Trois formules

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Grasset D’Orcet ne fait pas souvent état de ses sources. Mais on peut déduire qu’il avait des informateurs et qu’il transcrivait un contenu de tradition orale. Il a côtoyé des francs-maçons et peut-être également des compagnons du Devoir du Tour de France et des membres de corps de métiers.
Sur les Gouliards, il beaucoup écrit. Je suis persuadé que les Gouliards sont important dans notre compréhension du Tarot. Je propose donc ici que Suger aurait subi l’influence de ce mouvement. D’autres auteurs suggèrent carrément que Suger était Gouliard lui-même. Lorsqu’on décode les trouvailles grivoises qui se cachent dans le Tarot, on ne peut qu’admettre la pertinence de cette hypothèse. Suger était Gouliard sinon dans les faits, du moins dans l’esprit. Une influence parmi d’autres, donc.

On a dit des Gouliards qu’ils hantaient littéralement les monastères au temps de Suger, à la recherche du boire et du manger, du feu et du lieu. Les moines étaient trop heureux d’accueillir toute cette belle jeunesse. Pour faire court, les Gouliards étaient des étudiants pauvres qui fréquentaient les écoles abbatiales et, à partir du XIIIe siècle, l’université. Au fil des siècles, leurs rituels se sont codifiés. Le fil d’Ariane qui va assurer leur continuité dans le temps est la haine du clergé, de l’Église officielle que chaque nouvelle génération d’étudiant puis d’adulte accompli se propose d’abattre. Je pense toutefois qu’ils devaient faire une exception pour les membres des ordres monacaux puisqu’ils partageaient leur table et, pour certains, leur couche.
Disons simplement que leur équivalent contemporain existe toujours, sans ce volet antireligieux. Ce sont les fraternités étudiantes d’influence, comme par exemple les Skulls and Bones.
À propos du Credo gouliard, Grasset D’Orcet écrit :

¨Les Gouliards repoussaient toute tradition hébraïque, et particulièrement le Décalogue. Leurs dogmes étaient le nec plus ultra du rationalisme populaire pratique. De la pile du Chien ou du principe humide des Grecs, ils avaient fait prosaïquement le boire et de la pile du Renard ou du principe solide, ils avaient fait le manger, qui leur semblait encore plus indispensable que le boire. Tel est le sens exact des deux colonnes J et B de la franc-maçonnerie actuelle.

Le premier article de leur Credo se résumait dans ce vers :

Pourple boire manger colonnes veult.

Le second était:
Proche qui t’aide l’ait pareille.

Et le troisième :
Secret qu’ont pas, point oeuvre décèle.

Ne décèle pas le secret de l’œuvre à ceux qui ne l’ont pas : tel était le fond de toutes les franc-maçonneries grecques et notamment de la doctrine exposée par Platon dans son fameux Banquet, ou, pour parler plus exactement, tel est le fond de toutes les franc-maçonneries présentes, passées et futures.¨

Malheureusement pour Platon, Rom a également décodé ces formules sibyllines. Fidèle au daimon iconoclaste qui l’habite, il entend bien poursuivre ici la levée du voile qui hélas, comme le rideau, va devoir se rebaisser un jour. Profitez, chers ami(e)s, profitez… Reprenons-les trois sentences en commençant par la dernière. À chacune, je propose une interprétation en supposant qu’il y a ici un message codé qui fait appel au Tarot et au langage des oiseaux. D’Orcet ne semble pas avoir résolu le mystère de ces devinettes gouliardes.

Secret qu’ont pas, point oeuvre décèle.

SECRET COMPAS, POINTE ŒUVRE DÉCÈLE !

Ce premier résultat a été obtenu il y a quelques années lors d’un brainstorming électronique entre moi et Gauth. C’est il me semble, entre autres choses, une allusion à la lame XII du Tarot, Le pendu. Cette lame dissimule tous les outils du maçon. La pointe du compas est dirigée vers l’étoile polaire, etc.

Allons-y avec la deuxième maxime.

Proche qui t’aide l’ait pareille

P/roche qui t’aide l’ait pareille
(P(16e lettre) ROCHE ou XVI /LA MAISON-DIEU (Église) ROCHE (Pierre))

ÉGLISE DE PIERRE QUITTE, HAIT, DÈLAIE/PAREILLE. (Deslaier, a. fr. différer ; Appareille, taille en pièces…). La lame XVI du Tarot est mise à contribution ici. Elle met en scène une tour, une métaphore de l’Église ; la tour est foudroyée et surmontée d’une couronne. L‘ensemble de ce court texte, lu avec la lame XVI en co-texte, suggère que cette formule évoque le plan structuré et patient de destruction-reconstruction de l’Église de saint Pierre, une réforme en fait, qui aurait donné à la monarchie, la couronne, le premier rôle. Dans l’esprit de ses auteurs, cette lente réforme de l’Église exclut ou marginalise la pierre, Pierre.

Et la première phrase, la plus simple :

Pourple boire manger colonnes veult

POUR PLÈBE BOIRE MANGE, ÉCOLE ON NE VEUT et/ou POUR PLÈBE BOIRE MANGE, ÉCHO L’ON NE VEUT

On ne voulait pas les entendre ! Les Gouliards avaient bien compris, Gracet le souligne dans différents textes, que la société dans laquelle ils s’inscrivaient voyait d’un mauvais œil les efforts des étudiants pauvres pour s’instruire. Il faut dire que leur principale source de revenu était le larcin. Les Gouliards étaient des voleurs astucieux… et studieux. Notons le mariage des opposés dans cette formule, pourpre-plèbe, richesse et apparat éclésiastique-pauvreté.
Les Gouliards ont cessé leurs activités au XIXe siècle, peut-être parce que le mouvement n’avait plus sa raison d’être au sein d’une société qui avait entrepris sa laïcisation.
Évidemment, les quelques idées qui accompagnent ces trois décodages demanderaient un plus long développement. Je les propose uniquement, comme toujours, afin de faire lever la pâte… ou les boucliers !








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À propos de Rom

Je me nomme Marc Olivier Rainville. Je suis connu sous le nom de Rom depuis mes débuts dans la Tarotsphère en 1998. Je suis Bachelier en Animation et recherche culturelle, mineure en Histoire de l’art, de l’Université du Québec à Montréal (Promotion 1982). Je m’intéresse à l’histoire du Tarot depuis 1985. J’ai eu la chance de bénéficier d’un concours de circonstances favorables qui m’a permis d’approfondir mes recherches sur le sujet. J’en livre le fruit ici.
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2 réponses à Trois formules

  1. jerome dit :

    ah ben bon dieu, est-ce que je suis le seul à remarquer que Rom parle comme Grasset d’Orcet!! Surtout lorsqu’il parle des Gouliards, ça saute aux yeux, non ? Il dit qu’il explique, mais on n’y comprend encore moins après… Un exemple ?
    « ÉCHO L’ON NE VEUT » On ne voulait pas les entendre ! Les Gouliards avaient bien compris, Gracet le souligne dans différents textes, que la société dans laquelle ils s’inscrivaient voyait d’un mauvais œil les efforts des étudiants pauvres pour s’instruire.
    Tabarnaque!! Rom, si tu ne vivais pas de l’autre côté de l’Atlantique, je dirais que tu es toi-même un gouliard et que c’est notre goule que tu te payes, à nous tirer la pipe, lâ ! C’est l’enfaer !! C’t’écoeuraint !!

  2. ……… nos ancêtres les Gouliards ont le don de m’EXASPERER !!

    ….. ils sont fous ces Gouliards !

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