XX- Le jugement

Le départ du périple est donné ici. En alchimie, «le point de départ (est) le désespoir devant le Tombeau de l’Esprit (la Matière) et le point résonnant d’arrivée des fanfares de triomphe». La démarche se termine donc également en XX. Mais c’est bien ici qu’elle débute. Le jugement est le seuil, la porte d’entrée qui nous fait quitter le monde profane, qui nous amène à l’oracle, au monde sacré. Mircea Eliade : «Le seuil est à la fois la borne, la frontière qui distingue et oppose deux mondes, et le lieu paradoxal où ces mondes communiquent (…). C’est également là que certaines cultures paléo-orientales (Babylone, Égypte, Israël) situent le jugement.»

Dans la Grande Roue du Tarot, Le jugement est situé à l’extrême gauche, entre la série ionienne du haut et la dorienne du bas. La gauche, c’est l’ouest, le couchant. C’est vers le couchant que sont orientées toutes les scènes de Jugement des églises gothiques. Les sculpteurs du Moyen Âge ¨(…) sculptèrent au tympan du grand portail, du côté qu’éclaire le soleil couchant, le drame solennel du dernier jour.¨

La lame qui nous occupe est donc intitulée Le jugement. C’est la rencontre du Ciel et de la Terre,l la grande préoccupation du Moyen Âge. Le coup de trompe qui tonne ici représente la révélation. Il souligne que toute démarche humaine implique qu’une résonance tangible s’inscrit à l’intérieur même de celle-ci et ce dès le départ de l’aventure.

Historiquement, cette trompe trouve son ancêtre chez le rhombos grec et les bull-roarers des peuples préhistoriques. C’est par le son que la voix du Dieu se manifeste. Cette voix se fait entendre lors des rituels d’initiation. Il s’agit d’une des plus anciennes conceptions religieuses de l’humanité. Nous allons y revenir. Mais il faut également noter ici que selon Mircea Eliade, le sens mystique du rhombe tel qu’il est compris dans l’art magdalénien est celui de la vulve, la matrice de vie, l’entrée dans la chambre des mystères.

Ce coup de trompe n’a beau n’être que le premier, il sera suivi de quelques autres pendant le parcours. Il serait illusoire de ne miser que sur le dernier. Prenons donc celui-là comme une entrée en matière, un peu comme ces coups que l’on frappe au théâtre avant le lever du rideau.

À première vue, le foisonnement de détails de cet Arcane suggère un caractère syncrétique au Tarot de Marseille qui, comme tous les ouvrages occultes de cette époque, amalgame des notions empruntées au discours religieux dominant, au judaïsme, à l’Alchimie ainsi qu’à celui des grandes écoles de pensées de l’Antiquité. Ce sera à nous de chercher à trouver un fil conducteur dans ce fouillis afin de modifier notre perception initiale.

En Alchimie occidentale, l’imagerie se rapportant au jugement est un des symboles choisis pour illustrer la rédemption ou rénovation de l’âme individuelle et de celle de l’âme du monde, l’anima mundi, une notion qui est à la base des préoccupations des adeptes de cette science.

L’image du jugement est celle de la fin des temps ; c’est l’Apocalypse des chrétiens, celle du Livre des Révélations. Le préfixe apo fait référence à quelque chose qui vient d’en haut, ici, la révélation. Dans l’imagerie archétypale de cette lame, le mouvement se fait justement du haut vers le bas. C’est l’illustration traditionnelle en imagerie religieuse de l’Apocalypse.

Mais comme il faut tout inverser en philosophie hermétique, nous devons également voir ici une Hypocalypse. Le mouvement vient d’en bas. Ce n’est plus une révélation mais une révolution. Révolution ou revolutio signifie aussi mouvement circulaire. C’est cette notion qui sera à la base de notre compréhension de la structure selon laquelle s’organise la séquentialisation des lames du Tarot. Le parcours circulaire en axes des lames du Tarot illustre une démarche révolutionnaire. Ce modèle cyclique nous semble s’appliquer tant à la démarche de l’alchimiste qu’à celle de celui qui cherche le salut au moyen d’une approche spirituelle initiatique.

Le jugement annonce la couleur, tout comme Le mat, et on verra que ce message est confirmé par celui du bateleur et repris par La Maison-Dieu et Le monde.

Le Tarot illustre donc un cycle rédemptoriste. En ce sens, il est un objet rédempteur, un objet qui s’inscrit parfaitement dans cette époque où la sotériologie, la doctrine du salut, fait un retour en force pour aider à surmonter la crainte de la mort. Pour les Stoïciens de la Grèce antique, une telle philosophie excluait le recours à Dieu. Cette sotériologie médiévale ne va pas si loin. Mais le rapport qu’elle tisse entre l’homme et son créateur redéfinit le rapport qui existe entre les deux.

Le cycle rédemptoriste illustré dans le Tarot va être illustré par le parcours du mat. (…)








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À propos de Rom

Je me nomme Marc Olivier Rainville. Je suis connu sous le nom de Rom depuis mes débuts dans la Tarotsphère en 1998. Je suis Bachelier en Animation et recherche culturelle, mineure en Histoire de l’art, de l’Université du Québec à Montréal (Promotion 1982). Je m’intéresse à l’histoire du Tarot depuis 1985. J’ai eu la chance de bénéficier d’un concours de circonstances favorables qui m’a permis d’approfondir mes recherches sur le sujet. J’en livre le fruit ici.
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