Un nouvel essai d’Hervé Kempf – Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme

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Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme  (Seuil).

Photo: Opale

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 LES ACTUALITÉS, lundi, 9 février 2009, p. a3

Un nouvel essai d’Hervé Kempf – Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme

Par Louis-Gilles-Francoeur

Le capitalisme d’aujourd’hui, déformé par la spéculation et la corruption de ses dirigeants, est à l’origine d’une crise écologique qui menace les équilibres planétaires. Il faut en sortir rapidement pour sauver la planète et les sociétés humaines, soutient Hervé Kempf, journaliste à l’environnement au Monde, dans son dernier essai qui paraîtra cette semaine au Québec.

En 2008, la commission de stratigraphie de la Société géologique de Londres a fait un geste dont on ne mesure pas la gravité. Cette commission est une sorte d’équivalent pour l’évolution de la planète de cette autre commission scientifique qui décide si tel ou tel corps céleste est une planète ou un astéroïde. C’est cette commission qui a défini et catégorisé les grands moments de l’évolution de la planète, comme le cambrien, le carbonifère, etc. Dans un article scientifique de l’an dernier, cette commission estime que la planète est entrée dans un autre âge, l’anthropocène, parce que l’empreinte humaine rivalise désormais avec les forces géologiques qui ont modifié la structure de la biosphère: un taux de sédimentation sans précédent engendré par 40 000 barrages connus; les émissions de carbone qui modifient le climat à un niveau sans précédent depuis un million d’années; une accélération du taux de disparition des espèces qui s’apparente à celui de l’époque de la disparition des dinosaures. Notamment.
Pour Hervé Kempf, du Monde, la génération montante doit s’atteler d’urgence à ce qu’il appelle «le plus grand défi qu’ait eu à connaître l’espèce humaine: empêcher que la crise écologique, qui est la rencontre de l’espèce avec les limites de la biosphère, s’aggrave et conduise l’humanité au chaos; sauver la liberté contre la tentation de l’autorité, inventer une économie en harmonie avec la planète […]».
Il écrivait, il y a deux ans, que la crise écologique planétaire «devrait se traduire par un ébranlement prochain du système économique mondial». Quelques mois plus tard débutait la crise financière qui est en train de provoquer une récession mondiale et que les gouvernements tentent paradoxalement de juguler par une relance de cette surconsommation qui menace la biosphère.
«Rien ne serait pire, écrit-il dans la préface de Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (Seuil), que de laisser l’oligarchie, face aux difficultés, recourir aux vieux remèdes, à une relance massive, à la reconstitution d’un ordre antérieur. Le moment est venu de sortir du capitalisme en plaçant l’urgence écologique et la justice sociale au coeur du projet politique.»
Portrait impitoyable
Hervé Kempf dresse un portrait impitoyable du capitalisme actuel. Le capitalisme, écrit-il, n’est plus synonyme d’entrepreneuriat. Il est désormais dominé par la spéculation au point qu’en 2002, alors que le PIB mondial atteignait 32 000 milliards, le total des transactions financières était de plus d’un million de milliards, soit 30 fois plus. Pour Kempf, la crise financière ouverte en 2007 «n’est pas un accident, mais le symptôme d’une crise générale de la société humaine au début du troisième millénaire», qui repose sur des écarts de plus en plus importants entre riches et pauvres, sur la corruption pratiquée par ces dirigeants qui saignent les entreprises aux dépens des petits épargnants, ce qui accrédite l’individualisme aux dépens des réflexes de solidarité.
Kempf souhaite le maintien d’un libre marché des biens et services, un héritage humain dont il reconnaît l’efficacité. Mais il prône un remplacement du capitalisme sauvage et spéculatif au profit d’une place plus grande accordée aux coopératives et à l’économie sociale, afin, dit-il, de restaurer la primauté de l’humain sur la mathématique inhumaine du profit. Pour lui, l’essor du mouvement coopératif permettra de créer non seulement de petites sociétés de production, mais des grandes, ce que démontre, dit-il, le cas du Mouvement Desjardins au Québec, qui cumule des actifs en milliards de dollars.
Et, ajoute-t-il en entrevue, «il n’y a pas de raison intrinsèque qui interdise à une collectivité d’être moins bien gérée en prenant compte de l’avis de ses travailleurs». Quand on voit, dit-il, l’incapacité des rapaces cupides qui ont englué dans le marasme les industries de l’aviation, de l’automobile et les banques, pour ne mentionner que quelques cas, la «crise actuelle doit nous donner l’audace de réinterroger la gouvernance des entreprises» capitalistes. Certes, convient-il, dans le «post-capitalisme, il y aura encore des entreprises privées et de très grandes entreprises à capitaux». Mais leurs mouvements seront «enchâssés dans une économie générale» qu’elles ne devraient plus pouvoir contrôler parce qu’on les encadrera en fonction des priorités et des besoins de la société.
Il faudra notamment les empêcher de contrôler les marchés par des oligopoles contraires aux règles de la concurrence, comme on l’a fait aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.
Kempf a stigmatisé les méfaits de l’hyperconsommation sur le climat et la biosphère dans Les riches qui détruisent la planète.
Réticences sur le plan Obama
C’est pourquoi, malgré l’admiration qu’il voue au président Obama, il a des réticences sur les moyens qu’il a choisis comme sortie de crise, soit «en tentant une relance très classique» basée sur une reprise de la consommation comme moteur de la production.
Cette boulimie, écrit-il, repose sur un dangereux mirage: «les capitalistes parient que la technologie compensera cette perte de capacité» des écosystèmes. Mais «jusqu’à présent, rien ne justifie ce pari: notre machine économique reste massivement destructrice de la biosphère» et ce ne sont pas les promesses du nucléaire ou des OGM, par exemple, qui vont régler des problèmes qu’ils sont plutôt susceptibles d’aggraver. Les trois grandes économies mondiales, dit-il, n’ont qu’un choix: réduire leur consommation à un niveau plus acceptable puisque la capacité de la planète ne permet pas aux autres d’augmenter le leur au même niveau, tenir compte des impacts de la production sur les ressources, créer des marchés régulés pour certains biens communs, taxer leur consommation de façon progressive pour contrer les abus, apprendre à payer plus pour le partage de biens, comme l’automobile, que pour leur appropriation et intégrer l’impact environnemental et social dans le prix facturé aux consommateurs.
Sinon?
À son avis, le «désordre montant» actuel débouchera sur la domination de la «tendance crimino-capitaliste sur les forces de la régulation collective», ce qui provoquera une «évolution autoritaire du capitalisme» et à des désordres croissants sur la scène internationale.
Est-ce réaliste d’imaginer une relance moins autoritaire et moins dommageable sur le plan écologique?
«Je ne sais pas, répond-il en conclusion. Face aux sombres perspectives, l’heure des hommes et des femmes de coeur, capables de faire luire les lumières de l’avenir, a sonné.»
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À propos de Rom

Je me nomme Marc Olivier Rainville. Je suis connu sous le nom de Rom depuis mes débuts dans la Tarotsphère en 1998. Je suis Bachelier en Animation et recherche culturelle, mineure en Histoire de l'art, de l'Université du Québec à Montréal (Promotion 1982). Je m'intéresse à l'histoire du Tarot depuis 1985. J'ai eu la chance de bénéficier d'un concours de circonstances favorables qui m'a permis d'approfondir mes recherches sur le sujet. J'en livre le fruit ici. Bienvenue sur Tarotchoco !
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