pour le code. Mais nous suggérons à nos lecteurs que deux autres serrures sont dissimulées sur la face cachée du reliquaire. Deux autres chiffres… Cette structure sur la coupe (39) est un Palais (39). Le palais est le significateur du secret en philosophie hermétique.

Pas surprenant qu’on retrouve des serrures sur ses flancs. Il représente également l’or vif, caché, pour les alchimistes. Notons que ce palais s’élance vers les hauteurs. «L’édifice possède toujours une partie où la verticale domine: le centre est également axe.» L’axe ici, c’est le plan intermédiaire, l’ouverture dans le volant de tissu bleu central de la coupe. Le palais a également donné naissance au concept de «Palais de la mémoire (78)», une technique de mémorisation utilisée par une élite. La coupe, elle, signifie livre dans ce même langage codé des hermétistes médiévaux ! C’est aussi le cas pour le denier d’ailleurs, nous l’avons vu plus haut.

Le livre-secret, le palais-coupe, 39+39=78. Les volants de tissu sont trois feuillets striés qui lient l’ensemble que sont les feuilles ou pages de ce livre. Trois feuillets, 15 stries ou 6. 3 x 6, 666. Un bel exemple d’association coupe/livres se retrouve dans l’iconographie médiévale. Le folio 15 des Belles heures du duc de Berry représente Ste-Catherine, patronne des philosophes, en train d’étudier. Sur cette illustration on retrouve une coupe surmontée d’un palais et remplie de livres. 

Cette coupe présente une ressemblance frappante avec celle de l’As de Coupe du Tarot de Marseille. Notons que la somme des 7 lettres G, J, K, Q, W, Y et Z qui n’appartiennent à aucun des deux codes donne 119, peut-être une référence au Psaume 119 de la Bible, un des six «psaumes alphabétiques» qui sont structurés autour des 22 consonnes hébraïques. Il nous faut maintenant apporter une précision importante. Les trois petits feuillets bleus striés sont quatre. Il y en a un qui se dissimule. Il n’est visible que sur l’édition du bicentenaire Camoin.

On l’aperçoit à l’extrême gauche de l’image, il n’est pas entièrement coloré. Nous comprenons maintenant que ces quatre volets correspondent à autant de serrures. Deux de celles-ci sont visibles mais on peut déduire que deux serrures supplémentaires se trouvent sur la face cachée du reliquaire. Ces quatre volets, ces quatre serrures, correspondent à quatre codes. Voilà qui confirme une hypothèse émise au chapitre sur Le bateleur.

Nous avons déjà clairement identifiés les deux premiers, le code majeur et le code mineur. Nous avions un reste de G, J, K, Q, W, Y et Z ou 119. Voici les deux derniers chiffres du code secret du Tarot de Marseille : J, K, Q, W, Y et Z : 112. Il s’applique aux lames majeures VIII et XX. G : 7. Il s’applique uniquement, pour le Tarot, à la lame XX, Le jugement. La lettre G est unique en hermétisme, le code secret du Tarot de Marseille en fait clairement la démonstration. 

Enfin, en retournant cette lame, on constate que la structure en carré du Palais est surplombée par un dôme, celui de la coupe. Un carré surplombé par un dôme, c’est la même représentation qui se trouve sur le côté pile de la médaille templière. C’est le le Dôme du Rocher, le Temple de Jérusalem. La maison cheftaine de l’Ordre y est installée à proximité. Il est bon également de savoir que le réfectoire utilisé par les moines guerriers du Temple se nommait le palais ! Les flèches, les cheminées, se transforment donc en puits ou en silos à grains souterrains. Voici pour conclure une représentation de la cuisine adjacente au réfectoire de l’abbaye de Vendôme qui date du XIIe siècle selon l’auteur du croquis, Viollet-Leduc.

Cuisine de l'abbaye de Vendôme-XIIe siècle

Nous allons conclure avec une dernière démonstration. Le manche de la coupe est doté à sa base d’un accessoire qui est associé au feu. N’oublions pas que nous avons affaire ici à une représentation de lucerna, la lanterne de Suger. 

Voici une représentation similaire du thème des flammes nourries par l’élément air. Il s’agit de celles dont renait le phœnix sur la page couverture du plus fameux dictionnaire des symboles, si souvent cité dans cet essai.

 

Inversé, ce détail de l’As de Coupe donne ceci : 

Des flammes jaillissent de la cheminée trônant au sommet d’un four. Le symbolisme alchimique est assez clair.

Bref nous sommes en présence ici de la Coupe de Feu d’Harry Potter !

 

Revue Historia, no 90, p. 52 Revue Historia, no 90, p. 54

Le dictionnaire des symboles, p. 723 Encyclopédie médiévale, Viollet-leduc, Tome 1, p.387

© Marc O. Rainville,2008. Tous droits réservés



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15 réponses à As de Coupe

  1. Jenny dit :

    intuitivement, j’ai toujours ressenti un certain malaise relatif à l’As de coupe: trop de rouge pour être Zen, l’as de coupe n’est pas tout amour, il peut faire beaucop de mal: d’oû peut-être ton lien avec 666…Pour Harry Poter, l’As de coupe me ferait penser au château ou il étudie, c’est-à-dire un lieu secret, passage obligé, qui peut provoquer terriblement de dégâts, si on ne mai^trise pas les sens.

  2. Jérôme Coulomb dit :

    …….. Bouffi contre les Empires, oui

  3. Rom dit :

    C’est toi qui le dit, bouffi. Alors, pour célébrer l’amitié québéco-franco-belge, je suggère de la poutine au foie gras et au chocolat.

  4. jerome dit :

    …….misère….. il y avait déjà Rom qui parlait par énigmes, et maintenant, il y a Caroline :-/ ……….

    ……… c’est la Karamouskaille !

  5. Caroline dit :

    St-Denis-de-la-Bouteillerie devenu St-Denis-de-Kamouraska ? Toujours trop loin. Chez moi, on trouve des langues de chat en chocolat ;-)) … et on les MANGE ! Jérôme, il n’y a ni hallucinations ni démons : lis les messages à la lettre et la lumière sera ;-))

  6. jerome dit :

    j’hallucine …………. ?????
    …………………..
    ………. j’ai l’impression d’assister à un dialogue de démons…… >]):-D
    ………….
    Bon, alors écoutez, les démon(e)s: pour prendre un pot, StDenis me parait tout indiqué (pour peu qu’on ait la tête sur les épaules).
    ……..Evidemment, du coup c’est Rom qui fait tout le trajet. Ca me parait pas possible avec son môme. Moi je veux bien bouger du moment que je reviens à temps à la maison. Je donne ma langue au chat.

  7. Caroline dit :

    Non ! océan + vent(s) + froid : un tiercé pas forcément gagnant ! Une autre alternative en vue, moussaillons ?

  8. Rom dit :

    Du moment que ce n’est pas la dernière cène. Alors, on pourrait se rencontrer à mi-chemin ? On fait comme ça ?

  9. Caroline dit :

    PS : Sachant qu’il y a six heures de décalage entre mon temps et le vôtre ;-)))

  10. Caroline dit :

    J’y pensais sans l’écrire – ah ces clichés ! on aurait peur de les employer ! – Quelle mise en (s)cène se serait … ;-))
    Alors, ce serait où et quand ?

  11. jerome dit :

    …..si vous m’attendez, j’apporterai le fromage (vous aimez la fourme d’Ambert?)

  12. Caroline dit :

    Un tout petit courriel pour vous remercier infiniment de mettre à notre portée votre savoir, de le partager en toute simplicité comme on romprait une miche de pain entre potes ;-))

  13. Jérôme dit :

    génial, cet article (comme d’hab…. ;-) )

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