L’archétype du corrupteur

Benoît Dubreuil explique que pour Machiavel, «une bonne république en est une où il existe une magistrature permettant aux gens ordinaires de mettre à jour, sans crainte, la dynamique corruptrice qui mène à l’apparition des factions. L’enquête publique est précisément une telle institution puisqu’elle s’attache à déceler non seulement les fautes individuelles, mais aussi les vices du système. Benoît Dubreuil explique que pour Machiavel, «une bonne république en est une où il existe une magistrature permettant aux gens ordinaires de mettre à jour, sans crainte, la dynamique corruptrice qui mène à l’apparition des factions. L’enquête publique est précisément une telle institution puisqu’elle s’attache à déceler non seulement les fautes individuelles, mais aussi les vices du système»

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Le devoir de philo – Une enquête publique?

Par Benoît Dubreuil

28 novembre 2009

Depuis février 2006, deux fois par mois, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie et d’histoire, mais aussi à d’autres auteurs passionnés d’idées, d’histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant. Cette semaine, autre preuve que Jean Charest est profondément isolé dans son refus d’une enquête publique sur la collusion dans la construction: Benoît Dubreuil nous explique que même Machiavel y aurait été favorable!

Nicolas Machiavel, le nom est connu de tous. Que penserait le plus célèbre citoyen de la République de Florence de l’idée de tenir une enquête publique pour faire la lumière sur les allégations de corruption touchant aujourd’hui le monde politique québécois, particulièrement dans ses liens avec les industries de la construction, les firmes de consultation et les lobbyistes de tout acabit? (…) Au fond, soutient Machiavel, si l’ambition est parfois bonne et parfois mauvaise, c’est qu’il existe deux manières de la satisfaire, c’est-à-dire deux manières d’acquérir une réputation qu’il présente dans son Discours XXVIII. La première est la manière publique: «quand un homme, par ses bons conseils et agissant pour le bien commun, se fait une réputation. La voie doit être ouverte aux citoyens pour qu’ils accèdent à ce type d’honneurs et l’on doit conférer des récompenses à leurs conseils et à leurs actes, de sorte qu’ils puissent en être honorés et satisfaits. Tant qu’une réputation obtenue par cette voie est honnête et claire, elle n’est pas dangereuse.» La seconde manière d’acquérir est la voie privée, «très périlleuse et nuisible», dans laquelle on s’engage «quand on comble de bienfaits un homme, en lui prêtant de l’argent, en mariant ses filles, en le défendant contre les magistrats et en lui faisant d’autres faveurs particulières. Celles-ci procurent l’amitié des citoyens et donnent l’idée à celui qui en jouit de corrompre les moeurs et de violer les lois». Pour Machiavel, Jules César est l’exemple par excellence de l’entrepreneur politique qui, en multipliant les loyautés particulières grâce à ses richesses infinies, a subverti la république romaine à son profit. À Florence, Machiavel disait la même chose du richissime Cosme de Médicis, fondateur de l’influente dynastie politique. Aujourd’hui, il songerait sans doute à des entrepreneurs, à des consultants ou même à des financiers reconnus pour leur proximité avec certains hommes et partis politiques.

Le problème des factions

La question des loyautés particulières est indissociable chez Machiavel du problème des factions. Les membres d’une faction partagent en général une commune allégeance à un individu ou à une famille, qui les conduit à aller à l’encontre du bien public. Lorsqu’une faction acquiert une trop grande puissance, elle devient incontrôlable. Suffisamment riche pour corrompre les politiciens les plus importants, en finançant leur parti, leurs compagnies, en leur faisant conférer des honneurs, en leur offrant des emplois, en finançant des médias complaisants, en mariant leurs filles, ou même en leur offrant un pont d’or pour les convaincre de jouer le rôle qu’elle entend leur faire jouer. (…) L’enquête publique est précisément une telle institution puisqu’elle s’attache à déceler non seulement les fautes individuelles, mais aussi les vices de système. C’est pourquoi Machiavel aurait été en faveur d’un tel exercice, afin d’éviter la perte de la république. -30-

Machiavel

Paul Desmarais

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À propos de Rom

Je me nomme Marc Olivier Rainville. Je suis connu sous le nom de Rom depuis mes débuts dans la Tarotsphère en 1998. Je suis Bachelier en Animation et recherche culturelle, mineure en Histoire de l’art, de l’Université du Québec à Montréal (Promotion 1982). Je m’intéresse à l’histoire du Tarot depuis 1985. J’ai eu la chance de bénéficier d’un concours de circonstances favorables qui m’a permis d’approfondir mes recherches sur le sujet. J’en livre le fruit ici.
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