Saint Bernard et la divination

Il y une ouverture dans la tour de l’Arcane XVI. Une ouverture pour voir de l’autre côté… Saint Bernard  dans son sermon 62 nous renseigne sur cette ouverture et sur le symbolisme de la muraille. Il parle de divination.

«Qu’est-ce pour une âme fidèle que demeurer dans les trous de la pierre et de se trouver dans les fentes des murailles. Il vaut mieux chercher la volonté de Dieu, que sonder sa gloire et sa  majesté. Pureté du cœur qu’il faut avoir pour prêcher la vérité. (…) Ma Colombe est dans les trous de la pierre, et dans les creux de la muraille (Cant. II , 13). Ce n’est pas seulement dans les trous de la pierre que la colombe trouve un refuge assuré, c’est aussi dans les ouvertures de la muraille : Si nous prenons cette muraille, non pour des monceaux de pierre, mais pour l’assemblée des saints, voyons s’il n’entend point par ses ouvertures, les places qu’ont laissées vides les anges qui sont tombés du ciel par leur orgueil, et qui seront remplies par les hommes comme des ruines qui doivent être rebâties de pierres vivantes. Ce qui faisait dire à l’apôtre saint Pierre : « Vous approchant de la pierre vivante, soyez vous-mêmes des pierres vivantes, employées à des édifices spirituels (I Pet. II). » Je crois aussi qu’on peut dire avec quelque raison, que les anges qui vous gardent sont comme des murailles dans la vigne du Seigneur (…). Qu’elle a de satisfaction à repasser sans cesse en elle-même ces creux de la muraille, ces retraites et ces demeures, qui sont si différentes, et si nombreuses dans la maison du Père, et dans lesquelles il doit placer ses enfants selon la diversité de leurs mérites ! Et parce que maintenant elle ne peut pas encore y entrer en effet, elle y entre de la manière qu’il est possible, en esprit et par un continuel souvenir. Le temps arrivera un jour où elle relèvera ces ruines, habitera de corps et d’esprit dans ces ouvertures, et remplira par la multitude de ses enfants les places que les anciens habitants du ciel ont laissées vides, et alors on ne verra plus de trous dans ce mur céleste, il sera entier et parfait. Ou,  si vous l’aimez mieux, nous dirons que les âmes pieuses et zélées ne trouvent pas ces trous, mais les font. Comment cela, me direz-vous ? Par la force de leur pensée et de leurs désirs. Car cette muraille céleste cède aux désirs ardents de l’âme, comme des pierres molles cèdent au ciseau qui les taille ; elle cède à une contemplation pure, elle cède à une oraison fréquente. Car la prière du juste pénètre les cieux (…). On ouvre à celui qui frappe. Il  est donc permis à chacun de nous, même durant le temps de cette vie mortelle, de se creuser des trous en telle partie qu’il lui plaira de cette muraille céleste, de visiter les patriarches et de saluer les prophètes, de se mêler aux collège des apôtres, de s’introduire dans le chœur des martyrs. On peut même, si on en a dévotion, parcourir avec allégresse les demeures des bienheureuses vertus, depuis le moindre des anges jusqu’au plus grand des Chérubins et des Séraphins. Et si quelqu’un frappe avec persévérance jusqu’à la porte de ceux dans la compagnie desquels il se plaira davantage, comme l’esprit de Dieu souffle où il veut, ils lui ouvriront aussitôt, et, se faisant comme une ouverture dans ces montagnes, ou plutôt dans ces esprits célestes, qui se laisseront fléchir à ses prières, il reposera un peu parmi eux. La voix et le visage de quiconque agit de la sorte, sont toujours agréables à Dieu; le visage à cause de sa pureté, la voix à cause des louanges qu’il lui donne. (…) Dieu se plaît extrêmement dans les creux de cette muraille, d’où sort une voix d’action de grâces, une voix d’admiration et de louanges. Heureuse l’âme qui a soin de se creuser souvent des retraites dans cette muraille; mais plus encore celle qui s’en creuse dans la pierre. On  peut aussi s’en creuser dans la pierre, mais il faut pour cela une pureté bien plus grande, une application bien plus forte, et une sainteté bien plus éminente. Mais qui possède tant de sublimes qualités ! (…) il paraît clairement qu’il y a deux sortes de contemplations, l’une de l’état, du bonheur, de la gloire de la cité céleste, à laquelle est occupé ce grand nombre de citoyens du ciel, soit qu’ils agissent ou qu’ils se reposent. L’autre, de la majesté, de l’éternité et de la divinité du Roi de cette ville sainte. La première se fait dans la muraille, et la seconde dans la pierre. Mais plus il est difficile de creuser la pierre, plus ce qu’on en tire est agréable et savoureux. N’appréhendez point en ce cas la menace que l’Écriture fait à ceux qui veulent sonder la majesté du Très-Haut (Prov. XXV, 27) ; apportez seulement un oeil pur et simple, et vous ne serez point accablé sous le poids de la gloire, au contraire vous serez admis à la pénétrer, à moins que vous ne cherchiez la vôtre plutôt que celle de Dieu. Car alors ce serait plutôt votre gloire qui vous accablerait, que celle de Dieu, car, penché vers la vôtre, vous ne pouvez pas lever vers la sienne votre tête appesantie par la cupidité. Mais si nous nous en dépouillons; nous pourrons avec assurance sonder la pierre, dans laquelle sont cachés des trésors de sagesse et de science. Si vous en doutez encore, écoutez la pierre même vous dire : à Ceux qui travaillent sur moi, ne pécheront point (Eccl. XXIV, 30). (…) Et (l’Église) se repose dans le Verbe, c’est-à-dire, dans la pierre, car la pierre c’est le Verbe. L’Église donc demeure dans les trous de la pierre, d’où elle voit la gloire de son Époux, et néanmoins elle n’en est pas accablée, parce qu’elle ne l’usurpe pas. Elle n’est pas accablée, parce qu’elle ne sonde pas la majesté de Dieu, mais sa volonté. Il est vrai qu’elle ose bien quelquefois contempler sa majesté, mais c’est pour l’admirer, non pour la sonder, si quelquefois il lui arrive d’être ravie cri elle par extase, c’est que le doigt de Dieu est là qui daigne élever l’homme par sa bonté, ce n’est pas l’effet de la témérité de l’homme qui s’élève avec insolence jusque dans le sein de Dieu. Et quand l’Apôtre dit qu’il a été ravi, comme pour excuser sa hardiesse; quel est le téméraire qui oserait entreprendre par ses seules forces de monter jusqu’au sanctuaire terrible de cette haute majesté, et pénétrer dans ses mystères si redoutables ? Je crois donc que ceux qui sondent la majesté de Dieu, sont proprement ceux qui se précipitent sans aucune retenue dans le secret de sa grandeur, non pas ceux qu’il daigne lui-même y faire entrer par un ravissement d’extase. Aussi n’y a-t-il que les premiers qui soient accablés de sa gloire. II est donc très dangereux de sonder la majesté de Dieu, mais sonder sa volonté, c’est une chose aussi sûre que louable. En effet, pourquoi n’emploierais-je pas tout mon soin, à découvrir la volonté de celui à qui je dois obéir en tout? C’est une gloire bien agréable, que celle qui ne procède que de la contemplation de sa douceur, de la vue des richesses de sa bonté et de sa miséricorde. (…) Mais comme l’Église ne se peut pas approcher encore tout entière pour percer la pierre, car il n’appartient pas à tous ses enfants de pénétrer les secrets de la volonté de Dieu, ou de comprendre par eux-mêmes, la profondeur de ses conseils, l’Époux ne dit pas seulement qu’elle habite «dans les trous de la pierre, mais encore dans les ouvertures de la  muraille. » Considérée dans ceux qui sont parfaits, et qui, par la pureté de leur conscience, et par la subtilité de leur intelligence, osent et peuvent sonder les secrets de la sagesse, elle habite dans les trous de la pierre. Considérée dans les autres, elle demeure dans les ouvertures de la muraille, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent ou qui n’osent pas creuser par eux-mêmes dans la pierre, creusent dans la muraille, et se contentent de contempler en esprit la gloire des saints. S’il y en a qui ne puissent pas même arriver jusque là, elle leur propose Jésus-Christ, mais Jésus crucifié, afin que sans aucun travail de leur part, ils demeurent aussi dans les trous de la pierre qu’ils n’ont point creusée. Le Juif les a creusés, mais eux jouiront des travaux des infidèles, pour devenir fidèles. Ils n’ont point à craindre d’être rebutés puisqu’ils sont appelés à y entrer. «Entrez dans la pierre, dit Dieu à un de ses prophètes, cachez-vous dans une fosse creusée dans la terre, pour éviter la présence terrible du Seigneur et la gloire de sa majesté (Isa. II, 10).» L’âme qui est faible et paresseuse, et qui; selon le mot de l’Évangile, ne peut fouiller la terre, et a honte de mendier son pain (Luc. XVI, 3), voit devant elle une fosse dans la terre pour se cacher, jusqu’à ce qu’elle devienne plus forte et plus avancée, et qu’elle puisse elle-même se creuser des trous dans la pierre, pour entrer dans ce qu’il y a de plus intérieur dans le Verbe, grâce à la vigueur et à la pureté de son esprit. (…) La vérité ne refuse pas de se montrer à un cœur pur, elle veut donc bien qu’il parte d’elle. « Mais Dieu dit au pécheur, pourquoi prêchez-vous mes ordonnances, pourquoi votre bouche ose-t-elle annoncer ma loi (Psal. XLIX, 16) ? » Plusieurs négligeant la pureté, ont parlé avant d’avoir vu, mais ils sont tombés dans des erreurs grossières, parce qu’ils ne connaissaient pas les choses dont-ils parlaient, et qu’ils avançaient témérairement, ou ils se sont ménagé la honte et le mépris parce qu’ils se sont ingérés à instruire les autres, sans s’être instruits eux-mêmes. Prions l’époux de l’Église, Jésus-Christ Notre-Seigneur, de nous préserver toujours de ce double mal, lui qui étant Dieu est élevé au dessus de toutes choses et béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.»

Bien interprétées, les paroles du saint expriment clairement que nous nous trouvons ici devant la muraille céleste et qu’il est possible mais dangereux ou même condamnable d’y introduire notre regard. Nous pourrons avec assurance sonder la pierre, dans laquelle sont cachés des trésors de sagesse et de science, c’est là la définition d’un oracle et ce sermon en commente les aspects pour les initiés ! Il n’appartient pas à tous ses enfants de pénétrer les secrets de la volonté de Dieu…

Voilà qui est merveilleux.








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À propos de Rom

Je me nomme Marc Olivier Rainville. Je suis connu sous le nom de Rom depuis mes débuts dans la Tarotsphère en 1998. Je suis Bachelier en Animation et recherche culturelle, mineure en Histoire de l’art, de l’Université du Québec à Montréal (Promotion 1982). Je m’intéresse à l’histoire du Tarot depuis 1985. J’ai eu la chance de bénéficier d’un concours de circonstances favorables qui m’a permis d’approfondir mes recherches sur le sujet. J’en livre le fruit ici.
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2 réponses à Saint Bernard et la divination

  1. Rom dit :

    Chercher la volonté de Dieu est l’expression qu’il emploie ou encore  »sonder la pierre ». Fascinant !
    Rom

  2. Charly Alverda dit :

    Bonjour à tous, Rom

    Très beau texte à méditer en effet. Cependant en tant qu’initié chrétien Bernard ne peut envisager ici la divination, mais la prophétie. Je laisse la parole à Jean Carteret (le bien nommé) pour expliciter la chose.

    “ L’architecture du Tarot témoigne de l’ordonnance de la création par rapport a la créature. La mancie dégénérée et superstitieuse est incapable, dans cette confrontation a ce théâtre du vide, d’y voir autre chose qu’un sombre déterminisme.

    En fait, il s’agit de savoir, y lire comment la création se présente, en ses valeurs poétiques, a la créature. Ce qui révèle alors le style selon lequel le monde s’offre a nous et ce qui se cache derrière tous les accidents du monde. Et ce regard n’est pas mathématique, il ne saurait jamais être que vécu…

    Le Tarot doit être regardé comme le théâtre de ces réalités, il n’a d’autres propos que de nous conter les rapports amoureux et souvent pleins de crises, du Ciel et de la Terre et de l’homme et du monde.

     » La diseuse de bonne-aventure  » ne peut nous renseigner que sur les contenants a vivre et seule la réalité qui suivra, pourra remplir ces contenants.

    Autrement dit, tout est possible, toujours, seulement pas n’importe comment, là est la rigueur du langage du Tarot. Cette rigueur n’est absolument pas logique, elle s’exerce dans l’analogie. La logique est a l’analogie ce qu’est la loi des contenus à la loi des contenants.

    Dans l’entre-deux chaises de la vision, le voyant, commençant par l’expérience, doit affirmer la réalité a laquelle il assiste mais cette réalité est l’expression d’une transcendance et d’une structure et il est nécessaire d’en venir à structurer l’expérience du Tarot.

    La cartomancienne puise encore dans ce qui la concerne qu’elle projette sur l’autre. A l’opposé d’elle se tient le prophète capable, lui, de voir ce que l’autre concerne et non ce qui concerne l’autre.

    Qualitativement, le prophète contient le terme, il est lui, capable de voir au-delà de ce qui est ici et maintenant vécu. Ce qui nous concerne, c’est la voyance ; ce que nous concernons, c’est la prophétie.

    Dans le Tarot il y a le témoignage stupéfiant de l’ordonnance du monde. La création a trouvé le le moyen de passer a travers la créature (la créature c’est ceux qui ont fait le Tarot) pour arriver a se manifester ; d’avoir vraiment en image ce que nous ne voyons pas du tout dans la réalité qui nous présente une quantité de fois une quantité de choses dont nous ne voyons plus les principes. En somme, c’est une révélation de principes, c’est un temple. »

    Cordialement

    C…a

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