Éon de l’Étoile

À la toute de fin de sa vie, Suger se vit confier le rôle de geolier pour un curieux énergumène, le dénommé Éon de l’Étoile, condamné pour hérésie. Né au début du XIIe siècle, à Loudéac, en Bretagne et mort à Reims. Homme sans lettres, Éon de l’Étoile commença à prêcher dans son pays natal, d’où son mouvement gagna toute la Bretagne. Il se disait Fils de Dieu, appelé à juger les vivants et les morts, le siècle entier ; il fondait sa fonction de juge sur la consonance de son nom (Éon) avec le mot Eum contenu dans la formule liturgique Per Eum qui venturus est judicare. Il propageait une sorte de communisme primitif. Ses disciples (les éonites) pillaient les églises et les couvents, injuriaient les moines. Dans sa secte, Éon établit toute une hiérarchie d’anges et d’apôtres. Il s’était fait une réputation d’enchanteur. Condamné à la prison par le Concile de Reims en 1148 auquel assistait Suger, Éon fut donc confié à l’abbé de Saint-Denis. Il mourut en 1150 un avant Suger. Restait ses amis, ses bandes de pillards, et avec eux, c’était une autre affaire. Il avait fait de nombreux disciples, dont beaucoup étaient devenus à leur tour ermites, à Brocéliande, mais aussi en forêt de Loudéac et quelques autres lieux tout aussi secrets. « Ils s’y tinrent si opiniâtrement qu’on eut du mal à les prendre, bannir, brûler et défaire » disent les chroniques du temps. C’étaient des « durs à cuir » au sens propre du terme. Avant d’être jeté dans le feu des bûchers qu’on leur réservait, ils ne reniaient rien, et se faisaient gloire de mourir ainsi pour leurs croyances.

La question que je me pose, avec bien d’autres. Qu’advint-il du fruit de ses rapines, considérable ? Suger a-t-il tenté de faire parler son prisonnier ? La question semble académique puisqu’ils meurent tous deux à quelques mois d’écart, peu après l’entrée d’Éon dans sa prison dorée de Saint-Denis.

 »Après la disparition des derniers Éonistes, la parenthèse ne fut plus commentée, et l’on s’empressa d’enfouir dans les brumes de l’Histoire jusqu’au souvenir de cette étrange tentative de partage des richesses qui avait tant fait de mal dans la région, et fait si peur aux nantis. »








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À propos de Rom

Je me nomme Marc Olivier Rainville. Je suis connu sous le nom de Rom depuis mes débuts dans la Tarotsphère en 1998. Je suis Bachelier en Animation et recherche culturelle, mineure en Histoire de l’art, de l’Université du Québec à Montréal (Promotion 1982). Je m’intéresse à l’histoire du Tarot depuis 1985. J’ai eu la chance de bénéficier d’un concours de circonstances favorables qui m’a permis d’approfondir mes recherches sur le sujet. J’en livre le fruit ici.
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